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leur Méthode pour la Langue Latine, disent que l'Orthographe doit :**** suivre la raison et l'autorité, la raifon, lorsqu'on a égard à l'étymologie a des mots ; & l'autorité, lorsqu'on se conforme à la maniere d'écrire la plus ordinaire dans les bons Auteurs. Entrons presentementen matiere. !

Les Ecrivains du dernier ficcle, qui s'atachoient beaucoup plus à la raison qu'à toute autre chose, avoient une

Orthographe plus uniforme, in qu'on appele aujourd'hui l'anciene. Le P. Buffier n'a pu s'empêcher 2.22 d'avouer dans sa Grammaire Françoise, nombre 208. « qu'il paroit 177 u judi ieux de garder l'anciene Orthographe dans tous les mots, ой зE :: x sans cela ils seroient confondus avec des mots qui ont le même son, and » et qui ont cependant une fignification toute différente. C'ett poury quoi, bien que les lettres doubles qui ne se prononcent point, 22 » soient supprimées dans la nouvelle Orthographe, on fait bien d'écrire » encore Ville (urbs) par deux ll, bien que ce mot ait le même son que XIER >> Vile, (vilis.) De même on fait bien d'écrire poids. (pondus ;) poix, » (pix ;) & pois, (cicer; ) bien que ces trois mots aient le même son; » car leur fignification étant bien différente, il semble assez à propos » de la distinguer, du moins aux ieux, puisqu'on ne peut, par la pro» nonciation, la diftinguer à l'oreille >>

Voici ce qu'il dit au nombre 196. «On perdroit, en quitant l'ancieno » Orihographe, la connoissance des étymologies, quifont voir de quels >> mois, Latins ou Grecs, vienent certains mots François ».

Et au nombre 200. « On ne verroit plus le raport qui est et qui » doit être enire les mots dérivés l'un de l'autre. Par exemple, fi l'on > écrit tems , au lieu de temps, en ôtant le p, on ôtera le raport

de » temps, aux mots semporel , temporiser, & à ses autres dérivés »:

D'autres Auteurs ont osé avancer qu'il faut écrire comme on parle.

Pour répondre à cette prétention, & montrer combien dans sa généralité elle eft fauffe & ridicule, il pourroit suffire d'observer que, li l'on écrivoit comme on prononce, il s'ensuivroit nécessairement qu'il n'y auroit que ceux qui parlent bien, qui écriviffent correctement. Les Gascons écriroient valeau pour baseau ; boirurier pour voicarier, & ainti des autres : les Limoulins écriroient Setembre pour Seprembre ; Orobre pour Ollobre; Doreur pour Docteur ; & Bénéditin pour Bénédictin : les Picards , ennemis de la lettre h, se croiroient pareillement en droit d'écrire un cat, un quen, la bouque, une mouque, au lieu de chat , chien, bouche, mouche: de sorte qu'il se trouveroit dans la Langue Françoise autant d'orthographes différenles, qu'il y a de maniere différentes de prononcer selon les Provinces ; ce qui feroit une bigårure ridicule. Il n'y a qu'à ouvrir le Dictionaire Grammarical de la Langue Françoise , imprimé à Avignon en 1761 ; on y verra à chaque page combien la prononciation de cette Province altere et défigure l'Orthographe commu. néinent reçue : on y verra que fi l'on vouloit écrire comme on prononce dans cette Province, il faudroit écrire avoar, pour avoir ; boare, pour boire; kroire, pour croire, devouar, pour devoir, &c. &c. &c.

