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IV. En mettant le régime relatif au datif ou à l'ablatif, avant le Terbe auquel il a raport, comme dans ces Vers :

Quels charmes ont pour vous des jeux infortunés,

Qu'à des pleurs éternels vous avez condamnés. au lieu de dire, que, vous avez condamnés à des pleurs éternels.

La Grece en ma faveur eft trop inquiétée:

De soins plus importants je l'ai crue agitée. au lieu do dire, je l'ai crue agitér de soins plus importans.

V. En mettant entre le verbe auxiliaire & le participe, des mots qui ne s'y soufriroient pas en Prose , comme dans ces Vers :

Aujourd'hui même encore une voix trop fidele

M'a d'un trifte désaftre apporté la nouvele. au lieu qu'il faudroit dire en Prose, m'a apporté la nouvele d’ur triffe désastre,

Le Ciel enfin pour nous devenu plus propice

A de mes ennemis confondu la malice. au lieu de dire, a confondu la malice de mes ennemis.

VI. Enfin en mettant avant le verbe tout ce qui peut en dépendre, & ce qui devroit naturélement être mis après. Ce sont le plus communément les propofitions avec leurs régimes, comme on le reconnoitra sans peine dans les Vers suivans :

A ce discours, ces rivaux irrités,
L'un sur l'autre d la fois se font précipités.
Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté.
Contre mon ennemi laiffe-moi m'assurer.
Si la foi dans son cæur retrouvoit quelque place.
Par de stériles vaux pensez-vous m'honorer ?
Peuple ingrat ! Quoi toujours les plus grandes merveilles,
Suns ébranler ton cæur, fraperont tes oreilles !

Mors à éviter dans les Vers, Comme un des principaux objets de la Poésie est de flater agréablement l'oreille, on doit en banir tous les mots qui pouroient la choquer, ou parce qu'ils seroient trop rudes, ou parce qu'ils auroient quelque conformité de Con avec d'autres mots déja employés dans le même Vers, ou parce que la répétition n'en feroit ni'nécessaire ni agréable, ou enfin parce qu'ils seroient trop bas & qu'ils sentiroient trop la Profe.

Il est un heureux choix des mots harmonieux.
Fuyez des mauvais sons le concours odieux.
Le Vers le mieux rempli, la plus noble pensée,
Ne peut plaire à l'esprit, quand l'oreille eft blessée.

Mm m m mij

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Le goût & le discernement apuies d'une lecture réfléchie des meilleurs Poutes, contribueront à faire éviter ces défauts, mieux que toutes les regles que l'on pouroit donner.

Nou, nous contenterons d'indiquer ici quelques-uns des mots qui apartienent à la Prole, & que l'on ne doit faire entrer que très-raremeat dans les Vers, fur-tout dans ceux qui ont un peu de noblesse.

Ce sont les conjonctions : c'est pourquoi, parce que, pourvu que, puis, ainsi , car, en effet, de forre que, d'autant que, ouire que, d'ailleurs, &c. Celui & celle, quand ils font relatifs à quelques noms précédens: lequel, laquelle , lesquels , &c.

De la Cesure. La Césure est un repos qui coupe les Vers en deux parties, dont chacune s'appele Himistiche, c'eit--dire, demni-Vers. Et ce repos bien ménagé contribue beaucoup à la cadence & à l'harmonie des Vers François.

Les regles que l'on peut donner sur la célure, font renfermées dans ces trois Vers de M. Despréaux :

Ayez pour la cadence une oreille severe. ,
Que toujours dans vos Vers le sens coupant les mots,

Suspende l'hémistiche, en marque le repos. Il n'y a que des vers de douze syllabes & ceux de dix qui aient une cesure : les autres, c'est-à-dire, ceux de huit, de sept & de fix fyllabes, n'en ont point.

