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rement critiquée, si vivement défendue : les uns n'v relevant que des défecluosités, les autres s'obstinant à n'y trouver rien que de bon et de bien ..

Quant à nous, si nous disons notre avis, nous avouerons sans peine que le corps de droit n'est pas exempt de reproches, et nous conviendrons, par exemple, qu'on aurait pu lui donner moins d'étendue, et le distribuer dans un meilleur ordre; mais aussi nous ajouterons que ces défauts sont excusables dans un ouvrage de si longue haleine; fait de main d'homme, et conséquemment destiné à rester imparfait. Car, ainsi que le disait Justinien lui-même, in nullo aberrare, seu in omnibus irreprehensibilem et inemendabilem esse, divinæ utique solius , non autem mortalis est constantiæ seu roboris. L. 3, § 13, C. de vet. jur. enucleando.

Au surplus, ces défauts n'empêchent pas que le corps des lois romaines ne soit une source inépuisable de doctrine et de raison, et qu'on ne doive dire de cet ouvrage comme de tous ceux ou le bon surpasse le mauvais :

Ubi plura nitent in carmine , non ego paucis
Ofrendar maculis , quas aut incuria fudit,
Aut humana parùm cavit natura.

HORAT., de Art. poet., v. 351.

CHAPITRE VII.

Quel fut, après Justinien, le sort de sa législation.

Voyons maintenant quel fut, après Justinien , le sort de sa législation, soit en Orient, soit en Occident.

Voyez FRANC, HOTOMAN. in Antitriboniano; BALDUINUS , in Justin niano; AUTUMNUS in censura gallică juris romani; BERTHELOT dans son Apologie du droit romain.

Et d'abord il est bien certain que le corps de droit promulgué par cet empereur fut reçu de suite en Orient, soit dans les tribunaux, soit dans les écoles de jurisprudence. Mais comme la plupart des juges et des professeurs ne connaissaient que médiocrement la langue latine , on sentit peu à peu le besoin de traduire en grec les lois que Justinien avait promulguées en latin.

La première traduction qui parut fut celle des Institutes. Théophile, le même que Justinien avait employé à leur rédaction, en donna, du vivant même de cet empereur, une paraphrase grecque qui est parvenue jusqu'à nous, et dont les meilleures éditions ont été publiées par Fabrot et Denis Godefroy.

Thalelæus, qui était également contemporain de Justinien, donna aussi des Pandectes une version grecque qu'on trouve très souvent citée dans les Basiliques.

Réciproquement, les Novelles de Justinien , qui, pour la plupart, avaient été composées et promulguées en grec, furent traduites en latin par Julien-l'Antécesseur , qui, en 750, en donna un excellent abrégé que l'on trouve à la suite du commentaire des frères Pithou, sur le code, Pa. ris, 1689, in-folio.

On se servit de ces traductions au barreau et dans les écoles jusqu'au neuvième siècle, que les empereurs de Constantinople songèrent à en faire faire un compendium. En 838, Basilius Macedo publia le premier un recueil abrégé, sous le titre de opozil pwv two vouwv. Léon-le-Philosophe continua l'entreprise de son père, fit retoucher cette traduction, et la promulgua l'an 886, sous le titre de l'etašeWY Bacochy.w. Enfin, Constantin-Porphyrogénète y mit la dernière main , et publia au commencement du dixième siècle les livres des Basiliques.

Ces livres sont composés de la version grecque des Institutes, des Pandectes, du Code, des Novelles et des édits de Justinien, des paratitles et commentaires de quelques jurisconsultes de l'empire d'Orient. On y a même fait entrer plusieurs passages des Pères et des Conciles.

Cette version toutefois n'est pas littérale; elle diffère du texte en plusieurs endroits. Quelques lois s'y trouvent omises ; d'autres, au contraire, y ont élé ajoutées;

d'autres, enfin, s'y trouvent abrégées et tronquées.

Get ouvrage n'était pas très facile à entendre, même pour les Grecs , à en juger d'après ce que dit Psellus : interpretatu difficile est et maximè obscurum. Charles-Annibal Fabrot, avocat au parlement d'Aix, en entreprit, de l'avis du chancelier Séguier, une traduction latine, qu'il donna au public en 1647 , 7 vol. in-folio.

Les Basiliques ont été observées dans tout l'Orient; et l'on en a la preuve dans une foule d'ouvrages de jurisprudence écrits en grec depuis le onzièmejusqu'au quatorzième siècle, où cette compilation est citée et commentée.

Leur autorité n'a cessé qu'en 1435, lorsque la prise de Constantinople, par les Turcs, eut mis fin à l'empire d'Orient.

Mais revenons à l'empire d'Occident. Plusieurs des provinces de cet empire étaient tombées au pouvoir des barbares. D'autres, quoiqu'en petit nombre, étaient restées sous la nomination des empereurs romains.

Dans celles-ci, le droit de Justinien fut certainement en usage; car cet empereur avait ordonné de l'observer dans tout l'empire, et de l'enseigner exclusivement dans toutes les écoles.

Quant aux provinces envahies par les barbares, les vainqueurs, ne se réservant que le pouvoir militaire , laissèrent généralement aux vaincus l'usage des lois romaines. Et toutefois ces lois n'étaient pas celles promulguées par Justinien, mais plutôt les codes Grégorien, Hermogénien et Théodosien, avec les institutes de Gaïus , les sentences de Paul et les écrits de quelques autres jurisconsultes, dont Alaric, roi des Visigoths , fit faire, en 506, par Anien, son chancelier , un abrégé que les historiens et les jurisconsultes ont indifféremment appelé Corpus TheodoSIANOM. Baluz., tom. X, p. 474. LEX ROMANA, idem, tom. 2, p. 995;Dugance, Glossar. hác voce:BreviarIUM Aniani. Voy. Jac. Godefroy, in proleg. Cod. Theod. cap. 5.