Mais, me dira-t-on, il n'y a que les gens du commun qui alterent

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sinfi la prononciation. Il se trouve, dans les Provinces les plus reculees, des persones qui parlent parfaitement bien. Je l'avoue ; néanmoins il ne s'enfuit pas de-là qu'ils doivent écrire comme ils prononcent. L'usage général veut qu'on écrive, Paon, Faon, Laon, Août, Saone, surau, a jeùr , Euftache, auvre, eil, &c. Cependant il faut pronencer Pan, Fen, Lan, Out, Sône , fau, à jun, Ustache, euvre , euil, &e. Il en eft de même en une infinité d'autres mots dont la prononciation eft différente de l'écriture , non seulement chez les François, mais encore chez toutes les Nations du monde.

Les différentes parties de l'Orthographe ont pour objet r°, les Lettres ; 2°, les Mots; 3., les Accents & autres signes ufités dans l'écriture. C'est l'ordre que nous suivrons ici.

PREMIERE SECTION.

DES LETTRES.

On ne diftinguoit autrefois dans notre alphabet que vingt trois Lettres, mais alors on étoit obligé de diftinguer deux i & deux u : savoir Il Fogele & I'J consone ; & de même l'U voyele & I'U consone. Mais ces deux i& ces deux u, s'exprimant ainsi par deux caracteres, il en refolte que nous avons dans notre alphabet vingt-cinq caracteres, et conséquemment vingt-cinq lettres que l'ACADÉMIE diftingue exprefsément dans la derniere édition de son Dictionnaire. Nous les dittinguerons donc de même; & nous allons traiter de chacune en particulier.

ARTICLE I. De la Lettre A. Les Voyeles exigent une attention particuliere qui oblige

d'entrer dans quelque détail. §. 1. Du fon plus ou moins ouvert, bref ou long, de la lectre A. La lettre A se prononce d'un fon plus ou moins ouvert, selon qu'elle eft longue ou breve. Lorsqu'elle eft longue, elle porte souvent Taccent circonflexe; & il semble qu'excepté la terminaison en S, où l'A qui précede est toujours long, il conviendroit d'appliquer l'accent exconflexe généralement à tous les a longs, pour les diftinguer de Dix qui font brefs. Voici ceux qui sont longs :

1°, la eft long, quand il se prend pour la premiere lettre de l'alphabet : un peris a; un grand A. Il est bref dans ces mots : il va à Paris, il a un procès.

3", Au commencement du mot l'A est long dans âcre, afre, age, ignus, ame, ane , ânus, apre, arhes, as, & dans leurs dérivés, dcreté, ége, énese, anon, Spreté. 3", A la fin des mots dans les noms terminés en AS, foit

que prononce la lettre S, comme dans Atlas , Pallas, &c. foit qu'on ne l'y

l'on y

prononce pas, comme dans amas, appas, &c. danses secondes per Tones des Verbes, tu as, tu aimas, tu aimeras , dans les pluriels d.7.: différentes terminaisons, des fofas, des sacs, des draps, &c. On na met point d'accent à ces mots, parce que la regle est générale, qu l'A ett long dans ces terminaisons.

4o, L'A er encore long dans ces quatre mots, appåt, båt, degåe

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5°, ll varie dans les pénultiemes. Voici celles où il est long. A BE, long dans astrolable & crâbe.

ABLE, long dans la plupart des fubftantifs : câble, fáble, didble, rible, füble , & dans ces Verbes, il accáble , il ensable, il hable.

ABRE , toujours long : cinabre, fibre; il se cubre, il se délibre : l'A de ces deux terminaisons demeure long dans les terminaisons masculines des mêmes Verbes : accabler, &c. se cabrer, &c.

ACE, long dans gráce, espace ; on lace, on déláce , on entreláce.

ACHE, long dans gâche, lache, relâche, tâche ; au sens d'entreprises ; on me fache, je mâche , il se reláche : on dit de même, facher macher, &c.

ACRE, long dans âcre, adjectif.

ADRE, long dans cadre, escadre : il cadre ,on dit aulli encadré, & madré.

AFLE, long dans ráfle, j'éráfle ; ráfler, éráfler.
AFRE, long dans bafre, il bafre ; bafrer.
AGNE, long dans il gagne ; gagner.

