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qu'elle ne mérite pas d'être plus diftinguée que les suivantes. Elle peut en effet ne le pas mériter relativement aux suivantes"; mais il lemble qu'elle le mérite relativement à la premiere. Car plus cette premiere lettre eft grô!re, plus il eit convenable qu'il y ait une lettre moyene entre cette grófle lettre & celles qui vont suivre : telle fut sans doute la pensée de ceux qui introduisirent cet ancien usage qui par cette raison peut mériter d'être conservé. Mais quelquelois on emploie pour premiere lettre une lettre qui ne porte pas deux points, mais environ un point et demi, & alors on la fait entrer dans la premicre ligne sans la faire descendre plus bas. C'eit principalement dans

L ce cas , qu'on se croit dispensé de inestre la seconde lettre en grande 4 ! Capitale; & cela eft très-bien, quand certe feconde letire n'est pas elle-même la premiere d'un second mot. Car fi la phrase commence par ce mot, l'Asie, il faut nécefiairement deux Capitales L'une plus grande, parce qu'elle eft la premiere ; l'autre moins grande, parce qu'elle eit la seconde, mais toujours plus grande que les trois lettres suivantes , à l'égard desquelles elie eit elle-méme premiere.

On emploie encore les pérites Capitales pour certains noms que l'on veut distinguer par honeur dans le discours : c'est ainsi que dans plusieurs Livres de piété, on met en petites Capitales le faini nom de JESUS CHRIST : & alors il faut que la premiere lettre de ces noms foit en grande Capitale.

Dans la Poelie , lorsque les Pieces sont divisées par Stances ou Strophes, le prem er mot de chaque Sirophe ou Stance se met quelquefois en petites Capitales , pour en marquer mieux la diflinction: & la premiere lettre de ce premier mot doit toujouis avoir une grande Capitale. ARTICLE XXVII. Des Lettres Romaines & Italiques.

On appele Lettres Romaines les lettres droites & quarrées ; celles qui sont inclinces sont appelées 1:aliques. Les Lettres Romaines font plus communément uliées : on a cependant vu des Ouvrages imprimés entièrement en Lettres Italiques. Mais l'usage le plus orilinaire du fil caractere Italique eft de diftirgrer certaines parties des Ouvrages , certaines phrases , certains mots.

Lorsque ces Ouvrages sont en caractere Romain , la Table des Chapitres ou Sommaires se fait communement en caractere Italique. S'il y a une Table des Matieres, elle se fait en caractere Romain : & alors ces deux Tables 1ont ainsi distinguées. La Table Italique peut se faire du même ceil que le corps de l'ouvrage; 1. able des Natieres se fera d'unail plus petit. Les Préfacos se font communément en caracters Romain: 1i elles sont courtes, elles peuvent se faire d'un æj! plus gros que l'Ouvrage ; fi elles font longles, on las fit d'un oeil plus petit. Si elles sont précédées d'une Epitre Dedicatoire ou sie quelque court Avertissement, cet Avertissemeilt ou cette Epitre (e sont en caractere Italique : & s'il y a l'un & l'auire, l'Epitre sera en italique, & l'Avertissement en Romain, luis d'un wil different de la Preface.

Les

Les Sommaires places à la téte des Chapitres ou des Paragraphes s'impriment en caractere italique; ceux qui sont sur les marges, en caractere romain : les Citations en caractere italique, si elles sont fous des Sommaires romains : s'il n'y a point de Sommaires sur les marges, on peut mettre les Citations en caractere romain.

Si dans un ouvrage François on raporte dans la suite du discours quelques mots ou quelques phrases en Latin, on les met d'un caractere different de celui du discours : c'est-à-dire, que fi le discours est en caractere romain, le Latin qu'on y place doit être italique; & fi le discours eft en italique, le Larin sera en romain.

