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autre, a toujours quelque choso de rude à l'oreille , comme on peut le reconnoitre dans ce Vers :

Ah' j'atendrai long-temps, la nuit eft loin encore. ou dans ceux-ci :

La premiere fois qu'un renard
Aperçue le lion, animal redoutable,

11 eur une peur efioyable,

Et s'enfuit bien loin à l'écart. Cet usage étant établi & autorisé par les meilleurs Poétes, nous ne prétendons pas le condamner. Mais on conviendra au moins qu'une consone, à la suite d'une voyele ou diphthongue nasale dont l'n ne fe prononce pas, rendroit le Vers plus doux & plus coulant, comme dans ceux-ci :

L'un paîtrit dans un coin l'embonpoint des chanoines,

L'autre broie en riant le vermillon des moines. M. l'Abbé d'Olivet, après avoir raporté dans son Traité de la Prosodie Françoise, ce que M. l'Abbé de Dangeau & M. l'Abbé Regnier ont dit au sujet de la prononciation des voyeles nasales, ajoute qu'il est à croire que l'observation faite par ces Auteurs qui mettent les royales nasales au rang des véritables voyeles, & qui en condamnent la rencontre avec d'autres voyeles dans les Vers, 'Tiendra désormais lieu de précepte, du moins pour ceux de nos Poêtes qui tendent à la perfection.

Il observe cependant que cette rencontre peut absolument se soufrir, quand la prononciation permet de pratiquer un repos, quelque court qu'il soit, enire le mot qui finit par un son nojal, & le moi qui commence par une voyele : & il dit que ce feroit peut-être outrer la delicatesse que de blåmer ce Vers d'Athalie :

Celui qui met un frein à la fureur des flots.

ou cet autre :

Disperse rout fon camp à l'aspect de Jéhu. Les mots qui ont une voycle avant l'e muet final, tels que font vie, envie, partie, vue , proie, joie, sacrée, &c. ne peuvent pas entrer avec grâce dans le corps du Vers, à moins qu'ils ne soient suivis d'un mot qui commence par une voyele avec laquelle l'e muet se mange, Ainli ces Vers ne vaient rien :

Anselme, mon mignon, crie-t-elle à toute heure.
Ah! n'aye point pour moi ii grande inditrérence.

La bourse eft criminele, & paye son délit,
Mais ceux-ci sont réguliers :

C'eft Vénus route entiere à la proie arachée.
J'ai pris la vie en haine, & må flamme en horreu.

Athênes par mon pere accrue & protégée,

Reconut avec joie un roi fi généreux. Si dans le même mot l'e muet précédé d'une voyele, est suivi d'une s ou des lettres ni,' ce mot ne peut se mettre qu'à la fin du vers coinme dans ceux-ci :

Je vois combien tes veux sont loin de les pensées.
Aufsi-ior maint esprit fecond en rêveries,
Inventa le blason avec les armoiries.
Tandis que dans les airs mille cloches émues,
D'un funebre concert font relentir les nues,
Au feul nom de Henri les Francois se rallient :
1.a honte les enflamme, ils marchent, ils s'écrient.

Souvent dans leurs projets les conquérans échoueni.
Aing ces deux vers ne valent rien :

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Tu payes d'impofture & tu m'en as donné.

Ce que voyeni mes ieux, franchement je m'y fie. L'e muet au dedans d'un mot & à la suite d'une autre voyele, le supprime toujours & ne fait pas une syllabe particuliere dans la prononciation : ce qui arive le plus ordinairement dans les futurs des Verbes. Ainsi cerai , crierons, louerez , Sacrifiera, enjouemeni , &c. le prononcent sûrai , crirons , loúrez , facrifira , enjoûmens , comme dans ces Vers :

J'espere toutefois qu'un cæur fi magnanime
Ne sacrifiera point les pleurs des malheureux. ....
J'avouerai qu'aur refois au milieu d'une armée,
Mon coeur ne so: piroit que pour la renomée.

S'il vient il paiera cher un si sensible outrage. facrifiera ne fait que quatre fyllabes, j'avouerai n'en fait que trois , & paiera n'en fait que deux.

Des Voyeles qui forment ou ne forment pas de Diphthongues. Il est encore très-essentiel de favoir quand plusicurs voyeles forinent dans les Vers une diphthongue ou n'en forment pas, c'est-à-dire , quand elles doivent se prononcer en une ou en deux fyllabes : sur quoi nous donnerons ici quelques regles particulieres, en parcouran les différentes fortes de diphthongues, dont la plus part doivent se prononcer en deux syllabes, dans la poésie & dans le discours soutenu.