La céfure des Vers de douze syllabes ou des Vers alexandrins, eft à la fixieme fyllabe, en sorte qu'elle partage ces Vers en deux parties égales, comme dans ceux-ci :

Juftes, 'ne craignez poinr-le vain pouvoir des hommes :

Quelque eleves qu'ils soient,-ils font ce que nous sommes. La cesure des Vers de dix syllabes ou des Vers communs, eft à la quatrieme syllabc, & elle coupe ces Vers en deux parties inégales, dont la premiere eft de quatre fyllabes, & la derniere de fix, comme dans ceux-ci:

L'esclave craint-le tyran qui l'outrage :

Mais des enfans-l'amour est le partage. Quand on dit que la cesure des Vers alexandrins eft à la fixieme syllabe, & que la célure des Vers communs est à la quatrieme, on entend qu'après l'une ou l'autre de ces syllabes, il doit y avoir un repos naturel qui mette un intervalle entre le premier & le second hemiftiche : en sorte qu'on puisse les diftinguer en récitant les Vers, lans forcer & fans obscurcir le sens de la phrase. Ainsi la célure eft vicieuse, quand le mot qui la forme & qui términe le premier hémitliche, ne peut etre séparé du mot suivant dans la prononciation.

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Il n'est pas nécessaire , pour la régularité de la célure , que le sens finisse absolument après la fxieme ou la quatrieme syllabe , & qu'il n'y, ait rien dans un hemiftiche qui soit régime ou qui dépende de ce qui est dans l'autre. Il suffit que ce régime ou cette dépendance n'empêche pas le repos, & n'oblige pas à lier en prononçant, la derniere syllabe d'un hémifliche avec la premiere de l'autre. Ainsi quoiqu'en ce Vers;

Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots? dans l'âme des dérôts, soit le régime du verbe entre-t-il, la cesure en eft réguliere, parce que, fans forcer le sens de la phrase, on peut faire naturelement après entre-r.il, une pause qui diftingue les deux héiniftiches. Il en eft eft de même de ces doux Vers :

Que de ton bras-la force les renverse,

Que de ton nom-la terreur les disperse. où l'on peut se reposer après de ton bras & de ton nom, quoique ces deux génitifs soient régis par les noms suivans, la force & la terreur.

Nous nous contenterons d'observer ici les principales circonstances qui peuvent rendre la cesure défecluieuse.

1. Le repos étant, comme nous avons dit, essentiel à la célure, elle ne peut être formée que par une fyllabe qui finit un mot : c'eft-à dire, que la fixieme ou la quatrieme syllabe d'un Vers de douze cu de dix fyllabes, doit toujours être la derniere d'un mot, afin que l'on puille s'y reposer. Ainsi cette phrase, quoique de douze syllabes :

Que peuvent tous les fei-bles humains devant Dieu ? ne feroit pas un Vers, parce que la fixieme fyllabe est la premiere du mot foibles, & que l'on ne peut pas s'y reposer. Au lieu qu'en changeant l'ordre des mots, & en disant :

Que peuvent devant Dieu tous les foibles humains ! on a un Vers parfait dont le repos tombe sur la fixieme syllabe , formée

par

le mot Dieu. II. L'e muet ou féminin, seul ou suivi des lettres s ou ni, n'ayant qu'un son sourd & imparfait, ne peut jamais terminer la fyllabe du repos.

Mais lorsqu'un mot terminé par un e muet seul et suivi d'un mot qui commence par une voyele avec laquelle l’e muet se mange; alors la céfure peut tomber sur la fyllabe qui précede l'e muet, & qui, par L’élision de cet e, devient la dernicre du mot. Par exemple, funeste, qui a trois fyllabes, quand il est suivi d'un mot qui commence par une consone, comme quand on dit, funesie passion; n'en a plus que deux, quand il est suivi d'un mot qui commence par une voyele ; comme dans funeste ambition : & c'est sur la seconde que peut tomber la cesure, quand la derniere se mange avec le mot suivant. Ainsi dans ces deux

Er qui seul fans Minis-rre, à l'exemple des Dieux,

Soutiens tout par toi mè-me, & vois tout par tes ieux. La célure tombe sur la seconde syllabe de ministre, & sur la pret de même , les dernieres syllabes de ces deux mots se mangent avec voveles suivantes.

Ill. Les articles, quels qu'ils soient, étant inséparables des nom ne peuvent jamais former la céfure des Vers, & celui-ci ne vaade

rien ;

Vous devez vaincre le-penchant qui vous entraîne. IV. La célure ne peut pas tomber sur un nom fubftantif suiri son adjectif, comme dans ces Vers :

Sais-ra qu'on n'acquiert rien de hon à me fàcher ?
Mais j'aurois un regrer-mortel, li j'étois cause,

Qu'il fût à mon cher maitre arivé quelque chose. ai sur un nom adjectif suivi de son subftantif, comme dans ces Vers:

Et pourions par un prompi-echar de cerre esclave,
Empêcher qu'un rival nous previene & nous brave.