Si dans un discours françois ou latin, on vent infifter sur quelques expreffions , & les rendre plus fenables, quoique dans la même langue, on les met d'un caractere différent , en italique, fi le discours et en romain, en romain, si le discours est en italique.

C'eft ce qui arive particulièrement lorsqu'on énonce un terme dont on donne en même temps la définition:comme si je dis : « Les lettres

inclinées font celles qu'on nomme lettres italiques ; » ou « Les lettres italiques sont celles qui font inclinées . Mais alors il faut observer que ti on dit : « Les lettres inclinées sont désignées par le nom d'ita

laves : » ce d apoftrophé ne doit pas étre en italique , parce qu'il De fait pas partie du nom que l'on veut faire remarquer, & quiconlille dans le seul mot italiques : c'est sur quoi on se méprend très souvent.

Lorsque dans un discours qui eft en caractere romain, on raporte les paroles de quelque Auteur sacré ou profane, fi ce qu'on en raporte n'eit pas long, on le met en italique: fi c'est un fragment trop étendu pour y admettre cette différence de caractere, on les distingue par ces doubles virgules que l'on nomme guillemets ; nous en parlerons en fnisfant après avoir traité des Accents. Maintenant nous allons passer des Lettres aux Mots.

SECONDE SECTION.

DES MOTS.

Les Mots se divisent en trois classes principales : Noms , Verbes & Particles. Nous ne parlerons point ici des particules, mais seulement des norns & des verbes. On diftingne les Noms en Subtarrifs & Adjectifs, d'où dérivent beaucoup d'Adverbes, & auxquels vienent le joindre les Participes. C'eit l'ordre que nous allons fuivre en finissant par les Verbes , qui sont d'une nature touie différente. ARTICLE I. De la formation du Pluriel des Noms , soit

Substantifs , soit Adjectifs. Le pluriel doit se former sur le singulier : c'est une reçle constante dont on ne doit excepter que les irréguliers, Du nombre de ces der

i

niers sont les mots austral , boréal, canonial, conjugal, faral, filial, final, frugel, littéral, naval, paschal, pajtoral , pectoral, trivial, & quelquesautres adjectifs en al, qui n'ont point de masculin pluriel, quoiqu'ils ayent un féminin, comme on peut le voir par ces exemples ; terres Qustrales, heures caroniales , farales ; chansons triviales , pajlorales, &c. Le mot carnaval, quoique fubliantis, n'a pas de pluriel.

Niais régulièrement les sublaniils & adjectifs en al font aux au pluriel : aiuti cheval, mal, brutal, veuleni au pluriel chevaux, maux, bruia!x, &c. De ce te regle on doit excepter ces trois subitantiss bal, bocal & regal, qui au pluriel font bals, bocals & régals.

Les mois termines en ail, prenent pareillement aux au pluriel : exemples, travail, émail font travaux, émaux. Mais cette regle n'est pas generale: car il y en a qui prenent fimplement une s au pluriel, conime mail, camail, arrirail, ferrail, dérail, éventail, porrail, qui sont au pluriel mails, camails, &c. & enfin il y en a d'autres qui n'ont aucun pluriel, comme bercail & poitrail.

Les noms terminés en au & en eu au fingulier, prenent ordinairement un xau pluriel, comme beau, chateau, &c. qui font beaux, cháteaux, &c. feu, vaul, &c. font feux, vaux, &c. De cette regle on ne doit excepter que óleu, qui veut bleus au pluriel. On trouve aveus dans quelques anciens Livres ; mais aveux paroit plus regulier avec un x.

A l'égard des mots terminés par un e limple ou muet, il est certain que le p!uriel fe forine en ajoutant une s après la final du fingulier. Ainfi les mots syllabe , complice, garde, année, ponrife, gage, & fem. blables, font au pluriel, syllabes, complices, gardes, années, pontifes, {ages, &c. cela eft conflant ; mais on a varie sur le pluriel des mots terminés par un é fermé, autrement dit é aigu. Quelques Auteurs anciens vouloient au pluriel qualitez , alliez, abbe?, tuez, & généralement ainsi tous les mots qui ont leur ierminaison en é aigu au fingulier : ce qui est une faute que l'Auteur de l'Officina Larinitatis & plusieurs autres Savans ont remarquée, & dans laquelle on ne seroit pas tombé, di l'on eût fait la reflexion suivante.

