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en argent, j'aurai la définition du contrat in GENERE: c'est une convention au sujet de la transmission d'une chose commerçable.

Sije change cette circonstance du prix, et que je suppose que

la chose est transférée gratuitement, je trouve la définition de la donation.

Enfin, si j'ajoute quelques circonstances , par exemple, celle-ci : Qu'après un certain temps, le vendeur reprendra sa chose en restituant le prix; j'aurai la définition du rachat ou rénéré.

SECTION II.

Des divisions.

16. Les divisions constituent la méthode, qui n'est autre chose

que l'art de disposer ses idées et ses raisonnemens, de manière qu'on les entende soi-même avec plus d'ordre, et qu'on les fasse entendre aux autres avec plus de facilité.

On nomme division, la séparation d'une idée générale en plusieurs idées particulières.

On divise le tout par ses parties, le genre par ses espèces, les causes par leurs effets , etc.

Ainsi, par exemple, les jurisconsultes divisent la procédure en quatre parties principales, la demande , l'instruction, le jugement et l'exécution du jugement.

Ils distinguent la possession naturelle de la possession civile, etc.

17. L'utilité des divisions consiste à faciliter l'intelligence des idées complexes. Mais pour que la division procure cet avantage, il ne faut pas s'en tenir à décomposer ces mêmes idées : il faut encore expliquer en détail chacune des idées partielles que la division a pour objet de faire ressortir , et les mettre dans une sorte d'opposition.

C'est ce qui paraîtra par l'exemple suivant : Les choses sont corporelles ou incorporelles. Cette division est bonne; mais elle devient meilleure en lui donnant plus de développement, et en définissant ce qu'on entend par

choses cor

porelles et incorporelles. Les choses corporelles sont celles qu'on peut toucher, quæ tangi possunt; les choses incorporelles, celles qu'on ne peut pas toucher, quæ tangi non possunt. Ces définitions, ainsi opposées , font ressortir d'autant mieux la différence qui existe entre les deux membres de la division. Autrement, si l'on disait

que

les choses corporelles sont celles qu'on peut toucher , quæ tangi possunt ; les incorporelles , celles qui consistent dans un droit, quæe consistunt in jure ; cette définition serait aussi vraie que la première; mais l'opposition, étant moins directe, serait aussi moins sensible. 18. Pour qu'une division soit bonne, il faut , 10

que ses membres embrassent le tout ? qu'on divise ; 2° que ces membres soient distincts et n'empiètent pas l'un sur l'autre; 30 qu'avant la division on ait pris soin de dégager de toute obscurité l'idée à diviser..

19. Il faut appliquer aux subdivisions les règles de la division : on doit seulement éviter de les multiplier sans nécessité; car les trop petites choses sont aussi difficiles à comprendre que les choses trop étendues , et les divisions poussées trop loin sont aussi vicieuses que le manque absolu de division. C'est la remarque de Sénèque. Dividi illam, non concidi, utile est. Nam comprehendere quemadmodum maxima , ita minima, difficile est. Quidquid in majus crevit, facilius agnoscitur, si discessit in partes : quas, ut dixi, innumerabiles esse et parvas non oportet. Idem enim vitii habet nimia , quod nulla divisio. Simile confuso est , quidquid usque in pulverem sectum est. Epist. 89.

SECTION III.

De l'e.cplication des termes techniques.

20. On appelle termes ou mots techniques les mots qui ont été inventés pour exprimer ce qui appartient aux arts et aux sciences.

'De là il résulte qu'on ne doit pas appeler division , mais seulement distinction, l'opération qui ne divise pas un tout en ses parties, mais qui indique seulement les diverses acceptions d'un mot.

On doit les définir avec exactitude. En effet, comme ces mots sont, pour l'ordinaire, inconnus aux élèves, il arrive qu'ils les confondent entre eux, ou qu'ils y attachent un sens différent de celui que le professeur a eu en vue, et les fausses idées arrivent à la suite. Il est donc du devoir des professeurs d'éviter cet inconvénient et de soigner leurs définitions. On ne doit pas regarder comme minutieux des détails sans lesquels on ne peut pas arriver à des résultats plus importans ; car, je le demande, avec quel succès un professeur enseignera-t-il le droit , s'il n'explique pas les termes d'art qu'il sera forcé d'employer ? par exemple, ceux-ci : cautionnement, aval,

hypothèque , usufruit, solidarité , et mille autres sembla#bles !.

SECTION IV.

Des exemples.

21. Rien n'est plus utile pour l'intelligence des règles générales du droit , que les exemples dont on se sert pour les autoriser, les confirmer, ou les modifier. Mais il faut savoir se borner : Est modus in rebus. De même que les juges doivent prononcer suivant les lois, et non pas suivant des espèces particulières ; de même aussi le professeur doit enseigner d'après les lois, et non pas d'après des gloses ou des commentaires. Il ne doit faire servir les exemples qu'à l'intelligence des règles qu'il a puisées dans les sources de la législation, et il doit s'arrêter aussitôt que ces règles sont suffisamment éclaircies. Le droit est limité : jus finitum et potest esse et debet. L. 2. ff. de juris et facti ignor. Mais les espèces sont tellement infinies , que depuis qu'il y a des jurisconsultes, on n'a jamais vu se représenter deux espèces parfaitement semblables. C'est donc une illusion que de prétendre épuiser toutes les conséquences d'un principe.

