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cement de la plupart des mots qui vienent du Latin, & qui dans le Latin ont une H initiale , comme Habile, habituel , hébéré, hérédité, herisier , heure, histoire, homme, honére, honeur, humain, humble, &c. Mais elle avoue qu'il faut en excepter, Holeter , hargne, harpie, hennir, hergne, héros, &c. en forte qu'on ne peut rendre raison de cette exception, qu'en disant que la plupart des derniers mots sont moins ufiles que les premiers. Quant aux mois héros , qui est le plus fréquent de ces derniers, il y en a une raison particuliere; c'est qu'au pluriel on confondroit les héros avec les zéros : & ce motif est d'autant plus vraisemblable , qu'en effet au féininin heroine, & dans l'adjectif heroique, où cette facheuse équivoque ne pent avoir lieu , on néglige l'afpiration; en sorte qu'on dit le héros & 1 héroire, & l'héroïque conitance.

L'Académie ajovie que la lettre i n'a aucun son dans certains mots François , qui prenent ce caraciere quoiqu'il ne soit pas dans le Latin d'où ils vienent : Ainsi elle ne se prononce point dans ces mots Huile, Huis, Huissier, Huirre, d'où l'on pouroit conclure que ce n'eft point l'étymologie Latine qui détermine l'usage de cette lettre en François, puisque nous la mettons à des mots où les Latins ne la mettent point, & que nous ne la prononçons pas dans les mots où ils la metient.

L'Académie observe encore, qu'au contraire, la lettre H s'aspire dans les autres mots qui vienent des mots Latins sans H , comme dans ces mots, Hache , haur, hérisson , hupe. Ce qui montre encore que ce n'est point le Latin qui décide.

Enfin l'Académie ajoute que dans tous les mots qui ne vienent point du Latin, la lettre H au commencement s'aspire, comme dans Habler, haie, hair, hile, hallebarde, hanap, hanche, hanter, haper, harangue, hardi, haricot, hazard, hiter, hårif, honte, &c. Ce qui acheve de montrer que ce n'eit point du Latin que nous avons pris cette aspiration, puisque nous la donnons à nombre de mots qui n'en vienent point, & qu'au contraire nous l'ôtons à ceux à qui ils l'avoient donnée.

Cette aspiration paroît donc avoir été originairement plus Françoise que Latine ; & il est vraisemblable que nos Ancêtres la faisoient sentir dans la plupart des inots où elle s'est éteinte: delà vient sans doute qu'on la trouve au commencement de tant de mots où elle ne se pro• nonce pas, & où cependant l'étymologie Latine ne la mettoit pas : car puisque les Latins ne la mctioient pas, ce sont donc nos peres qui l'y ont mise; & fi elle s'y est éteinte comme dans beaucoup d'autres où les Latins la mettoient, c'est que notre Langue s'eft adoucie. En donnant dans ce Dictionnaire, sous la lettre H , tous les mots commençans par cette lettre, on aura soin de dilinguer ceux où cette lettre s'aspire ; & pour cela ils seront précédés de ces deux virgules réunies (») qui forment ce que les Imprimeurs appelent un guillemet.

Mais il faut observer qu'il y a encore aujourd'hui des mots sur lesquels l'usage est partagé : le peuple dit du fromage d'Hollande , & dans le flyte familier on dit auli le regne d'Henri IV, tandis que ceux qui parlent & écrivent correctement, disent & écrivent, le regne de Henri ir,

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& du fromage de Hollande. Sur quoi il faut remarquer que le nom de Henri, en Latin Hericus, vient de Eric & Erric, qui se trouve dans les Langues du Nord, {t auquel nos peres ont ajouté on du moins exprimé cette aspiration et écrivant Hericus , Herricus, d'où Henricus.