Les féminins des adjectifs masculins terminés par un é clair, se for. ment en ajoutant un e limple après la finale du masculin. Exemples, embourbé fait embourbée au féminin; enfoncé, enfoncée; lardé, lardée, & ainsi des autres. Or il est certain que tous ces féminins prenent une s au pluriel pour finale ; par conséquent le maculin pluriel doit en prendre aulli ure, non seulement pour conserver le raport qui doit se irouveren!re le masculin & le féminin, mais encore pour satisfaire à la reale générale, qui veut que le pluriel foit formé sur le fingulier en y ajoutant une s finale, comme on le verra ci-après. En effet, il n'y a prefque que les mots terminés par une diphthorgue qui prenent un * au piuriel, encore y en a-t-il qui veulent une s.

Les termines en i & en u, & ceux qui le font par les confones b, c, d, f, g, h, m, n, p, q&r, prenent une s au pluriel. En voici des exemples: Fleuri lait fleuris; vertu, vertus; plomb, plombs; sac, facs; lourd,

lourds ; clef, clefs ; long, longs ; almanach, almanachs ; parfum; parfans; exame?, examens; loup, loups ; coq, cogs; dur, durs, &c.

Ceux qui font terminés en l prenent pareillement unes au pluriel, comme cruel, cruels ; pareil, pareils ; fubtil, fubrils , &c. On doit ceperdam excepter ciel & zul, qui veulent au pluriel, cieux & jeux, iluciqu'on dife æils de bäuf; ciels de lit L'Academie å le P, Buffer ecriveat 2:2-4a-iels, parce que ces trois mois n'en font qu'un; de méine que, par la même raison, on écrit les arc-bourans.

Pour ce qui est des mots terminés en s & en x, ils ne changent rien au pluriel masculin, comme on en peut juger par celix c!, épars & cutieux, bois & voix, divers, gros, gras, roux, & seinblables, qu'on écrit au pluriel comme au fingulier.

A legard de ceux termines en 1, ils méritent une attention plus particuliere, pour connoitre le caprice de l'usage & le peu d'unilorInité de la plupart des Ecrivains.

l y a des mots terminés en at, et, ir, or & ui, comune plat, sujet, maudit, dévur, atribut, & semblables, dont le pluriel le forme en alontant une s apres la finale du fingulier. Tous les auteurs en convierent.

Il y a d'autres mots qui font terminés en cl, comme respect, fufpect, Bu d'autres en pe, comme prompt, &c. d'autres en rr, comme part, Bitt, fort, dont le plurielle forme pareillement en ajoutant une s zpres la finale du singulier : cela ett encore général & sans difficulte.

Ein il y a des mois termines en ant, ent, int, ont & unt, comme et-z, canteni , sains, poni, defunt, & autres semblables. Il est indubitable que les rrots terminés en inı, oni, uni, doivent prendre une s au pluriel après la finale du sirgulier ; & que par conséquent on doit écrire fainis, ponts, dsfunis, & ainfi leurs semblables.

