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Nous

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Le goût & le discernement apuies d'une lecture réfléchie des meilleurs Poetes, contribueront à faire éviter ces défauts, mieux que toutes les regles que l'on pouroit donner.

Nous nous contenierons d'indiquer ici quelques-uns des mots qui ei dans apartienent à la Prote, & que l'on ne doit faire cotrer que

très-rarement dans les Vers, fur-tout dans ceux qui ont un peu de noblefle.

Ce sont les conjonctions : c'est pourquci, parce que, pourrx que , pais, ainsi , car, en effet, de forte que, d'autant que, ouire que, d'ailleurs, &c. Celui & celle, quand ils font relatifs à quelques noms précédens : isla lequel, laquelle , lesquels , &c.

De la Cesure. La Cifure est un repos qui coupe les Vers en deux parties, dont chacune s'appele Himistiche, c'est-à-dire, demni-Vers. Et ce repos bien ménagé contribue beaucoup à la cadence & à l'harmonie des Vers Francois.

Les regles que l'on peut donner sur la cesure, font renfermées eng dans ces trois Vers de M. Despréaux : Ayez pour la cadence une oreille severe.

lle Que toujours dans vos Vers le sens coupant les mots ,

Suspende l'hémistiche, en marque le repos. Il n'y a que des vers de douze syllabes & ceux de dix qui aient une cosure : les autres, c'est-à-dire , ceux de huit, de sept & de fix fyllabes, n'en ont point.

La cosure des Vers de douze fyllabes ou des Vers alexandrins, eft à la fixieme fyilabe, en forte qu'elle partage ces Vers en deux parties te le égales, comme daus ceux-ci :

Juítes, 'ne craignez point-le vain pouvoir des hommes :

Quelque eleves qu'ils soient,-ils sont ce que nous sommes. La cesure des Vers de dix fyllabes ou des Vers communs, ef à la quatrieme fyllabe, & elle coupe ces Vers en deux parties inegales, dont la premiere est de quatre fyllabes , & la derniere de bix, comnie dans ceux-ci :

L'cfclave craint-le tyran qui l'outrage :

Mais des enfans-l'amour est le partage. Quand on dit que la cesure des Vers alexandrios eft à la fixieme fyllabe , & que la célure des Vers communs est à la quatrieme, on entend qu'après l'une ou l'autre de ces syllabes, il doit y avoir un repos naturel qui mette un intervalle entre le premier & le second hemistiche : en sorte qu'on puiffe les diftinguer en récitant les Vers, fans forcer & sans obscurcir le sens de la phrase. Ainh la cesure eft vicieuse, quand le mot qui la forme & qui terminele premier hémitliche, ne peut être séparé du mot suivant dans la prononciation.

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!l n'est pas nécessaire , pour la régularité de la célure , que le sens fle absolument après la fixieme ou la quatrieme fyllabe , & qu'il n'y

rien dans un hémistiche qui soit régime ou qui depende de ce qui - dans l'autre. Il suffit que ce régime ou cette dépendance n'empêche

le repos, & n'oblige pas à lier en prononçant, la derniere syllabe in hémitiche avec la premiere de l'autre. Ainsi quoiqu'en ce Vers;

Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots? uns l'ame des dévors, foit le régime du verbe entre-t-il, la célure en

: réguliere, parce que, fans forcer le sens de la phrase, on peut faire iturelement après entre-t-il, une pause qui diftingue les deux hémistiches. Il en est est de même de ces doux Vers :

Que de ton bras-la force les renverse.

Que de ton nom-la terreur les disperse. ù l'on peut se reposer après de ton bras & de son nom, quoique ces

eux génitifs soient régis par les noms suivans , la force & la terreur. *. Nous nous contenterons d'observer ici les principales circonstances jui peuvent rendre la célure défectueuse.

