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point entendre dans hommes. Cette regle générale des pluriels en s a su fait réformer l'ancien usage de terminer par z les pluriels des noms & participes terminés au fingulier par e ferme. Ainli autrefois on écrivoit: Vos pechez vous font pardonnez : aujourd'hui ou écrit : Vos péchés vous font pardonés. Tant il est vrai qu'il eft poftible de changer l'usage; il ne s'agit que de le vouloir ; & c'est principalement aux Imprimeurs qu'est réservé l'avantage d'opérer ce changen:ent. Ici, de quelque maniere qu'on écrive, la prononciation et la méme : mais ce qui a fait préférer les pluriels en és aux pluriels en ez, c'et premiciement que cette pratique reutre dans la rég!e commune des pluriels en s: secondemens, qu'alors le pluriel masculin ne difiere du séminin que par la seule addition de l'e qui forme sa ierminaison féminine. Ainii autrefois on écrivoit au pluriel masculin pardounez, & au féminin plus riel pardonnées : le feminin étoit donc régulier, & lc masculin irrégus lier; cela difcordoit: cette discordance a néanmoins curé longtemps; elle étoit devenue générale. Mais la main éclairée de nos meilieurs Imprimeurs a su reformer ce vice , quelqu'invétére qu'il lui, & nons a mis en polellion d'écrire régulierenient les pluricis en és au mal. culin, comme en ées au féminin,

La lettres est encore dans les verbes la caracteristique de la feconde persone du fingulier; & par ceite raison on doit toujours l'y mettre, foit qu'on la prononce, roit qu'on ne la prononce pas : tu aimes ; tu aimas; ru aimeras. Elle eit aufli la caractéristique de la premiere perfone comine de la seconde, dans les rerbes en ir, comme je firis, fil finis, au présent & au préterit, & do méme dans plutieurs autres : je reçois, il reçois ; sie regles, iu reçus. Je rends, all rends ; je rerdis, su rendis. Les futurs ne la prenent qu'à la foconde personne. Je finirci, tu feriras ; je recevrai, iu reciwras, je rendrai, ill reridras,

Mais on réserve le z pour les secondes persones du pluriel : Vous cimez; vous aimerez : vous finifiez ; louis finirez : vous recevez; vous recevrez : vous rendez; vous rendrez: & par-là ces pluriels des verbes se trouvent diftingucs de leurs participes termines en s : Si vous cimea los devoirs, vous serez aimés de Dieu & des hommes. La prononciaiion est la même; mais la regle des pluriels dans les noms veut qu'on prefere la lellie S dans les participes, & qu'on laisse le 2 aux serbes.

La letire s fort quelquefois à éviter le concours de deux voyeles. C'est ce qu'on remarque particulierement dans le mot jusque , qui s'écrit fans s firiale avant les confones, jusque ; jusque dans la ma fon; jufque sur les roils ; d'où il arrive qu'on écrit avec apostrophe, jusqu'où, jusqu'à vous, ju qu'au ciel : mais parce que dans l'expreffion jugu'à quand, le conflit de ces deux fyllahes trop resemblantes blesse l'oreille, pour : adoucir ce chocon inscre une s, qui de ces trois fyllabes en lait quatre, jusques à quand. C'est auli par-là qu'on doit discerner l'usage de ces deux mois, je sai ou je fais : le premier convient avant les consoncs, où la lettre s feroit inutile; le fecord avant les voycles où la lettre s adoucit le choc en le faiiant sentir. Car régulièrement on doit dire,

je sai, comme j'ai ; & on le dit ainsi avant les consones : je sai cela trèscertainemen! ; mais s'il survient une voyele, la lettre s en adoucit le choc : je le sais à n'en point douter.

