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RÉFLEXIONS

SUR

L'ENSEIGNEMENT ET L'ÉTUDE

DU DROIT

SUIVIES DE QUELQUES RÈGLES SUR LA MANIÈRE DE SOUTENIR

THÈSE DANS LES ACTES PUBLICS.

Non solùm aliquid scire artis est ; sed est quædam ars etiam docendi,

Cic.

La 1ro édition a paru en 1807.

SUR L'ENSEIGNEMENT ET L'ÉTUDE DU DROIT,

SUIVIES

DE QUELQUES RÈGLES SUR LA MANIÈRE DE SOUTENIR

THÈSE DANS LES ACTES PUBLICS.

CHAPITRE PREMIER.

Des qualités de l'enseignement en général.

1. L'enseignement est l'art d'indiquer la voie la plus courte et la plus sûre pour acquérir une science solide; et comme le savoir consiste à connaître la cause et la raison des choses, et à faire couler comme de source des consé. quences justes de principes vrais , je crois qu'un professeur n'atteindra jamais son but, s'il ne rend pas raison de ses préceptes à ses disciples, et s'il ne leur fait pas fortement sentir la liaison de chaque vérité avec le principe dont elle émane.

Aussi j'ai toujours blamé ce mot, le maître l'a dit , entert pose, que les Pythagoriciens opposaient comme la tête de Méduse à leurs adversaires , lorsque ceux-ci leur proposaient des argumens trop pressans. Je p'approuve pas davantage la méthode de Pythagore lui-même, qui ne révélait qu'à un petit nombre d'élèves choisis les raisons de ses préceptes, et débitait au commun de ses auditeurs des règles arides qu'il leur donnait par forme d'oracles, sans les appuyer daucune démonstration. Quels qu'aient été ses motifs, je n'en juge pas moins très utile de remonter aux causes.

Felix qui potuit rerum cognoscere causas ! Selon moi , le devoir principal du professeur consiste, 1° non seulement à donner des principes lumineux à ses élèves, mais encore à leur donner la raison de ces préceptes , et à leur montrer la liaison qu'ils ont entre eux; 20 à les convaincre de la vérité de ces préceptes, de manière à ne laisser dans leur esprit aucun doute sur leur certitude.

SECTION PREMIÈRE. De la clarté dans l'exposition des préceptes. 2. Le professeur qui veut enseigner d'une manière nette et lucide ' doit 1° définir exactement les matières qu'il veut traiter; 2° les diviser de la manière la plus naturelle; 3° expliquer avec soin les mots techniques ; 40 éclaircir les préceptes généraux par des exemples peu nombreux , mais qui saisissent par leur justesse, plaisent par leur élégance, et surtout frappent par leur clarté ; 5° s'assurer par des 'examens que ses élèves l'ont bien saisi ; 60 éviter l'abus des citations ; 7° bannir des leçons ces digressions ou trop subtiles ou purement scientifiques , qui peuvent être de quelque utilité entre docteurs, mais qui n'instruisent que peu les commençans ; 8° se garantir surtout de ces trivialités burlesques qui excitent le rire des élèves aux dépens du respect qu'ils doivent à la chaire.

SECTION II.

De la liaison des préceptes. 3. Pour faire sentir cette liaison avec plus de facilité, il faut d'abord que le professeur fasse choix d'un livre élémentaire, dans lequel toutes les matières soient clas

. ..).95 'On trouve toutes les règles de la clarté dans ce passage de la loi des Wisigoths, liv, 1, titre 1, chap. 6: Erit con cionans eloquio clarus , sententia non dubius, evidentia plenus : ut quidyuid'ex ( doctrinali)

sées avec ordre, et les principes réduits à leur plus simple expression.

Le professeur doit ensuite, dans le cours de ses lecons, rappeler à ses élèves à quelle partie de la science se rattache chaque matière ; les ramener sans cesse à la définition qu'il leur en a donnée; en un mot, leur inculquer comment chacune des vérités qu'il leur enseigne se lie avec le principe général; comment le principe général sort de la définition, et comment la définition elle-même rentre dans l'ensemble du système qu'il est chargé d'exposer.

Il doit surtout éviter de dopner des règles contradicloires. Ce malheur arrive communément à ceux qui, dans la préparation de leurs leçons, puisent sans discernement dans toutes les sources, sans s'inquiéter ensuite si les idées des divers auteurs qu'ils ont mis à contribution, sont cohérentes entre elles ou ne le sont pas.

SECTION III. De la démonstration des principes. 4. Personne n'a droit d'exiger qu'on l'en croie sur parole; et tout homme qui écoute peut raisonnablement exiger de celui qui parle la preuve de ce que ce dernier avance. Le professeur ne doit donc pas négliger d'appuyer sa doctrine par des preuves et des raisonnemens solides : il doit toujours apporter la démonstration de ce qu'il dit.

Cependant il est des points controversés qu'on ne peut pas décider avec la même assurance que ceux sur lesquels tout le monde est d'accord. Alors le professeur doit se borner à déduire les motifs de l'opinion qu'il embrasse comme plus probable.

5. Mais doit-il, en pareil cas, discuter les sentimens opposés de ceux qui ont agité ces sortes de points ? Je distinguerais à cet égard entre les commençans et les élèves déjà forts; car ce serait une absurdité, en matière d'en

fonte prodierit, in rivulis audientium sine retardatione recurrat; totumque qui audierit , ita cognoscat, ut nulla hunc difficultas dubium reddat.

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