I. Le repos étant, comme nous avons dit, essentiel à la célure, elle le peut être formée que par une fyllabe qui finit un mot : c'est-à-dire, ue'la fixieme ou la quatrieme syllabe d'un Vers de douze cu de dix yllabes, doit toujours être la derniere d'un mot, afin que l'on puisse 'y reposer. Ainsi cette phrase, quoique de douze syllabes :

Que peuvent tous les fei-bles humains devant Dieu ? je feroit pas un Vers, parce que la fixieme syllabe est la premiere du not foibles, & que l'on ne peut pas s'y reposer. Au lieu qu'en changeant 'ordre des mots, & en disant :

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Que peuvent devant Dieu tous les foibles humains ?

on a un Vers parfait dont le repos tombe sur la fixieme syllabe , formée par le mot Dieu.

II. L'e muet ou féminin, seul ou suivi des lettres s ou ni, n'ayant qu'un son sourd & imparfait, ne peut jamais terminer la fyllabe du repos.

Mais lor{qu'un mot terminé par un e muet seul ett suivi d'un mot qui commence par une voyele avec laquelle l'e muet se mange; alors

la cesure peut tomber sur la fyllabe qui précede l'e muet, & qui, par est l'elision de cet e, devient la derniere du mot. Par exemple, funeste, i ' qui a trois fyllabes, quand il est suivi d'un mot qui commence par une

confone, comme quand on dit, funelle paffion; n'en a plus que deux, quand il eft fuji d'un mot, qui commence par une voyele, comme dans funeste ambition : & c'est sur la seconde que peut tomber la cesurc, quand la derniere se mange avec le mot suivant. Ainsi dans ces deux Vers :

Et qui seul fans Ministre, à l'exemple des Dieux,

Soutiens tout par toi mè-me, & vois toue par tes ieux. La célure tombe sur la seconde fyllabe de ministre , & sur la presi de même, les dernieres syllabes de ces deux mots se mangent avec.. voveles suivantes.

Ill. Les articles, quels qu'ils soient, étant inséparables des Dom ne peuvent jamais former la cesure des Vers, & celui-ci ne raad: rien :

Vous devez vaincre le-penchant qui vous entraîne. IV. La césure ne peut pas tomber sur un nom (ubftantif suiri i son adjectif, comme dans ces Vers :

Sais-tu qu'on n'acquiert rien de hon à me facher ?
Mais j'aurois un regret-mortel, si j'écois cause,

Qu'il fût à mon cher maitre arivé quelque chose. ai sur un nom adjectif suivi de son fubftantif, comme dans ces Ves:

Et pourions par un prompi-gchat de cette esclave,
Empêcher qu'un rival nous previene & nous brave.

C'est encore un plus grand-sujet de s'étoner, Cependant fi le fubftantif est suivi ou précédé de plusieurs adjeclis, il peut être séparé par la cesure. Ainsi ces Vers funt bons :

Morbleu, c'eft une chose-indigne, läche, in fume,
De s'abaifler jusqu'à trahir fon âme.

Vengez-moi d'une ingra-le & perfide parente, V. Les adverbes monosyllabes, comme, plus, très, fort, biez, mal, mieux, trop, &c. ne peuvent pas être séparés par la celare, des adjectifs ou des verbes auxquels ils sont joints comme dans ces Vers:

Ce jargon n'est pas fort-nécessaire, me semble.
Si le chef n'est pas bien-d'acard avec la tère.
De grâce, contez-moi-bien tour de point en point.
Nous verrons qui viendra-mieux parole des deux.

Vos ieux ne font que trop-uffures de lui plaire. VI. La colure ne peut pas séparer les pronoms personels, des Verbes dont ils sont nominatifs, ni les pronoms conjonctifs, des Verbesi dont ils sont régimes, quand ils les précedent ou les suivent immediatement. Ainsi ces Vers ne vaudroient rien :

Je me flace que vous-me rendrez votre eflime.