C'est encore un plus grand-sujet de s'étoner.' Cependant fi le fubftantif est suivi ou précédé de plufieurs adjecü, il peut être séparé par la cesure. Ainsi ces Vers funt bons :

Morbleu, c'eft une chose-indigne, läcke, in fume,
De s'abaifler jusqu'à trahir fon âme.

Vengez-moi d'une ingra-le & perfide parente, V. Les adverbes monosyllabes, comme, plus, très , fort, bica, mal, mieux, trop, &c. ne peuvent pas être séparés par la célure, des ! adjectifs ou des verbes auxquels ils font joints comme dans ces Vers:

Ce jargon n'est pas fort-nécessaire, me semble.
Si le chef n'eft pas bien-d'acord avec la tête.
De grâce, contez-moi-bien tour de point en point.
Nous verrons qui viendra-mieux parole des deux.

Vos ieux ne font que trop-ulfure's de lui plaire. VI. La célire ne peut pas séparer les pronoms personels, des Verbes dont ils sont nominatifs, nilcs pronoms conjonctifs, des Verbes dont ils sont regimes, quand ils les precedent ou les suivent immédiatement. Ainsi ces Vers ne vaudroient rien :

1 Je me flare que vous-me rendrez votre eftime.

Songeons que la mort nous-surprendra quelque jour. VII. Les

ce, cet, ces; mon, ma, mes ; que, qui , qsel, quoi, dont; lequel, laquelle ne peuvent jamais former la cesure d'un bon Vers, coinme dans ceux-ci :

pronoms

Fuyon's les vices qui-nous font perdre la grâce.
Tant mieux. Vous saurez que-depuis tantôt la belle

Sent toujours de son mal quelque crise nouvelle. Celui, celle & ceux, s'y soufrent quelquefois, mais ils ont toujours quelque chose de languissant & de prosaïque, comme dans ces Vers :

Il n'eft fort entre ceux-que tu prends par centaines ,

Qui ne puisse arrêter un rimeur fix semaines. VIII. Le verbe fubftantif étre, suivi d'un nom adjectif, ne peut pas en être séparé par la cesure, fur-tout quand il est à la troisieme perfone du fingulier du présent de l'indicatif, comme dans ces Vers :

On fait que la chair eft-fragile quelquefois.
Și norre esprit n’ell-p15-fage à toutes les heures ,

Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures. IX. Les Verbes auxiliaires immédiatement suivis des participes, ne doivent pas en être féparés par la célure, sur-tout s'ils ne sont que d'une fyllabe, comme dans ces Vers :

Que vous serez toujours, quoi que l'on se propose,
Tout ce que vous avez-été durant vos jours.
Et comme je vous ai-rencontré par hazard ,
J'ai cru que je devois de tout vous faire part.
Je ne saurois soufrir, a-t-il dit hautement,

Qu'un honère homme soit-traine honteulement. X. Quand deux verbes ou un verbe avec un nom font un sens indivi. fble, la célure ne doit pas les séparer, comme dans ces Vers :

Mon pere , quoiqu'il eår la tête des meilleures ,
Ne m'a jamais rien fait-apprendre que mes heures.
Car le ciel a trop pris-plaisir de m'affliger,
Pour me donner celui de me pouvoir venger.
Si bien que les jugeans-morts après ce temps-là,

Il vint en cette ville, & prit le nom qu'il a. XI. La célure ne peut pas se trouver entre un verbe & la négation pes, ou tout autre adverbe négatif, comme dans ces Vers :

Non, je ne soufrirai-pas un pareil outrage.

Croyez que vous n'aurez-jamais cet avantage. XII. La césure est encore mauvaise quand elle sépare une prépofition de son régime, comme dans ces Vers :

Peut-être encore qu'avec toute ma suffisance,
Vorre esprit manquera dans quelque circonftance.
Par yos gestes durani-un moment du repas. ...

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