ARTICLE XX. De la Lettre T. L'articulation de la lettre r varie comme celle de la lettre s. Elle eft forte au commencement des mois Tableau, Ténebres, Timbale, Tombat, Tumalse, Tyrannie. Mais au milieu des mots le s'aloiblit souvent & emprunte l'articulation du C, comme dans Partial, Partiel ; minutie , minurieux; pécromantie, nécromansien, abdication, accus jutica, adairarion , & quantité d'autres en rion. Cependant il conserve fon articulation forte dans partie , hoftie , entier , aliier, bestial, beliaux, extraien , maintien, gestion, bastion, mixtion, antiene , Erienne , & quelques autres. C'est-à-dire , que les diphthongues la , ie, ien, ion occaÉonent fouvent cet afoiblissement ; mais sans qu'il puisse être facile de determiner pourquoi elles ne le produisent pas toujours. Ii paroit seulement que la lettre s continue à conserver l'articulation forte du I dans hoftie , belfial, beftiaux, gestion, bastion : & il en est de même de la lettre x dans mixtion. L'étymologie Latine contribue sans doure auth beaucoup à fon afoiblissement dans inertie , partial , partiel, & dans la plupart des noms en tion.

Il faut observer qu'alors quelquefois ce T se change en C conformément à la prononciation. Ainsi l'Académie écrit Necromancie &

ÉTomancien ; mais elle conserve minutie & minurieux ; dans les deux derniers, elle a égard à l'étymologie, & dans les deux premiers, elle cede à la prononciation.

Il elt même arrivé que comme de graria on a fait gríce; filence de fi. lainn; de méme de necromentia, on a fait nécromancè, & l'Académie le préfere ; c'est ce qui a amené nécromancien , filencieux, & gracieux, par C. Mais quoique d'effenria on ait fait effence, on conserve néanmoins feriel, comme dérivé du Latin effentialis. De pænitenria, on a fait psirence ; & fi l'on dit pénitenciel, comme dérivé plus immédiatement de penitence, on conserve du moins pénitentiaux, comme dérivé plus

immédiatement de pænitentiales. Dans les termes plus fréquens, la I pooniation prévaut; dans les moins ufités, on conserve les ver

siges de l'étymologie, du moins en écrivant, quoiqu'on s'en éloigne fa prononçant. De Domitianus & Diocletianus, le forme Domitiendo Diyelirien, où l'on conserve le T, quoiqu'on le prononce en C. C'est Sortcut dans les noms propres qu'on doit suivre kétymologie.

Le doublement de la lettre Ta quelquefois fervi à rendre breves les oreles qui la precedent, de même que la lettre Sfervoit à les rendre

lucsucs. C'est ainfi qu'on a dit coste & coure; hofte & horie : mais de113 que le circonflexe a pris la place de la lettres, le donblement i de la lettre Ten ce cas eft devenu inutile. Ainsi comme dans le pre

Ejer fons, on écrit aujourd'hui côie & hzie ; dans le sens second on

peut écrire cote & hore, avec un seul r, puisqu'il est bien certain qu'on n'en prononce qu'un, & que le seul accent circonflexe suffit pour ditlinguer le premier sens d'avec le second, en rendant long & irės-ouvert dans l'un l'O qui est bref, & moins ouvert dans l'autre.

On peut doubler le T dans les mots composés, atrenier, arténuer, atrejler , à cause de l'étymologie: mais rien n'oblige de le doubler dans atendrir, ariedir, arrister, atrouper, qui ne vienent point des Latins, & où l'on ne prononce qu'un r.

Par la raison d'étymologie, on écrivoit autrefois degoufter, comme dérivés de gustus ; & de gouter, comme dérivé de guria : mais à cause de la prononciation, l'Académie écrit dégoûter sans s, & avec penultieme longue, marquée par le seul circonflexe. Par la même raison, on pouroit donc écrire dans l'autre sens dégouter , comme on le prononce, c'elt-à-dire avec un fimple t & sans accent, parce que dans celui-ci la diphthongue cft réputée breve, c'ef-a-dire, qu'en effet elle a le fon moins ouvert & moins long que dans dégoilter. Le seul accent devroit suffire pour diftinguer ces deux mois, puisque dans la prononciation on ne les difiogue que par le son plus ou moins long, plus ou moins ouvert, de la diphthongue.

