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APPENDICE,

O U

A BRÉ GÉ
D E S R E G L E S

DE

LA

VERSIFICATION FRANÇOISE.

N lit tous les jours, ou l'on entend réciter des Vers.

Mais il n'est guere possible d'en sentir les beautés ou (

les defauts, sans une connoitiance au moins générale des regles de la Vertification. Nous avons dans notre. Langue un grand nombre d'excellens Ouvrages en Vers, que l'on peut lire avec autant d'utilité

que

de plaifir. Et il seroit honteux d'ignorer quelles sont les Yegles d'un langage qui nous flate fi agréablement.

Nous plaçons ces regles à la suite de cet ouvrage pour fatisfaire plufieurs persones, qui, s'intéressant à l'utilité de ce Dictionaire de l'Oiihographe, ont souhaité qu'on y trouvât un petit Traité de la Poélie , Françoise. Nous n'avons pas cru pouvoir en donner un meilleur que celui qui eft à la fin de la Grammaire de M. Reilaut, aux foins duquel nous devons la perfection de notre Livre, & qui, toujours rempli de zelc pour l'utilité du Public, a bien voulu nous permettre de nous en servir. Nous ne parlerons que de ce qui regarde la forme des Vers, & de ce

qui peut les rendre bons ou mauvais, fans entrer dans la différence des 1!y!es par raport aux differens lujets qui peuvent être du resort de la Poélie.

La Versification Françoise et l'art de faire des Vers François suivant certaines regles.

Les regles que l'on peut en donner regardent, ou la structure des Vers, ou la rime, ou le mélange & la combinaison des Vers les uns à l'égard des autres.

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A structure des Vers François ne confifie qu'en un certain nombre

de syllabes. Ainsi on peut d'abord diviser les différentes fortes de Vers par le nombre des fyllabes qui les composent.

Des différentes fortes de V'ers.
On en compte cour dément de cinq fortes ; fasoir

Les Vers de dou? Jyllabes, que l'on appele encore Alexandrins, Héroiques , ou grands Vers :

Le-bon-Peur-del'im-pie eft-tou-jours-a-gi-té.
Geux de dix j;ilabes , que l'on appele vers communs :

A-nos-fan-glots-don-nons-un-li-bre-cours.
Ceux de huit syllabes :

Je-veux ,-&-n'ac-com-plis-ja-mais,

E1-je-fais-le-mal-que-je-hais. Ceux de Sept syllabes :

Mes-sens-font-gla-cés-d’é-froi.

Dieu-juf-te,-ré-pon-dez-moi. Ceux de six syllabes :

O-ré-veil-plein d'horreur !

0-dan-ge-reu-se er-reur ! Les Vers de chacune de ces efpeces dont le dernier mot cft terminé par un e muet, 01 feui, comme dans pere, aime , ou suivi d'une s, comme dans le pluriel des noms, les peres, les princes, ou fuivi des lettres nt, comme dans les pluriels des Verbes, ils aiment, ils reçoiven, ont toujours une syllabe de plus : c'est à dire, que les Vers de douze fyllabes qui finiflent par un e muet, en ont treize, comme on peut le voir dans ces trois Vers :

La-foi-qai-n’a-git-point, -eft-ce u-ne-foi-fin-ce-re?
Divu-tien-le-caur-des-rois-en-tre-les-mains-puis-fan-res.

De-leur-au d2-62 en-vain-les-vrais-Chré-tiens-ge-mnis-lent. &

que les Vers de dix syllabes qui finissent par un e muet en ont onze, comme dans ces trois Vers :

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Maudi-te-foic-la-mon-dai-ne-ri-cher-se.
Pau-yres-bre-bis ,-on-you-a-bien-fé-dui-tes.

Dieu-gard-tous-Ceur-qui-puur-la-Fran-ce-veil-lent. Les Vers de huit, de sept & de fix fyllabes, ont également une syllabe de plus, quand ils' font terminés par un e muet.

Mais le fon sourd de cette voyele s'y fait entendre ti foiblement, que la syllabe où elle se trouve et comptée pour rien.

Il ne faut pourtant pas meitse au nombre des e muets, celui qui se trouve suivi des lettres ne dans les troiliemes perfones du pluriel de l'imparfait de l'indicatif & du conditionel présent des Terhes, comme dans ils aimoienr , ils aimersiene, parce que la terminaison vienı y a entièrement le fon de lè fort ouvert.

Les Vers dont le dernier mot est terminé par toute autre voyele que l'e muet, ou par une confone sans l’e muet, n'ont point, comme les autres, de fyllabe furabondante. Ainfi il n'y a precilement que douze syllabes dans chacun de ces trois Vers :

L'i-gno-ran-ce-vaut-mieux-qu’un-sa-voir-af.fec-té.
Hà-ions-nous : le-temps-fuit,-&-fous-trai-ne a--vec-foi ;

Dieu-ne-fait-ja-mais-grace a-qui-ne-l'ai-me-point Les Vers qui finissent par un e muet fout appelés, Vers firnirins ; & les autres sont appelés, Vers masculins. Ce qui forme une nouvele divifion des Vers en masculins & féminins.

On fait encore quelquefois des Vers qui ont moins de fix syllabes: mais ce n'eft guere que dans des pieces libres & badines , ou detlinees à être mises en Mulique.