Ries peres airsoient tellement cette aspiration, qu'ils l'ajoutoient non schement à la tête des mots commençant par des voyeles, mais m me avant la lettre L : Ainli ils écrivoient Hlodoveus pour chlodovels, & Herharias

pour chlorharins, d'où s'et formé ensuite rosharius, de que de chlodoveus ou chludovicus, s'eil formé Loduicus & Ludo

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Les mots Grecs commençant par un y prenent tous la lettre H; parce qu'en Grec ils sont tous aspirés : mais la plupart se prononcent fans afiret on en François, quoiqu'on y conserve cette lettre pour marquer leur ciy inologie. Ou écrit donc Hyacinthe, hydraulique , hygrobilre, hyperoole, hypo.rifie, hystérique; quoique l'on prononce tous ces mos tans afpiration.

L'aspiration que les Grecs mettoient au commencement de ces muis, & que nos peres ont ajoutée à beaucoup d'autres, elt devenue tres-tare au milieu : on trouve dans Ahaner, Aheurter, Aheurir, Dehüler, Debanche, Dehamaché, Dehors, Rehacher, Rehanter, Rehazarder, Rehaus$er, Reheurier. Il est remarquable que si l'on excepte shaner ,

dérivé de shar, tous les autres n'ont l'afpiration que parce qu'elle vient du primirit dont ils sont composés. Delà vient que lorsqu'elle est éteinte dans le primitif, elle l'est également dans le composé: ainsi quoique l'on écrive Habiliter, & réhabiliter , Habiruer, & rehabituer, on les prononce sans aspiration.

Le ch nous vient du chi des Grecs, qui se prononce ki: & nous confervons cette prononciation duro & alpirée dans chalcedoine, cherJuuje, chiliale, chorévêque, chufflan, Chylife. Mais nous avons adouci cette articulation, de maniere que nous en avons fait une qui nous ei propre, c'est à dire que nous ne tenons ni des Latins ni des Grecs: celt aina

que nous disons chaleur, chemin, chinrere, chese, Chute, ciyle

. C'ett ce que les Anglois expriment par su dans sheling & sherif

, qui se prononcent Scheling ou cheling, & scherif ou cherif. Il paroit que c'est auffi ce que les Hebreux exprimcient par la lectre shin, que l'on prononce schin, en forte que cette articulation paroit nous étre venue des Orientaux par les peuples du Nord. Cette articulation nous est devenue li familiere que nous y avons afuoti les mots memes qui nous vienent du chi des Grecs, comme on le voit dans le mot Chimere, qui se prononce en Latin même chimæra ; en sorte qu'il n'y a que l'usage qui puisse apprendre quels sont les mots où l'on doit conserver la prononciation rude & alpirée des Grecs & des Latins: ou plutôt ce qui en décide , c'est l'usage plus ou moms frequent; en forte que, quoiqu'on dise tout communément archevêque, en adoucilant le ch, cependant ou lui conserve son articulation rude dans archiepiscopal

, que l'on prononce arkiépiscopal, comme étant plus rare,

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& dérivé plus immédiatement du Latin. Ainsi on dit chyle avec articulation adoucie, & chyli se avec articulation forie, quoique ces deux mois aient la même origine La difierence vient de ce que l'un eft beaucoup plus ante que l'autre.

L'habitude d'adoucir cette articulation fait que l'on n'ose profque plus conserver la lettre u dans les mots où leiymologie l exige: delà vient qu'au lieu de méchanique & aétempsich se: on trouve aujourd'hui quelquefois mécarique & Alétemp/ycose : mais c'est defigurer les murs que de leur ôter ainsi le reile de leur étymologie. L'équivoque de la Lettre H dans ces mois ne peui tremper les Savans, [itqu'ils lavent comnieni on doir les prononcer : & ceux même qui foni moins inltruts, peuvent du moins l'apprendre par l'ulare. S'il leur arrivoit de prononcer mal ces mots, on les en reprendroit biei lôr, & ils (auroient aushi bientôi comment ils doivent les

prononcer. U

y a donc aucun risque à craindre en conservant à ces mots les relles de leur etymologie.

