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ARTICLE XXIII. De la Lettre X.

La lettre x sous vient du xi des Grecs : son articulation vario beaucoup, parce qu'elle tient du c& du G, de l's & du z.

Ainf au cominencement des mots, dans les noms peu ufités , elle prend l'articulation forte du cs, Xantippe , Xercès ; dans les noms plus communs elle s'adoucit en prenant l'articulation du G 2, Xavier, Ximenes.

Au milieu des mots, elle a l'articulation forle du c s dans Extrême: moins forte & du c seul dans Exception; foible & de l's leule dans duxerre , Bruxelles.

A la fin elle prend l'articulation forte du cs dans les mots étrangers & pe: communs, Linx , sphinx ; Styx ; & même jusque dans prefix. Dans les mots très utités, cette lettre s'éclipse totalement, ne le faifant entendre que devant une voyele ; Prix, Crucifix, Paix, choix trimaux, cheveux ; & lorsqu'elle s'apuie sur la voyele suivante , c'est avec l'articulation la plus foible , celle du z: La paix est annoncée aux hennes.

Dans les mots dix & fix, on ne prononce point l'x devant les confores : dix chevaux : on le prononce comme z devant les voyeles, & devant le non aspirée , dix anes ; fix hommes : & comme s à la En de la phrase: ils étoient dix ; ils étoient fix. Comme l'article les fait au datif aux , il en résulte

que

le pronom relatif lesquels doit avoir pour datif auxquels : On trouve cependant aussi casquels, parce que c'est ainsi qu'on le prononce; mais dans le discours familier on ne le prononce pas. D'ailleurs, comme la lettre x se proDonce souvent comme s , rien n'empêche d'écrire auxquels , comme on écrit aux, qui lui-même se prononce par z devant les voyeles & devant l'H non aspirée : aux hommes ; aux animaux.

Le lettre x eft caractéristique du pluriel dans plusieurs noms : mais Dous reviendrons sur cela en parlant de la formation des pluriels.

Comme la lettre x eft communément une articulation composée de CS ou Gs, elle soutient la voyele qui la precede , de maniere que le qui le trouve avant elle n'a pas besoin d'accent : Exactitude , tzemple, exigence, exorcisme , exuberance.

ARTICLE XXIV. De la Lettre Y. Il eft important ici de remarquer ce qu'observe l'Académie que l'r en François eit tantôt un caractere fimple & tantôt un caractere composé.

Caractere fimple, il n'a pas d'autre valeur que l'a voy ele, & fon prin. cipal usage eft d'exprimer l'upsilon des Grecs dans les mots qui nous vienent du Grec , tels que Physique , Étymologie, syntaxe , Hypocrisie, Hyperbole . &c. Sur quoi il faut observer que la regle n'est pas de fatitre un x dans tous les mots qui nous vienent du Grec : il n'en

faut point dans Philosophie, misantropie , Aristocrarie , &c. Car les Grecs ont leur rota qui est un i fimple ; mais c'est leur Upsilon , qui doit être rendu par un y: & lorsqre ces deux lettres se trouvent dans un même mot, il faut bien se garder de les confondre. On rencontre quelquefois Hippolite : c'est une faute ; il faut écrire Hippolyte : c'eftà dire, que dans ce mot le premier i eit simple; c'est le second qui doit être exprimé par Y.

L'y servoit autrefois au commencement & à la fin des mots. On le trouve encore quelquefois au commencement dans Yeux , Yeuse, Ypreau, Yache , Yvoire, Tvroie, Yureffe : mais l'Académie écrit Ivreffe , iyroie Ivoire ; & rien n'empêche d'écrire de même lache , leuse, I préau, & même, lellx, dès qu'il est confiant que dans yeux i'r ne vient que de cet ancien usage qui est aujourd'hui communement négligé dans les auties mots. De même à la fin des mots, on écrivoit Foy, Loy, Roy, d'où l'on avoit même formé, Royne : mais aujourd'hui l'on écrit par un timple I foi & Peine ; Foi & Loi. On ne conferve cet r inital & final que dans quelques noms propres , I've , Yvetot , řvry, sainte-Foy, le Puy en velay Cieli qu'en général les noms propres varient

peu ,

& doivent peu varier. L'y se conserve encoro au lieu de l'ı dans la particule y, parce que l'oeil accouumé à voir cette particule ainsi exprimée, seroit peut être hleffe fi on l'exprimoit autrement.