Is, forme généralement deux fyllabes, foit dans les Noms, soit dans les Verbes, comme dans di-amant, di-adėme , étudi-a, confier , oubli-1, &c. excepté dans quelques mots qui se réduisent á peu pres à ceux-ci, diable , fiacre, liard, familiarité , familiariser :

De peur de perdre un liard soufrir qu'on vous égorge.
Sa familiarité jusque-là s'abandone,

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Je hais .... ces gens .....

Dont la fiere grandeur d'un rien se formalise,

De crainte qu'avec elle on ne familiarise. le, avec l'e ouvert ou fermé, n'eft ordinairement que d'une fyllabe, de quelque consone qu'il soit fuivi, comme dans ciel, troifie-me, fievre, pie-ce , amitié, ba-ri-ere , pa-pier, pre-mier, &c.

Il faut observer que dans les Verbes en ier de la premiere conjugaison, ie forme deux fyllabes à l'infinitif, à la seconde persone du pluriel du présent de l'indicatif, ou de l'impératif, & au participe pasif. Aion il faut prononcer, étu-dier, confier , deli-er, mari-er ; vous étudi-ez, vous confi-ez, vous déli-ez, vous mari-ez; érudi-é, confi-é, déli-é, marié.

lai, dans la premiere persone du préterit de ces Verbes, se prononçant comme ié, forme aussi deux syllabes : J'érudi-ai , je confi-ai , je de i-ai, je mari-oi.

On prononce de même, l'ous ri-ez, vous souri-ez, impié-, ingui-et, inqui-éter, inqui- é: ude, hardi-efe, matéri-el, estensioel, & quelquesautres mots en el de plus d'une syllabe.

HIER, s'emploie quelquefois en une seule fyllabe, comme dans ce Vers :

Hier j'étois chez des gens de veriu finguliere. Mais on en fait plus communément deux fyllabes, comme dans ce Vers :

Mais hier il m'aborde, & me serrant la main,

An! Monheur, m'a-t-il dir, je vous atends demain, Il est d'une seule fyllabe dans avant-hier.

Le bruit court qu'avant-hier on vous'affassina. To, est communément de deux syllabes, comme dans violence, vi-olon , di-océse. On pouroit en excepler, fio-le & pio-che. Prends la fiole où....

Je crains en ce désordre extrême...... Oe, ne fait qu'une syllabe, comme dans boë-le , coë.fe, mo-ele, poële; excepte dans poé-fie, po-éme , po-ile.

Oi, avec le son de lo & de l'è ouvert, n'est jamais que d'une syllabe, comme dans roi, vi, voi-, emploi, &c.

UE, avec l'e ouvert ou fermné, eft toujours de deux syllabes, comme dans du-el, fu-er, fusé, arrribu-er, attribi-, su-er, fué.

Ui, ne forme qu'une tyllabe, comme dans lui, ce-lui, dédui-re , contrui-re, fuir, fui, aigui-lei, &c. excepté dans ru-ine , ru-iner, bru-ine.

ial, elt de deux tyllabes dans ni-ais : il est quelquefois de deux & quelquefois d'une seule dans bi-ais, bi-aiser, ou biais, biaiser.

Lau , est toujours de deux fyllabes, comme dans mi-auler, beftiaux, provinci-aut, impéri-aux, &c.

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JEU, se

prononce ordinairement en deux syllabes, comme dans pi-eux, odieux, furi-elx, pré-cieux : excepté dans cieux, Dieu, lieu, lieu-tenant, mi-lieu , mieux, pieu, e-piell, ejjelu, vieux, ieux.

OUE, avec l'e ouvert ou fermé, et de deux fyllabes, comme dans jou-et, lou-er, lou-é, avou-er , avoyoć i cxcepté duns fouet & foue-ter.

Oui, eft de deux fyllabes, comnie dars o-ir, oui, juurir, jouri, éblou-ir, éblou-i, excepte dans bouis, & dans oui, inarquant atúrmation.

Er deux fois de fa main le bouis tombe en morceaux. IAN & len, avec le même fon, forment deux syllabes , comme dans étudi-ant, fortificani, ri-ant, li-ant, client, pasi-ent, im-parience, expédient , expé-rience : il faut seulernent excepter vian-de.