Les Vers qui ont le plus d'harmonie & de majefté, font ceux de douze fyllabes : auffi les emploie-t-on dans les poemes heroiques, les tragédies, les comedies, les églogues, les elegies, & autres pieces sérieuses & de longue haleine.

De l’e muer à la fin des mots. Quaod, dans le corps du Vers, la derniere fyllabe d'un mot eft terminée par un e muiet foul, & que le mot qui suit commence par une voyele ou par une h non aspirée, cette syllabe fe mange & fe confond dans la prononciation avec la premiere du mot luivant, comme dans ces deux Vers :

Lill ij

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Dieu fair, çuand il lui plait, faire éclater la gloire.

Li fon peuple est toujours present a fa mémoire. & dans celui-ci :

D'une secrete horreur je me sens frissoner. Mais si le mot terininé par un e muet eft fuivi d'un mot qui es mence par une confone ou par une h aspirée, le muet sait fa fyle & le prononce comme dans ces Vers :

Quelle fausse pudeur à feindre vous oblige!

Dieu veur-il que l'on garde une haine implacable ? L'e muet final fuivi dans le même mot d'une s ou des lettres ». prononce comme s'il étoit seul, quand le mot qui eft après come* par une consone, ou par une h aspirce, comme dans ces Vers:

Tu crois, quoi que je fafle ,
Que mes propres perils s'allu ene de ta grace,
Traîne d'un dernier mor les fvllabes honteuses.

Ma vie & mon amour (ous deux courent hazard. Quand l'e muet suivi dine s ou des lettres ne est avant un moto commence par une voyele ou par une h non aspiree, outre qu'il e fa fyllabe, I's & le, le prononcent comme s'ils faisoient partie : mot suivant. Ainsi dans ces Vers :

Les prêtres arosviene l'autel & l'affem se.
Que les méch.ns aprenent zulourd'hui

A craindre la colere. il faut prononcer comme s'il y avoit, Les prêtres zarofoient : appresra taujourd'hui.

C'est à quoi il faut faire une attention particuliere en lisant ou en rectant les Vers : car si dans ces occasions on manque de prononcer l's æ le e final, on confondra nécessairement l'e muet avec la voyele qui cor: mence le mot suivant, & par conséquent le Vers aura une syllabe da moins : ce qui ne peut produire qu'un eflet désagréable à l'oreille.

Rencontre des Voyeles. On doit absolument éviter dans les Vers, la rencontre des royeles qui ne se mangent point par la prononciation : c'est-à-dire, qu'un ma qui finit par une voyele autre que l'e muet, ne peut jamais le troure? avant un mot qui commence aussi par une voyele, ou par une h ma aspirée : ce que M. Desprcaux a trės-bien exprimé par ces deux Vers:

Gardez qu'une voyele à courir trop hårée,
Ne fait d'une voyele en fon chemin heurtée.

ne

Ainsi on ne pourroit jamais faire entrer dans des vers, ces mots, La loi évangélique, Dieu éternel , vérité immortele , le vrai honneur, &c.

Les anciens Poétes ne s'assujétissoient pas à cette regle : mais elle est devenue indispensable pour ceux d'aujourd'hui.

Quoique l'affirmation oui commence par une voyele, on peut néanmoins la répéter avec grâce dans un Vers, ou la mettre à la suite d'une interjection terminée par une voyele, comme dans ces Vers :

Oui, oui , fi lon amour ne peut rien obrenir ,
Il m'en rendia coupable, & m'en voudra punir.

He ! oui, tant pis, c'eit là ce qui m'afflige. L'h aspirée étant regardée comme une véritable consone, elle en a toutes les propriétés dans la prononciation : c'elt à-dire , qu'elle peut étre précédée des mémes lettres, & que celles qui se prononcent ou ne se prononcent pas avec les consones, fe

prononcent aussi ou fe prononcent pas avant l'h aspirée. Ainsi elle peut se rencontrer à la suite de quelque voyele que ce puisse être, comme dans ces Vers :

Chacun s'arme an hazard du livre qu'il rencontre.
Dieu qui voyez ma honre, où me dois-je cacher?

Si je la haistois, je ne la fuirois pas. On appliquera dans la suite à l'h non aspirée, ce que nous pourrons dire des voyeles; & à l'h aspirée , ce que nous dirons des confones.

Le i qui et renfermé dans la conjonction &, ne fe prononçant ja mais, on ne peut pas mettre dans les Vers cette conjonction avant un mot qui commence par une voyele. Ainsi ce Vers ne vaudroit rien:

Qui sert & aime Dieu, poffede routes choses. Quoique l'n finale de la négation non, ne se prononce pas plus que le i de la conjonction & , cependant les Poètes sont en polleífion de la mettre avant des mois qui commencent par une voyele , comme dans ces Vers :

Non, non, un roi qui veut seulement qu'on le craigne,

Et moins roi que celui qui fait se faire aimer. Nous observerons, malgré cet usage, que la prononciation de non avant une voyele , n'est pas moins desagréable que celle d'une voyele avant une autre, & qu'il ett toujours micux de mettre cette negation avant une consone, comme dans ce Vers :

Non, je ne puis soufrir un bonheur qui m'outrare. On peut dire la même chose des autres mots qui sont terminés par une voyele ou par une diphthongue nasale, dont l'n ne fe prononce pas avant un mot qui commence par une voyele. Ainsi quoiqu'on trouve rouvent dans les Poêtes, ces mois avant d'autres qui commencent par une voyele, la rencontre de la voyele ou diphthongue nasale avec une

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