Le Ph nous vient également du phides Grecs , & ne doit êtrremployé que dans les mots dont l'origine ell prise du Grec ou des Lingues Orieriales, d'où les Grecs l'avoient reçu : Pharaon , phalange phénix , philosophie, phosphore, physique. C'eficbusivement qu'on met ce Px pour F, dans des ronis qui ne sont point Grecs : comme Tharamond pour Faramond, & autres dont nous avons parle en traiiant de la lettre F.

Les Grecs aspiroient la lettre r au commencement des mots ; c'est pourquoi les mots commençais par prenent une h lo:fqu'ils vienent Cu Gec: hadamanthe, rhétorique, rhinoceros , rhombo de', rhumatisme, rhythmi. Mais en prononçant ces n.ots on n'y fait poiai sentir cette aspiration.

Los Grecs aspirent ercore ceite lettre au nilieu des mots, lorsqu'iloyat mblée; deli vienent en François : Hémorrhagie, Himorrhoidei, hémorrhwile. Nais on prononce encore ces mots fans afpitaliun.

Le TH nous vjɔnt du Théia des Grecs, du moins les noms dont l'origine eft prise da Grec: Thalie; theatre, thorax, thym : Mais il eft entré dans pluieurs noins qui nous sont venus du Nord: de Theobaldus, Thibar; de Théodoricus, Thierri ; de Theonis ou Theodon is villa, Thionviile ; de theodulphus, Thioulf, Thioul, Thiou. On doit écrire sans aspiration le nom de la ville de Tarse, en Cilicie, parce qu'en Larin on l'écrit fans aspiration , Tarsus : mais on doit écrire avec aspiration,

de Tharsis, plusieurs fois répété dans la Bible, parce qu'en Larin il s'écrit avec aspiration , Tharsis ; & qu'en Hebreu on l'écrit par un rhau. Sur quoi il faut remarquer que, quoique le Thau des Hébreux semble répondre au Tau des Grecs, & le Terh des uns au Thérades autres. cependant dans l'usage commun l'aspiration est passée du Thou des Hebreux au Theta des Grecs, en sorte que le Tau des Grecs, fans aspiration, répond au Terh des Hebreux; on le voit par

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ta

ricoliérement dans le nom de tobie, qui s'écrit en Hébreu par un tesh, & en Giec par un Tou; tandis que le nom de Tharsis s'écrit en Hétrou par un te, & en Grec par i'n rhéra. Delà vient que, selon Tuae cummun, on doit écrire Japhuih, avec a'piration à la fin, pare qu'on l'écrit en Hébreu par un Thau, & en Grec par un théra. Au cont aire, selon l'uiage cornmun, on doit écrire Loi, fans atpiratise, parce qu'on l'écrit en Hébreu par un Teth, & en Grec par un

Ces articulations aspirées , CH, PH & TH, se joignent non seulemeci ali r reles, mais encore à quelques contones , lur-tout aux 11.5 : choris, chrime, chris, chronologie ; chrysolithe : Phlegme, Fri, phrénejie ; Tirolpi di thrine ; car ce mot a l'aspiration en Latis, tirspus. Sur quoi il faut remarquer que les Grecs aiment à judre deux de ces articulations aspirées ; on le voit dans Autochthone, In-:10; & particulièrement en phthisie : car ce mot a les deux afpi

en Lalin, ththins. Mais on écrit avec une seule aspiration Eu, parce que c'et ainti qu'on l'écrit en Latin Ecthefis. Il faut a targuer qu'on ne double point ces aspirations : au lieu de les is ther, on met en Latin la lettre simple, avant celle qui eft afpirée: içension François on ne conferre que l'aspirée , Jcphir. En génétaices par las étymologies que l'on peut juger des mots où ces alpiszrionis doi.ont entrer & de la place qu'elles doivent y occuper.

La lettre h poursit se trouver après les voyeles à la fin de quelques Doms propres, fer-lot lorsqu'ils vienent de l'Hébreu, ou plusieurs foat aint terminés par la leire , qui est une aspiration ; ainfi on puroit écrire, JEHCVAH, ALLIZUIAH, ou mieux encore, HALLELC-IAH Mais l'usage elt de supprinier ces aspirations foibles : on écrit ALLELUIA & JEHOVA.