L'y conlidéré comme caractere double , a la valeur de deux i, dont le premier finit une fyllabe, & le second en commence une autre, comme dans citoyen, employer, royal, apuyer , pays , &c. qui se prononcent comme s'il y avoit ciroi-ion, emploi-ier, roi-ial, apuiier, pai-is : tels font les exemples que donne l'Académie, qui ajoute que, mal-à-propos , quelque Auteurs ou Imprimeurs écrivent ciroïen, moien , &c. avec un ï tréma. Sur quoi il faut observer qu’entre l'o & l'e muet cette y fechange en i simple, parce qu'on n'y prononce que le premier des deux. L'Académie écrit donc : j'envoie, ru envoies, il envoie ; nous envoyons vous envoy' 7 , ils envoieni. Au contraire, on ajoute un 1 après l'r aux deux premieres persones du pluriel du présent du fubjonctif: que nous envoyions, que vous envoyiez, pour les distinguer de celles du présent de l'indicatif : nous envoyons, vous envoyez. De même avec l'ion di: à l'indicatif nous payons vous payez, & au fubjonctif ; que nous payions, que vous payiez ; mais entre l', & l'E muet, l's demeure : Je paye , tu payes , il paye; que je paye, que tu payes , qu'il paye. Li se joint encore à l'r dans les deux premieres persones plurieles de l'imparfait à l'indicatif. j'envoyois , tu envoyois il envoyoit ; nous envoyions, vous envoyiez , ils envoyoient : Je payois , tu payois, il payoir ; nous payions, vous payiez, ils payoient. Mais dans les verbes termines en ier, comme prier, il ne faut point d'r, la seule répétition de l'ı fuffit à l'imparfait de l'indicatif : nous priions, vous priiez ; & au présent du subjonctif : que nous prions, que vous priiez.

On a prétendu que comme nous disons au subjonctif: Que nous payions,

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que sous payiez, nous devions dire de même: Que nous ayions , que zes ayiez; mais l'Académie n'admet point cela , & c'est qu'en eifer le cas est différent: dans le verbe payer nous sommes obligés d'ajouter cet i au fubjontif, pour le ditlinguer ce l'indicatif : nous payons, vous pey z: au lieu que dans le verbe avoir il n'y a point de fuivoque à eriter : à l'indicatif on dit nous avons , vous avez; ainfi rien n'empêche de dire au lubjonctif avec un fimple r. Que nous ayons, que vous ayez, comme on dit, Que nous soyons, que vous soyez; quoiqu'on dise, que nous envoyio.75 , que vous envoyiez. Car dans le verbe envoyer , il a fallu dittinguer par-là ce subjonctif d'avec l'indicatif, nous envoyons , vous 1983Yez , au lieu que dans le verbe étre, il n'y a aucune équivoque, parqu'à l'indicatif on dit : nous sommes , vous"ites. De même à l'imparfait on dit: nous étions , vous ériez; nors avions , vous aviez: ainsi, cy3rs, ey'; foyons, soyez, apvienent uniquement au subjonctif & á liniperatil, fans qu'il soit besoin d'y insérer cet i qui est néceflaire dans les autres verbes pour eviter l'équivoque.

ARTICLE XXV. De la Lettre Z. La lettre z, en François, a l'articulation fimple de la lettre s adoucie ; c'ett ce que l'on éprouve dans zara , zele', zinc, zine, 2:rich , Zijn technie. Cette articulation ett invariable au commencement, au pilieu & à la fin des mots : mais à la fin des mots elle ne le fait pas toujours sentir.