AILLE, communément long, bataille , &c. excepté dans médaille ; je déraille , j'émaille , je travaille ; détailler, &c.

AILLON,,communément long, bâillon , &c. excepté dans daillon , bataillons ; nous déraillons, &c. ALE, long dans hále , male , rále, påle ; il råle ; râler ,

pâleur, hale.

AME, long dans âme, blâme , Brâme, infâme , il' bláme , il se páme ; blåmer, se påmer ; nous oimames, & les autres,

AMME, long dans flamme & oriflamme.
AMNE, long dans il damne, il condamne ; damner, condamner.
ANE, long dans crânes, les manes.
ANNE, long dans la mânne , une mánne, Anne, Jeanne.
APE, long dans rápe, ráper.
APRE, long dans capre,
AQUE, long dans Jáque ou Jacques, & dans Pâque.
ARE, long dans råre & råreté.
ARRE, long dans barre, & barrer.
ARRI, long dans équarri, márri.

ASE, toujours long , mais s'abrege lorsque le mot s'alonge : ainsi il est long dans extase, mais bref dans il s'exrafie.

ASSE, long dans bife, cafe, chålle de Saint, close, échale, másle au jeu, nafe, páse, såffe, dans les adjectifs féminins, bisse,

e, que quis dimifene.

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encadre,

Eels de ve, life ; dans ces verbes, il am afse , case; compasse , enchaffe On ne me, safi, furpúlfe , au lubjonctif : que j'aimise, que su aimiffes ,

ATE, long dans háre, påte ; il appåte, il démáre, il gåre, il máre; degas, 1 & aux préterits, vous aim res, vous chantáres.

Ave, communément long, conclúve, &c. excepté dans cave, octea !!, pove, on pave, paver, pavé.

AVE, toujours long, cadávre, havre, &c. didele,

$. 2. De l'A suivi d'une voyele. masco L'A s'eft trouvé quelquefois suivi d'un second A, mais de maniere

que les deux se font confondus, & en ont produit un feul qui ett Jace, long ; ains autrefois on écrivoit dage ; aujourd'hui on prononce & on L'entre terit ige. Mais dans les noms propres, tels que Aaron , on prononce fücher , chaque à séparément, de maniere que le second ett plus bref que

le premier dans Aaron. Le premier pourroit être plus bref dans un
com dont le second devroit être long, comme Aas.
La joint avec l'E en diphthongue, s'éclipse de maniere qu'on ne
fait entendre

que l'E, & aujourd'hui communément on change cet Æ
en E fmple. Ainsi au lieu qu'autresois on écrivoit l'Ægypre &?.£rhida
rid
, aujourd'hui on écrit comme on prononce,

l'Egypte,

l'Ethiopie, lans avoir égard à l'origine tirée du Latin , Ægyprus & Æthiopia. A peine conserve-t-on cet E dans quelques noms rarement employés, tels que celui d'Æole, Roi des Vents, nominé en Latin Æolus.

Au contraire l'A avant la voyele nasale EN, éclipse l'E de maniere qu'on ne fait entendre que l'A, sur qui l'on fait alors tomber le ton galal: ainfi on écrit Caen pour conserver l'anciene forme de ce nom ; mais on prononce Can : delà vient l'adjectif Coenois, que l'on proDonce Canois, ou même Canais.

Lorsque l'A eft suivi d'un E fans former de diphthongue, on met sur cet E un tréina ou un accent aigu: Ainsi on écrit Agloë ou Aglaé, mais de maniere que l'on prononce Aglaé, en faisant toner les deux royales séparément : de même dans Phaeton , Aérien : on prefere aujourd'hui communément l'accent aigu au tréma, pour mieux marquer la prononciation.