ARTICLE IX. De la Lettre I. Le fon de la voyele i varie très peu : il est long, ou bref, ou nasal. Comunement il ett bref; mais il devient long lorsqu'il eit suivi d'un Eruet, comme on peut le remarquer dans les terminaisons suivantes.

JE, long dans Arabie, pharmacie , maladie , Boufie, Bougie ; il prie, il macie, il facrifie. Mais il devient bref lorsque le ceffo d'être muet, arme dans prier, érudier, jacrifier : prié, érudie, sacrifié. IDRE, long dans cidre.

IGE, long dans Litige, Prodige, Tige.
1 ILE, long dans Ile , Presqu'ile, Huile, Tuile.

IME, long dans cime.
IRE, long dans sire, Empire.
IS E, long dans Remise , Reprise, surprise.
ITE , long dans Gill, Benite , & jusques dans vire , quoiqu'il marque
Pirele, où il devient bref.
ITRE , long dans Épitre , Ruirre, Regitre.
Tve, long dans Caprive , Juive , T ardive.

IVRE, long dans le fubftantif vivre : il s'alonge dans le verbe vivre.
Il eit douteux ou même répute bref dans les terminaisons qui suivent :
IBE, Caraibe, scribe.
IBLE, Bible, crible.
IBRE, Libre, Calibre, Equilibre : mais cependant long dans Fibres.
ICE, Avarice , Benefice, Calice, cilice, vice.
ICLE, article, sicle.
ICTE, vindiéie.
IDE, Aride, svide, Aride , Fluide.
IFE, Grife, Pontife.
IFLE, sitle.
I FRE, chifre, Fifre.
IGLE, bigle.
IGME, Enigme.
IGNE, Benigne, Digne, ligne.

IGRE, Tigre, & autres semblables; en sorte qu'il ne seroit pas facile de déterminer pourquoi cet I ett long dans les autres terminaisons tandis qu'il eit bref ou douteux dans ceile-ci.

l'i eit long an inilieu des mois avant l'e muet, que l'on peut même supprimer en mettant un circo:flexe sur li. Ainti on écrivoit autrefois Remerciement : aujourd'hui l'Académie écrit Remerciment, comme on le prononce. Mais la prononciaiion même exige que le soit conserve dans licenciement , pour adoucir la terminaison en i, forte dans si , foible dans rie.

L'i eit bref avant l'e overt ou fermé , & avant les autres voyeles, piece, piege, Diable, diu, riole, reliure. Mais il est long dans les noms derivés de 1 Hebreu en Lis, Ananias, Azarias, Ezechias , Helchias, Josias.

Il s'éclipse après les voyeles A, E, & ne sert qu'à afoiblir le son, comune danis rlaine & Pleire , qui se prononce sans aucune difference, & sans que l'on puille y dillinguer l'ı d'avec l's ou l'E, ni l'a d'avec l'E.

Il a le même effet après l'o dans certaines persones des verbes : J'aimois , tu aimois, il aimoit ; nous aimions, vous aimiez, ils aimoient. On n'y distingue point l'ı d'avec l'o: on n'y reconnoit pas même le son de l'o; mais des deux fons réunis, il se forme un son commun qui tient de l'e plus ou moins ouvert, c'et-à dire , plus ouvert dans j'aimois , ru aimois, ils aimoiene; moins dans il aimoii.

Il tient auili de l'E plus ou moins ouvert dans Boillon & Boire : mais dans l'un & dans l'autre on distingue lo.

On distingue de même l'u d'avec l'r dans nuire & nuifible : mais l'i eft long dans le premier, & bref dans le second : long dans le premier, parce qu'il est suivi d'un E muet; bref dans le second, parce que le mot salonge.

L'i devient nanál en s'unissant avec ai ou N, dans imbecille , Imperieux, Incapable, Incertain , Indiscret , Infini, ingénu, ingrat, Injujte,

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