Le z se fait sentir à la fin des noms propres de persones ou de lieux, & alors il rend longue & ouverte la voyele qui le précede : phaz, edipha; , cenez, ascenez, booz, buz. On le prononce dans fei, où il rend le très-ouvert : il rend de même l’e très-ouvert dans milanez; mais on ne l'y prononce que qutand il est suivi d'une voyele. Dans les mots d'un usage plus commun, il rend l'e fermé, allez, chez, le nez: & il ne se prononce que quand il est suivi d'une voyele: affez & trop lag-temps : chez un de vos amis : un nez aquilin. Il a la même articulation dans les secondes persones plurieles des Verbes : l'ous lisez, 1625 lifiez; vous lirez, vous liriez

Les Verbes qui vienent de ceux quien Latin & en Grec se terminent en zo, devroient se terminer en François par un z: bapriser , carechifer; exorcizer; mais parce que dans leurs dérivés le z se change en s, en Latin mème & en Grec, de baprizu, baptifma, baprijła ; de catechizo, carechifmus, catechefis : on prefere en François la lettre s dans le verbe même: baptisér , catechiser, exorciser; & néanmoins on y proronce cette s comme le z; en sorte que la lettre s paroit n'avoir prevalu dans ces verbes qu'à cause de leurs dérivés , catéchisime , exorCime, baptismal, bapriftere, baptistaire. Ainsi dans ce cas l'analogie previent sur l'étymologie.

Concluons de toutes ces remarques qu'il y a trois principales regles de l'Orthographe; l'étymologie, la prononciation, &, comme on vient

de le voir, l'Analogie. L'Erymologie doit être conservée lorsqu'elle ne nuit point à la prononciation, & généralement dans les mots les moins ulités, ainsi que dans les noms propres de persones ou de lieux : la prononciation doit être préférée dans les mots les plus ufités, au préjudice même de l'étymologie : enfin l'analogie doit quelquefois prévaloir également sur la prononciation & sur l'étyinologie.

ARTICLE XXVI. Des Lettres Capitales. Jusqu'ici nous avons parlé des Lertres sans considérer la forme des caracteres

qui les représentent : on les distingue en grandes & petites, droites ou inclinées. Il faut ici confiderer l'usage que l'on faie de ces differences.

Les Lettres Capitales que l'on nomme ausfi majuscules, sont ainsi nommées, parce qu'elles sont un peu plus grandes que les autres, & & qu'elles se mettent principalement à la tête des mots les plus confidé. rables. Ou les fait auffi servir dans les titres ; mais leur principal usago eft au commencement des mots que l'on veut plus particulierement dillingier. On les met généralement à tous les noms propres d'hommes ou de lieux, Alexandre , César ; Rome, Paris, Londres. · On les donne encore aux noms de dignités, Roi , Empereur, Duc, Comie, Gourerneur, Lieutenant : aux noms de Sciences & d'Arts, Rhetorique, Philofophie; Imprimerie, Peintuie : dans le ftyle ecclefiattique, on les donne au nom de Dimanche , & au nom des Fêtes, Noel, Paque, Pentecôte , jusque-là même qu'on dit la Saint Martin & la Toussainis.

Mais il y a deux défauts à éviter dans l'usage de ces lettres. Le pre. mier est d'en mettre trop: par là on afoiblit l'effet que doivent produire les plus essentieles. Les mots qui méritent plus de distinction, le trou. vent alors noyés & confondus au milieu d'une infinité qui n'en méritent aucune Le second defaut opposé à celui-là, esde n'en mettre pas assez comme on le voit dans certains Livres, où on n'en troure qu'aux seuls noms propres. Il faut avouer que cette pratique a l'avantage de Irancher net sur la nature des mots qui méritent une Capitale; mais il en résulte que quantité d'autres mots qui méritent également quelque diflinction, le trouvent confondus avec ceux qui n'en offrent aucune.

