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Première édit., 1814, in-8°. Seconde édit., 1824, in-18.

PRÉFACE

DE L'ÉDITION DE 1824.

La première édition de cet écrit a paru au mois de juin 1814, après le départ des étrangers, et presque aussitôt que la Charte.

Avant de le publier de nouveau , j'en ai refait la plus grande partie : plusieurs de mes premières observations étaient devenues sans objet; il m'a paru nécessaire d'en ajouter d'autres.

Ce sujet est des plus importans.

Si l'on considère la justice en elle-même, on ne peut oublier que « les royaumes sans bon ordre de justice ne peuvent avoir durée ni fermeté aucune '. »

Si l'on porte ses regards sur ceux qui sont chargés de l'administrer, la magistrature s'offre à nos yeux comme une espèce de sacerdoce, qu'on ne saurait environner de trop de respects.

En effel, le magistrat rend la justice au nom du souverain; il représente la cité entière dans toute sa majesté; il est spécialement chargé d'en soutenir l'honneur et la dignité; d'observer et de faire observer ses lois : la paix publique est confiée à sa droiture et à sa fidélité ?.

Préambule de l'ordonnance de 1453. * Est proprium munus magistratus intelligere, se gerere personam ci

Mais, si tel est l'office du juge, on ne peut se dissimuler qu'il ne peut le remplir dans toute son étendue, qu'autant que les lois et les institutions lui en offrent les moyens.

Sans cela, on ne s'expliquerait pas pourquoi la justice, qui en soi est toujours la même, est cependant plus ou moins administrée, selon les temps, les lieux, la forme des législations et l'esprit des gouvernemeni.

C'est ce qui m'a décidé. à jeter un coup d'ail sur les magistrats d'autrefois, les magistrats de la révolution, et les magistrats à venir.

On a trouvé que le portrait que je traçais des anciens magistrats était flatté; que je leur prêtais une perfection imaginaire. — Quand cela serait vrai, qu'importe ? Si j'ai donné le modèle , même idéal, des vrais magistrats , l'utilité n'en demeure-t-elle pas la même? Il s'agit toujours de les imiter.

Lorsque j'ai parlé des magistrats de la révolution, je n'ai pas prétendu confondre les époques , ni appliquer à des temps devenus meilleurs ce qui n'a dû se dire que des époques les plus désastreuses ; et même pour celles-ci, je suis loin d'exclure les exceptions honorables que peuvent réclamer un petit nombre d'hommes justes qui, dans tous les temps, valent mieux que les institutions qu'ils sont destinés à faire marcher.

Je n'ai rien dit des magistrats actuels '. S'ils réalisent par avance, autant qu'il est en eux, les espérances de l'avenir, ils savent bien aussi que l'organisation judiciaire est loin d'avoir atteint la perfection dont elle est susceptible. D'ailleurs on conçoit que je n'ai point eu à traiter la question des personnes, mais uniquement celle des institutions, dont l'appréciation peut seule, sans inconvenance, devenir l'objet d'une honnête critique.

vitalis , debereque ejus dignitatem et decus sustinere , servare leges, jura describere, ea fidei suæ commissa meminisse. Cic. de Officiis 1, 124.

1 Année 1824.

Les améliorations que je propose, toutes prises dans l'intérêt de l'ordre judiciaire, ne sont point des vues qui me soient personnelles, et que l'on puisse supposer n'avoir · point été réfléchies. Mes conversations avec plusieurs hommes distingués par leur savoir et leur expérience m'ont dès long-temps convaincu que les changemens que j'indique auraient l'assentiment de la magistrature. Sur le plus grand nombre des points que je discute, je ne suis que l'in terprète du veu public et d'un besoin assez généralement senti pour être hautement exprimé :

Questi non sono pensieri del solo autore , ma del pubblico.

GIORDANI.

Les lois , quelles qu'elles soient, doivent toujours être exécutées tant qu'elles existent; mais il n'est pas défendu d'en désirer de meilleures. Il est bon même qu'avant d'opérer des changemens, ils aient été longuement médités. Et je ne me dissimule pas cette vérité : « qu'à côté de l'avantage d'améliorer est le danger d'innover. »

Mais pour que le législateur lui-même soit plus à portée d'apprécier les besoins et les veux du public, il importe que ceux qui croient les avoir aperçus, les présentent et les expriment avec sincérité.

Loyseau avait décrit les abus des justices de village long-temps avant l'époque où elles furent supprimées.

Avec moins d'habileté que ce grand maître, mais autant d'amour pour la justice et de respect pour la magistrature, il est permis de désirer aussi des améliorations appropriées, au temps où nous vivons.

Si je me suis trompé, mes intentions n'en auront pas moins été pures; si mes vues sont-justes, elles seront

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