Songeons que la mort nous-lurprendra quelque jour. VII. Les pronoms , ce, cer, ces; mon, ma, mes ; que, qui, quel, quoi, dont; lequel, laquelle ne peuvent jarnais former la célure d'un bon Vers, coinme dans ceux-ci :

1

Fuyon's les vices qui-nous font perdre la grâce.
Tant mieux. Vous saurez que-depuis tanidi la belle

Sent toujours de son mal quelque crise nouvelle. Celui, celle & ceux, s'y soufrent quelquefois, mais ils ont toujours lque chose de languissant & de profaique, comme dans ces Vers :

Il n'eft fort entre ceux-que tu prends par centaines ,

Qui ne puisse arrêter un rimeur fix semaines. VIII. Le verbe fubftantif étre, suivi d'un nom adjectif, ne peut pas

être séparé par la cesure, sur-tout quand il est à la troisieme perle du fingulier du présent de l'indicatif, comme dans ces Vers:

On sait que la chair est-fragile quelquefois.
Si notre esprit n'est-pas-fage à toutes les heures ,

Les plus courtes erreurs font toujours les meilleures. IX. Les Verbes auxiliaires immédiatement suivis des participes, ne vivent pas en être féparés par la céfure, sur-tout s'ils ne font que une syllabe, coinme dans ces Vers :

Que vous serez toujours, quoi que l'on se propose,
Tout ce que vous avez-éré durant vos jours.
Ec comme je vous ai-rencontré par hazard,
J'ai cru que je devois de tout vous faire part.
Je ne saurois soufrir, a-t-il dit hautement,

Qu'un honère homme soit-traine honteusement. X. Quand deux verbes ou un verbe avec un nom font un sens indivi. ible, la célure ne doit pas les séparer, comme dans ces Vers :

Mon pere , quoiqu'il eûr la tête des meilleures ,
Ne m'a jamais rien fair-apprendre que mes heures.
Car le ciel a crop pris-plaisir de m'affliger,
Pour me donner celui de me pouvoir venger.
Si bien que les jugeans-morts après ce temps-là,

Il vint en cette ville, & prit le nom qu'il a. XI. La célire ne peut pas se trouver entre un verbe & la négation pas, ou tout autre adverbe négatif, comme dans ces Vers :

Non, je ne soufrirai-pas un pareil outrage.

Croyez que vous n'aurez-jamais cet avantage. XII. La cesure est encore mauvaise quand elle sépare une prépofition de son régime, comme dans ces Vers :

Peut-être encore qu'avec toure ma suffisance,
Vorre esprit manquera dans quelque circonftance,
Par vos gestes durani-un moment du repas. . . .

Si j'avois jamais fait cette bafleffe infigne;
De vous revoir après-ce traitement indigne.

J'y suis encor, malgré-tes infidélités. XIII. Enfin les conjonctions composées de plusieurs mots dos dernier est de ou que, comme afin de, de peur de, de peur que, de, avant que, cuffi-tól que, tandis qile, encore que, &c. ne da pas étre séparés par la cesure. Ainsi ce Vers feroit mauvais :

Quoi ! vous fuyez tandis-que vos soldats com barent ? Au reite , comme la cesure est faite pour l'oreille, on peut dorner: regle générale & infaillible, qu'une cesure eit bonne, fi elle fa l'oreille'; & qu'elle est viciense", fi l'oreille en elt choquee : & ce que par la lecture des bons Vers, qu'on peut lo mettre en état d'eai

Des Licences dans la Verfifcation. On appelle Licences certains mots qui ne seroient pas reçus du Profe commune, & qu'il eft permis aux Poêles d'employer. La pe méme de ces mots, fur-tout dans la Poésie sublime, ont beauco's de grâce & de noblesse queceux dont on fe fert ordinairenient. Le ... bre n'en est pas grand. Voici les principaux : Les humains ou les mortels pour les hommes.

Mon cher fils, dit Louis, c'est de la que la grâce
Fait sentir aux humains fa faveur efficace.
Plus sage en mon respect, que ces hardis mortels,

Qui d'un indigne encens profanent les auiels.
Forfairs pour crimes.

O toi, de mon repos compagne aimable & sombre,

A de fi noirs forfaits prêteras-tu ton ombre? Coursier au lieu de Cheval.

Les momens lui font chers; il court dans tous les rangs,

Sur un coursier fougueux, plus léger que les vents. Glaive pour épic.

Ils s'ataquent cene fois, & cent fois se repoussent.

Leur courage s'augmente, & leurs glaives s’emouftenr. Penser pour Pensée.

Votre âme à ce penser de colere murmure.
Les ondes pour les eaux.

Le limon croupiffant dans leurs grores profondes,
S'éleve en bouillonant sur la face des ondes,

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