Il s'est élevé ici une quellion sur les adjectifs derives des noms qui font diftingués par vae Capitale, tels que de Moise, Molarque ; de Rome, Romain ; de Roi, Royal ; de Philo ophie, Philosophique ; de pâque , Paschal, & ainsi des autres. Communément on leur donne la Capitale à cause du nom dont ils sont dérivés : mais si ces adjectifs se tronventjoints à un subflantif qui n'exige pas la Capitale, faut-il donner Ja Capitale à l'adjeclif sans la donner au fubftantif, ou la donner au subftantif pour la conserver à l'adjectif, ou l'ôter à l'adjectif pour ne la pas donner au substantif ? Faudra-t-il écrire: la loi Mosaique, lo chauffure Romaine, une sentence philosophique, le temps Paschal ? On

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ne

comme

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paut bien écrire la loi mesaique, parce que cette loi mérite par ellenéme une distinction : mais la chaussure, quelle qu'elle puitle être, est-elle aflez noble, pour qu'on puisse écrire la chaussure Romaine ? Faudra-t-il donc écrire sans aucune distinction la chausure romaine! Communément c'est un defaut de passer ainsi d'une extrémité à l'autre: le pins fage parti ett de tenir le milieu en donnant à chaque mot le caractere qui lui convient : le subflantif chaussure ne mérite pas une Capitale, mais l'adjedlif Romaine la mérite : écrivons donc: la chauffure Romaine. Dira-t-on alors que l'adjectif paroit plus noble que fon fubftantif ? mais il l'est

que

relativement au nom dont il dérise : c'eft nous dilions la chaussure des Romains: cette Capitale alors ne paroit point déplacée ; elle ne l'est pas plus dans l'adjeciif qui reprélente ce nom : la chaussure Romaine. Les Capitales servent encore au commencement de toutes les phrafes précédées d'un point, ou qui commencent un paragraphe, ou ce qu'on appele un alinea. L'usage est aulli de les mettre en Poele aa commencement de chaque vers pour en marquer mieux la distinction.

Dans nos Pleautiers & dans nos Bibles, on les place encore comma. nément au commencement de chaque verset; & cela peut convenie dans nos pfeautiers, pour qu'on ne s'y méprene pas dans le chant. Mais dans nos Bibles, ces Capitales ne sont nécessaires que quand le verset precedent est terminé par un point. Car li dans le verset précedent la phrase n'est pas finie; li le sens n'eft pas achevé; fi ce verlet n'ett terminé que par une virgule, un point virgule, ou un comma ou un double point: c'est obscurcir le sens , c'ett rompre la liaison das de ix verlets, que de mettre au commencement du verset suivant une Capitale, qui n'y est nullement nécessaire lorsque les versets dont difingués par des chifres.

ARTICLE XXVII. Des petites Capitales. Les petites Capitales s'emploient pour des mots entiers que l'on veut dilinguer entre les autres. On les met quelquefois dans les titres : mais leur principal usage ett au commencement des Ouvrages , des Livies, des Chapitres ou même des Paragraphes. On met alors en petites Capitales le premier mot : ou quelquefois deux, 6 le premier mot est trop court, oli s'il a une liaison intime avec le second. La premiere lettre de es premier mot doit étre plus grande que les autres ; ce doit être une grande Capitale ; & quelquefois cette grande Capitale s'étend sur les lignes tuivantes, de maniere qu'elle en soutient deux, trois quatre, ou plus : c'est ce qu'en erme d'Imprimerie on appele une lettre de deux points : de trois points ; &c. Quelquefois cette lelire est chargée ou ensironée d'ornemens : c'est ce qu'on noinme Lesire grise. L'usage eft qu'apres les lettres grises ou de plusieurs points, on melle encore une Capitale qui est la seconde lettre du mot : cependant on s'est quela goerois écarté de cet usage, apparemment parce que cette lettre n'est pas la premiere, mais la seconde, & que par cette raison en croit

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