Autour de cet amas de viandes encaflues,

Regnoit un long cordon d'aloueies preces. IEN, avec le fon qui approche de celui de l'é fermé, ne forme ord nairement qu'une leule fyllabe, dans les noms fubitantifs, les noms poffeffifs, les verbes, & les adverbes, comme dans bien, chiei, rien, mien, tien, fien , je viens, je tiens, combien, &c. excepté li-en, parce qu'il vient du Verhe lier de deux fyllabes.

len, eft de deux syllabes , quand il termine un nom adjectif d'état, de profession, ou de pays, comme dans Grammairi-en, comedi-en, musici-er, histori-en, gardien, magici-en : excepté chré-tien.

Ion n'ett d'une fyllabe que dans les premieres persones du pluriel de l'imparfait de l'indicatif, du conditionel present, du présent & de l'imparfait du fubjonctif des Verbes, quand il ne se trouve pas, avant la terminaison de ces persones, une r précédée d'une autre confone. Il elt de deux syllabes dans les premieres persones du pluriel du présent de l'indicatif ou de l'impératif des Verbes qui ont l'infinitif en ier, & dans quelque autre mot que ce puisse être, comme dans nous érudia ons, nous confi-ons, nous delions, nous mari-jns, nous ri-ons, li-on, reli. gi-on, uni-on, palli-on, vifion, créati-on, &c.

Oin, n'est jamais que d'une syllabe, comme dans coin, soin, be foin, apointement, &c.

; Enjambement des Vers, Les Vers n'ont ni grâce, ni harmonie, quand ils enjambent les uns sur les autres, c'est-à-dire, quand le sens demeure futpendu a la fin d’un Vers, & ne finit qu'au commencement du Vers Inivant : ce qui arive principalement toutes les fois que le commencement d'un Vers et regime ou dépendance nécessaire de ce qui se trouve à la fin du Vers précédent, comme dans ceux-ci :

C'étoit votre nourice. Elle vous ramena ,
Suivit exactement l'ordre que la forma.
Vorre pere, &c.

Mmm'm n

où l'on voit que votre pere a une liaison nécessaire avec la fin du Vers précédent, puisqu'il est le nominatif du Verbe donna.

Cette régle eft eiseptiele dans les Vers d'un ftyle noble & sérieux : on s'en difpense néanmoins quelquefois dans les Vers d'un flyle familier, conime dans les comédies , les fables, les contes, les épitres, &c.

Mais l'harmonie , en quelque fiyle que ce pût être , de seroit pas blessee, si le régime ou la dependance d'un Vers s'étendoit jusqu'à la fin du Vers suivans, coinme dans ceux-ci :

L'amour essentiel à notre pénitence,
Duit èire l'heureux fruit de notre repentance.
Mais admire avec moi le fort dont la poursuite
Me fait courir alors au piége que j'évite.

Transposition des Mots. Quoique le langage de la Poéle Françoise ne foit pas différent de celui de la Profe, & qu'on y emploie communément les mêmes mots; il est cependant permis d'y faire dans la construction de la phrafe, certaines trantpohtions que la Prose n'admetroit pas, & qui contri. buent beaucoup à l'harmonie & à la noblesse des Vers. Mais il faut toujours faire ces transpolitions avec esprit & avec goût, de maniere qu'elles n'apportent ni dureté, ni obscurité dans les Vers.

Elles consistent à changer l'ordre naturel des mots : ce qui peut se faire de pluheurs manieres.

1. En inettant le nominatif après le verbe , comme on le met autli quelquefois en Profe. Ainsi dans ces Vers :

Ce traitement, Madame, a droit de vous surprendre;

Mais enfin, c'est ainsi que se venge Alexandre. l'ordre naturel feroit, c'est ainsi qu'Alexandre se venge.

II. En mettant le régime absolu à l'accusatif avant le régime qui le gouverne : ce qui ne doit pourtant se faire qu'avec beaucoup de rélerve, comme dans ces Vers :

Le fort vous y voulu, l'une & l'autre amener,
Vous pour porter des fers, elle pour en donner,
Vous ditez à celui qui vous a fait venir ,

Que je ne lui saurois ma parole tenir. L'ordre naturel & indispensable en Prore , seroit, le fort voulut vous amener l'une & l'autre, &c. que je ne saurois lui renir ma parole.

III. Eo mettant un nom au génitif arant celui dont il dépend, comme dans ces Vers :

Celui qui met un frein à la fureur des flors,

Sait ausli des méchans arrérer les complots! au lieu de dire, fait aufi arreter les complots des méchans,

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