L'A lejoint avec l'I en diphthongue, ou plutôt en fauffe diphthongue: car ces deux voyeles' réunies, prenant alors le son de l'e, il en resulte qu'en écrivant deux voyeles, on n'en prononce réellement qu'une , qui n'est ni l'une ni l'autre, mais qui einprunte le son de l'e plus ou moins ouvert, & conséquemment plus ou moins long, & quelquefois le son de le fermé.

Certe fauffe diphthongue Al a le son de l'e fermé, au présent, j'ai,

aa paffe , je choniai, & au futur ..je chanterai , &c. sif

En tout autre cas elle a le fon de l'E plus ou moins ouvert, plus ou moins long. "Elle et longue dans ces mots, ais, paix, plaie, chaife,

édaille;

ins més

pélrar,

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aini

caife, & autres terminaisons semblables, c'est-à-dire, en ais, així oie , aise , aisle. Voici les autres cas où elle est longue, & susceptible de l'accent circonflexe.

AINE eft long dans chaine, gaine, haine, je traine, trainer, trainée, &c. Il est bref dans graine, &c.

AIR, AIRE, généralement long, & par cette raison n'a pas besoin d'accent, la chair, une chaire, &c.

AIT, AITE, long dans il fait , il nair, il plair, il repait : & le faite : mais il devient bref dans faire, au lieu qu'il demeure long dans plaire, naitre , & repaiire; & il se change en e muet dans je ferai, je ferois. AITRE, toujours long, maitre, trairre,

&c. mais cependant s'abrege quand le mot s'alonge, maitrese, traitrese, maitrise.

Au commencement des mots cette diphthongue eft communément breve, aide, aigle, &c. excepté dans aire & aise.

Dans les terminaisons en ail, aille ou aillon, l'I ne servant qu': mouiller la lettre l, l'A conserve son propre son bref dans ail, comme mail, travail, bref ou long comme on l'a vu dans les deux autres, médaille, & bardille, médaillon & billon.

La fausse diphthongue Al se confond quelquefois avec l'a fimple. Au lieu de douairiere, quelques-uns disent douariere, & au contraire glais , au lieu de glas. Mais le bon usage est pour douairiere & glas.

Lorsque l'A eft suivi d'un I sans former diphthongue, on met fur cet I un tréma : Areul, Paien, Isaïe.

L'A suivi d'un 0 eft eclipse par l'O, qui seul se prononce : Ainsi on écrit Aoriste, Août , Saone ; mais on prononce Orifte, Out, Sône.

Au contraire, suivi de la voyele nasale ON, il éclipse l'O, & prend lui-même le son nasal. Ainsi on écrit Laon, faon, paon ; mais on prononce Lan, fan, pan. L'O demeure éclipse dans les dérivés : Laonais & paoneau ; on prononce Lanois & paneau.

L'A se joint avec l’U en diphthongue, ou plutôt en fausse diphthon. gue, ces deux voyeles réunies prenant le son de l'O plus ou moins ouvert, plus ou moins long.

AU eft long quand il est suivi d'une syllable féminine ou muete: aube, auge, aune , autre raupe, & autres. Il eft long dans les monosyllables ou dernieres syllables, lorsqu'il ett suivi d'une consone qui ne se prononce pas, haut, chaux, chaud, faux, échafaud, &c. Il elt bref dans Paul, où la confone se prononce. Il est bref quand il est firal:joyau, couteau, noyau , &c. Il est douteux ou même bref quand il est suivi d'une fyllabe qui n'a pas l'E muet, aubade , audace, autone , auteur, augmenter , &c.

Si l'À ne doit pas se joindre avec l'U qui le suit, on met sur cet U le tréma : Archelaus , Capharnaüm.

L'4 se joint encore avec l’Y grec, pris pour la valeur de deux I: & alors il est bref dans Je paye, tu payes, il payes Que je paye , que tu payes, qu'il paye. Il est encore bref au pluriel à l'indicatif : Nous payons, vous payez, ils payene. Mais au subjonctif, il devient long dans les deux pre

unieres

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