Toute la difficulté roule donc sur les mots en ant & en ent. Danet, dans son Dictionaire François, dit que les mots qui finillent en ang ou eat au fingulier, prenent au pluriel une s au lieu d'un o final, & qu aint sentiment fait sentimens au pluriel

lliaut convenir que cette Orthographe eft très ancienne, comme on le soit par une Grammaire Françoife imprimée à Orleans en 1618, & donace par Charles Maupas Bloitien. Il faut cependant remarquer qu'on trouve dans tous les meilleurs Livres les mots dents, lents, venis, & quelques autres avec un 1 & une sau pluriel. MM. de l'Académie, dans les premieres Editions de leur Dictionaire, confervoient ler dans plutieurs mois. C'est sur ce modele que plufieurs Ecrivains & Impria.eurs fe reglent dans l'Orthographe des Ouvrages qui sortent de leurs pludes ou de leurs presses. On peut cependant leur reprocher aux as coinne aux autres de n'être pas réguliers ; car ils admettent le : dans pl:itieurs mots au pluriel, & le retranchent on quantité d'autres de la mome terminaison: irregularité dans laquelle ils ne tomberoient fas, s'ils faisoient attention à ce que dit l'Auteur de l'Oficina Lariniieris, dans ton petit Traité de l'Orthographe, où il foutient que le plu. riel le fait du fingulier, en y ajonant une si ce quieli trés-véritabio

conforme aux lentiment de M. Rettaut,

On objcctera fans doute que l'usage veut qu'on écrive aujourd'hui de la torto, & que cet usage est fonde fur ce que le « ne se prononce point dans les mots. Examinons ces deux raisons.

A l'égard de l'usage, il ell sujet à varier : & sourent il dépend de ceux mêmes qui s'en rendent esclaves : d'ailleurs, dans le cas dont il s'agit, l'usage n'étant pas général, comme nous venons de le

prouver, on ne doit pas le suivre aveuglement.

Pour ce qui est de l'autre raison, il faut convenir que le t ne se prononce point au pluriel des mots terminés en ant & ent ; mais cela n'en autorise pas la suppreilion. Il ne se prononce pas davantage dans les mots déseris, parts , forts, points, ponis, anribus, artraits, & mille autres où tous les Savans l'adruettent. Par conséquent il faut reconoiire qu'on doit le placer dans les uns comme dans les autres, ou qu'on doit le retrancher de tous également : abfurdum confequens, ergo & amrecedens.

On prétend que les mots en ons & ent doivent conserver le « au pluriel quand ils font d'une fyllabe, comme dans gants, cenis, deris, leres, vents. Ma 2013 n'apercevons rien de solide dans cette raison qui ne tend qu'à introduire une nouvele bigirure dans l'Orthographe. Do ce qu'un mot a plus ou moins de syllabes qu'un autre, il re s'en fuit pas qu'on doive ou qu'on puiffe l'écrire différemment d'un autre qui a la même terminaison. Ceite variété est trop contraire aux principes de l'analogie, qui eft une des principales regles de l'Orthographe.

Il feroit bien plus fimple & plus raisonable de ramener tous les pluriels à une loi uniforme, en les formant par la seule addition d'une s. & par contequent en conservant le i dans les pluriels de ious les noms en ani & eur. M. Rellaut en a donné de bonnes raisons, & il ya conformé fon Orthographie dans sa Grammaire. M. l'Abbé Girard a pensé comme lui dans les vrais Principis de la Langue Françoise ; mais il a refpecté un usage qu'il regardoit comine le plus général, & il n's olé s'en écarter. Cependant il y a plufieurs bors Ecrivains, & entr'autres le savant & pieux Auteur de l'Abregé de l'Histoire de l'Ancien ;ament, qui ne se font pas laissé entrainer au torrent de cet usage, & qui ont continue & continuent encore de laisser le , avec l's des pluriels des noms en ant ent. C'est ainsi que l'Académie les écrivoit dans les précédentes Editions de fon Dictionaire, mais elle retranche le i dans la nouvele. Nous nous faisons un devoir de suivre la façon d'écrire de cette favante Compagnie.

Les mots Latins qui ont éié francisés, comme opéra , imprompiu, duplicata , récipiffé, facrum, & fenrblables, n'ont point encore de pluriel ceriuin, les uns les écrivant avec unes, les autres fans s. On peut ob server que comme ils conservent leur forme Latine, ils ne sont pas susceptibles de la forme de nos pluriels.

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