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Il en est de nos deux U comme de nos deux ); autrefois on les confondoit, quoiqu'ils fuffent essentielement differens, l'un étant 'voyele & l'autre consone. Mais enfin aujourd'hui l'Académie les diftingue en nous donnant un Alphabet de vingt-cinq lettres, au lieu de vingt-trois.

La voyele u fe prononçoit autrefois ou , & ce son lui eft refté dan quelques mots dérivés du Latin , tels que Quadragesime : mais elle s'ex afoiblie comme on le sent dans la premiere fyllabe de quinquagefime & enfin elle est devenue muete dans quinze , que l'on prononce kinye

L'v a le son foible & bref au commencement des mots : ubiquisie ulcere, ultérieur, unité, urbanité , ufage, utilité, uvée.

Mais à la pénultieme, il varie comme les autres voyeles: c'est-à dire, que communément bref, il devient long avant l'e muet, & cell de l'être dès que cet e cesse d'être muet, comme on va le voir.

UCHE, long dans biche, embûche, ou debüche : mais bref dan bucher, débucher, débuché.

UE, long dans vue, cohue , tortue ; je rue ; bref dans tuer, fué.

UGE, long dans déluge, refuge, juge : brer dans juger, jugé, & mém jusque dans jugement, quoique suivi de l'e muet ; c'est que le mot e alongé d'une troifemc fyllabe.

ULE, long dans il brúle; il s'abrege, ou du moins devient moin long dans bruler, brúlé.

UME, long dans nous fûmes ; nous púmes ; nous reçumes, & autre premieres persones au pluriel du passé.

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Tme

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os la

a les

URE, long dans ils pürent; ils reçûrent , & autres troisiemes para fixes da pluriel da pafle: long encore dans augure , melure , parjure , Mldu?; mais bref dans mefurer, mesuré ; parjurer , parjuvé.

CSE , long dans excusé, incluse, Auje, rufe , & jusque dans ruse;

Duis brul dans excuse!, excufe. clans

[sse, lung dans que je fuffe, que tu fufes, qu'ils fuffent ; que je & psi, que iu puffes, qu'ils puissent; & autres terminaisos semisalles

da luhjoncil; mais bref dans que nous fuffions, que v us fuffiez que nous panas

, que vous puffiez , &c. Il est encore long dans aumulé, mais

brak dans Prule & Ruffes, nul.

UTE , long dans flúe; & dans vous fûtes ; vous pistes ; vous reçdies, on,

& autres terminaisons semblables des Verbes. pro

On a prétendu que dans la terminaison dt, il en bref à l'indicatif, Elans i fu il pus, il recut, &c. & long au subjonctif, quoiqu'il fut, qu'il put,

ç il reçús

. Ce qu'il y a de certain sur cela, c'est que comme avtrefois icul

ca ecriroit au subjonctif , qu'il fuse , qu'il puft, qu'il reçukl , lorsque le

circonflexe a pris la place de la lettre s, on a écrit qu'il fit qu'il pui, ong, qu'il recủs : mais au ford , la voy ele n'en est pas deverue plus longue:

& il n'y a que la contiruction & le sens de la phrase qui ditlingue lindicatif

, il fue, d'avec le fubjonctif qu'il für.
Il faut seulement observer que quoique l'u soit communément long
brant !': muet, il et cependant bref dans plusieurs terminaisons,

UBE, bref dans bube, cube, tube.
TCE, bref dans astuce, puce , prepuce.
UDE , bref dans aprisude , bearicude, étude. &c.

L'o immediatement suivi de l’e muet au milieu des mots, devient long, de maniere que l'on peut meme supprimer l'e en mettant le circoiflexe sur l'v, comme on l'a fait pour l'i. Ainh au lieu de dire abjoluement, duement, éperduement, ingenuement : on dit & on écrit

abfo!ument, dément, éperdument, ingénúment : & lorsque ces inots ingen font d'un frequent usage, on y néglige méme l'accent, parce que la

royele s’alırege : c'est pourquoi l'Académie écrit abolument , operdument, ingénument, sans accent; mais dûment, avec accent,