C'est parce que je suis profondément convaincu de l'utilité des définitions, surtout pour les commençans, que j'ai fait entrer dans le plan de ce Manuel, un Vocabulaire des iermes de Droit.

Aussi j'ai toujours admiré que le docte Brisson (lib. 6 Formul.) ait employé sa vaste érudition à recueillir jusqu'à 600 exemples de stipulations conventionnelles, lorsque Justinien ( Inst. § 3, de divis. stipul. ) avait pris soin d'avertir que cette espèce de stipulations était innombrable.

22. J'insiste sur ce point : car rien de plus fastidieux que de voir un professeur s'évertuer à controuver des espèces qui souvent ne se présenteront jamais ; ou bien s'efforcer de replaider devant ses élèves les questions jugées dans les tribunaux. Rien n'est plus propre à leur fausser le jugement, et à en faire de petits disputeurs.

Ajoutez que des professeurs qui , pour l'ordinaire, sont étrangers au Palais et n'ont jamais fréquenté le barreau , sont peu propres à expliquer des espèces et à donner la véritable clef des arrêts. Ils doivent se borner à enseigner par théorie ce qu'ils ne savent que par spéculation, et renoncer à parler d'usages et de pratiques , s'ils ne veulent pas se voir appliquer ces paroles de Cicéron : Nec mihi opus est aliquo doctore qui mihi pervulgata præcepta decantet, cim ipse nunquam forum, nunquam judicium aspexerit; quod ipse non est expertus , id docet cæteros. Cic. de Oratore, lib. 2. C'est en cela surtout que se rendit ridicule cet orateur dont parle Cicéron au même endroit. Il employa plusieurs heures à débiter un discours véhément sur les devoirs et les engagemens d'un général; il parla de l'art militaire , il fit la description d'un camp; donna des règles pour discipliner des troupes et les ranger en bataille; en un mot, il voulut lui enseigner à combattre; lui qui nunquam hostem, nunquam castra vidisset , nunquam denique minimam partem ullius publici muneris attigisset. Annibal, qui se trouvait présent à ce discours , ayant été prié de dire ce qu'il pensait de cet orateur, répondit sans beaucoup hésiter : Multos se deliros senes sæpè vidisse, sed qui magis quàm Phormio deliraret vidisse neminem.

23. Quel est d'ailleurs celui qui, par une étude si forte quelle soit, pourra se flatter de classer dans sa mémoire toutes les espèces possibles, et de pouvoir , au besoin , rapporter les décisions qu'il aura lues , aux différens cas qui lui seront soumis ? J'admets qu'un tel homme ait pâli

sur mille volumes d'arrêts et de décisions, au lieu de s'appliquer à se mettre dans la tête un système raisonné du droit : malgré sa science d'arrêtiste, ne lui arrivera-t-il pas toujours de rencontrer des milliers d'espèces qu'il n'aura ni lues, ni retenues ?

Blâmons donc la folie de ceux qui consument les plus belles années de leur vie à respirer la poudre des commentaleurs , et à feuilleter des collections d'arrêts dans l'espoir d'y acquérir la connaissance du droit. Ils ressemblent à ce fou dont parle Lucien : assis sur le rivage de la mer, il s'efforçait d'en compter les vagues, jusqu'à ce que les vagues elles-mêmes, se brisant l'une sur l'autre, vinssent le couvrir de leurs eaux, et il se désespérait de ne pouvoir les nombrer.

24. Revenons au vrai: la connaissance de toute science réside dans l'intelligence de ses principes et dans la liaison de ces principes avec leur cause. İmilons les mathématiciens. Ils n'exigent pas que leurs élèves apprennent des milliers de problèmes; mais ils leur démontrent et leur inculquent des définitions, des axiomes, des théorèmes à l'aide desquels il leur devient aisé de résoudre tous les problèmes. De même, qu'un vrai jurisconsulte, qu'un sage professeur n'accable pas ses élèves d'espèces, cas, d'argumens et de subtilités, mais qu'il fasse passer dans leurs esprits ces règles immortelles du juste et de l'injuste. Une fois imbus de ces maximes sublimes, de ces principes éternels, qu'on leur propose des doutes, des espèces, des questions, ils les résoudront sans peine avec les secours de la loi et de leur raison, non multa , sed multùm.

de

SECTION V.
De l'abus des citations.

25. Nous avons dit que le professeur devait rendre aux élèves raison de sa doctrine, et qu'il leur en devait la démonstration.

'On De blâme l'étude des commentateurs et des arrêtistes que pour les commençans, on reconnaît d'ailleurs l'utilité de cette étude pour les avocats, et on rend justice entière à ceux qui se dévouent au pénible travail de perpétuer les monumens de la jurisprudence.

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