Les Ostrogoths en usèrent de même : leur roi Théodoric ordonna, dans la préface de son édit, qu'il serait exécuté, salva Juris publici reverentiá, et legibus omnibus cunctorum devotione servandis.

Cassiodore nous atteste également que le droit romain continua de régir les pays conquis; car telle était l'humanité de ces conquérans nommés barbares, qu'ils laissaient aux vaincus le choix de la loi sous laquelle ils voulaient vivre.

Suivant ces principes d'une politique tolérante, les Bourguignons permirent aux Romains qui vivaient dans leur royaume de suivre la loi romaine, Il faut juger les Romains suivant les lois romaines , dit Gondebaud dans le préambule de la loi des Bourguignons. Inter Romanos verò, sicuti à parentibus nostris statutum est, ROMANIS LEGIBUS præcipimus judicari. Voyez Lindenbrog., p. 267 ; et voilà pourquoi Papien, à l'exemple d'Anien, composa un livre de réponses, Liber responsorum tiré du code de Théodose, des Novelles du même empereur et de ses successeurs, et des livres de plusieurs jurisconsultes, pour servir de règle aux citoyens qui préféraient le régime de la loi romaine à celui de loi gombette.

Les Francs eux-mêmes, quoiqu'ils eussent des lois , et des coutumes nationales, accordèrent pareillement aux vaincus la faculté d'opter pour le droit qui leur paraîtrait préférable. C'est ainsi que Clotaire ordonna que les contestations entre Romains seraient jugées suivant les lois romaines : causas inter Ronianos controversas romanis terminari legibus. Baluz., tom. 1, Capit. p. 7. · Les choses restérent sur ce pied jusqu'au temps de Charlemagne , qui, en 804, sentant le besoin de pourvoir de lois les nations auxquelles il avait préalablement donné un maître ordonna de rédiger par écrit les coutumes de tous les peuples de sa domination a. · De là sont venues les lois des Allemands, des Bavarois, des Lombards, etc., que Eccard , Lindenbroge, Dom Bouquet et autres ont compilées avec tant d'érudition.

"La loi Salique et la loi des Ripuaires. Égin. in vita Carol. Mag., cap. 29. BALUZ,, t. I, p. 989.

3 Éginard , dans la vie de Charlemagne, chap. 2o, nous atteste ce fait : Eum nimirùm , omnium nationum, quæ sub ejus dominatu erant , jura, quæ scripta non erant, describi ac litteris mandari fecisse; et c'est ce qui a fait dire à un ancien poète :

Cunctorum sui regni leges populorum
Collegit , plures indè libros faciens.

Quoique, dans ces premiers temps, on paraisse s'être servi en Orient du code et des Novelles plutôt que des Pandectes , il ne faut cependant pas croire que les Pandectes eussent absolument cessé d'exister. L'opinion la plus accréditée à cet égard est qu'on en découvrit un exemplaire dans la ville d'Amalphi, qui fut prise en 1137 par Lothaire II. Cet empereur en fit don à ceux de Pise qui l'avaient aidé de leur flotte dans son expédition. Des Pisans, cet exemplaire passa aux Florentius'; et Irnerius, qui enseignait alors à Bologne, ayant eu besoin d'y recourir, en prit occasion de l'expliquer dans ses leçons. Lothaire lui-même en introduisit l'usage dans les écoles et dans les tribunaux. Voyez , sur cette histoire, Sigonius , de Reg. Ital., lib. 7; Henri BRENKMAN, de Amalphi à Pisanis direpta , $ 24; p. 65; et le CARDINAL D'Ostie, in cap. 1, pr. X de test., n. 2.

Depuis cette époque , le droit romain fut effectivement enseigné dans toutes les universités de l'Europe, et cousu de potes et de scolies, par une foule de docteurs, dont Accurse réunit ensuite toutes les gloses dans une seule.

La glose d'Accurse a joui d'une très grande célébrité ; son crédit a même été jusqu'à surpasser celui du texte, comme nous l'attestent plusieurs auteurs et notamment Fulgose, qui, dans une note sur la loi 6, C. de oblig. et act., n'hésite pas à dire qu'il préfère la glose au texte, volo enim pro me potiùs glossatorem quam textum ; mais aujourd'hui elle est tombée dans un discrédit total,

Les jurisconsultes de cette école ne se bornèrent pas à commenter le texte du corps de droit, ils imaginèrent de lui donner une autre division, et créèrent cette distinction, que les modernes n'ont point adoptée : digestum vetus , infortiatum , et novum.

De plus, ils abrégèrent les Novelles, et les reportèrent, par forme d'apostilles, en marge des lois que ces Novelles avaient pour but de changer ou de modifier. Ils finirent

"C'est ce qu'on appelle les Pandectes Florentines. On les regarde généralement comme les plus exactes que nous ayons.Cujacius persuaserat sibi Florentinas Pandectas esse OMNIUM INTEGERRIMAS; proindeque eas CASTIORA DIGESTA appellavit in comment, ad Sult., l. 3, ff. de acq. vel amitt. poss. lib. 54, Pauli ad edictum.

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