Avant les autres voyeles, & meme avant l'e fermé, l'u est réputé bref, nuage, nuee, nuit, ruons. Il le prononce or avant o Hans aquatique, équateur, équation ; & il s'éclipse dans quarré, quepelle, guille , quolibet, guérison , guide. Dans ces deux derniers mots, fert qu'à determiner l'articulation forte du G. Il s'ell eclipte dans Puide & dans les dérivés, de maniere que comme on ne l'y prononce plus, l'Académie l'a entiérement iupprimé, en écrivant vide , vider, vide, via Lange & vidangeur: tantil eft vrai que l'Académie approuve les relorines qui tendent à rendre notre orthographe conforme à la prononciation,

L'u le joignoit autrefois avec l'y à la fin des mots, ly, apky, ennuy, mais cet y tenoit lieu d'un fimple 1, qui en a pris la pluce, lui, opui

, ennui: dans les dérivés on reprend cet y, qui alors tient la place de

deux 7 ; ainfi on écrit apuyer, ennuyer, parce qu'on prononce apui-ier, F

dita licu

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il ne

elt

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ennui-ier ; mais avant l'e muet, l'y se change en i fimple, il apuit, il !! s'ennuie , parce qu'on n'y prononce qu'un leul i, comme dans pluie,

L'u après l'a lui donne le son de l'o long ou bref, plus ou moins de ouvert : le fon est long & très- ouvert avant l'e muet : Aube : Auge, te Aune, Paule, Paume , Pauvre. Hors ce cas il est communément bref & is oins ouvert : Auberge, Audace , augure, Baudrier , Caurere , Paupiere , I id. Mais il est long & très-ouvert dans ces monosyllabes, Haut, chaud, Chaux, faux , adjeciif, & Faux, auirefois Faulx, nom d'intrument, hippetdans Faucon , autrefois Faulcon, & jusque dans les dérivés

ces 1.ots , chaufer, Fauffer, Faucher , Falconier , Hauteur, Hause liris bref à la fin du fingulier, long au pluriel ; Joyait, joyaux ; Coulter, 6.1!aux. 1 ti... 'g'le EU , qui tient du fon de l'E muet , est de même

o'tgalier, !ongie au pluriel, Feu, feux ; jeu, jeux; bleu, bleus : Luvintele ei, cile eit longie : bleue, queue, meile, felirre. Elle edi beves dans ell, Europe. Elle est plus longlie que breve dans les nors moins unies: Eucharistique , Eunuque , Euphrase.

La diphthongue or eft longue avant l'e muet, boue , foule , pourre'; mis repenila:vt noins longue dans poule, & breve dans boueux,

pou. dirix, moulure : longue dans outre, breve dans outrage, longue dans j'ouvre, ill ouvres, il ouvre ; breve dans ouvrage, nous ouvrons 0'?!?!? : : longue dans ils ouvrent. La différence eti foible ; elle s'éteint totalement à la fin des mots, où on prononce un fou & des fous , fans aucune différence

que de faire sentir au pluriel la lettre s, lorsqu'elle elt suivie d'une voyele: Les fous aiment leurs folies.

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ARTICLE XXI. De la Lettre V.

Comme l's confone est venu de l’i voyele ; de même l'v confone est venu de l'u voyele: en sorte que le væ des Latins vient du Grec: car les Grecs qui n'avoient aucun de nos Ľ, exprimoient également l'un & l'autre par la diphthongue , ou. Mais enfin chez les Latins cette diphthongue, avant les voyelas, s eit changéc en consone, & on a prononcé va, Ve, vi, vo, vu.

L'articulation de la lettre v se montre dans valear, rérité, vigilance, voluptė, Vue : & cette articulation ne varie jamais.

Il fant seulement remarquer que cet v sedouble quelquefois dans des nois Allemands, Flamands, Anglois ou autres des pays du Nord; & ce double w liept de l'y consone & de la diphthongue ou, comme on le sent dans u aal, wastminster, weltphalie , Wibo!ırg, Worchester, Wurtzbourg: mais au milieu des mois l'articulation de l'r prevaut, comme dans Birrvik, Hedrvige : au contraire, à la fin on prefere le son de l'v voyele dans Brisgarv, czernikorv, Pagarschevu

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