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droit de modifier, s'ils le veulent, et de fixer, s'ils en ont le pouvoir aussi bien que la volonté, les clauses des traités de 1815. Savez-vous bien , ajouta-t-il, le cas que les patriotes doivent faire de cette insolente dépêche ? le voici. » Et de ses mains crispées il déchira la réponse écrite de lord Palmerston, aux acclamations des conjurés qui s'écrièrent : A bas l'Autriche! vive l'Italie! Charles Bonaparte, fils de Lucien, prince de Canino, se trouvait à cette époque l'un des agents les plus actifs du parti de la jeune Italie. Petit, gros de taille, portant au front, moins la finesse et la dignité, le type des Bonapartes, le prince de Canino, habituellement vêtu de noir, faisant participer le négligé de sa toilette aux désordres de ses idées, remplaçait par une faconde verbeuse et parfois brillante, la nullité de son intelligence politique. Habile dans l'art de la dissimulation, il avait joué, sous le pontificat précédent, deux rôles diamétralement opposés. Le matin dans les antichambres des cardinaux, le soir dans les conciliabules des sociétés secrètes, il avait exploité par un double jeu les chances du présent et les éventualités de l'avenir. Souvent même on l'avait vu se rendre pieusement au Vatican pour déposer, aux pieds de Grégoire XVI, des hommages que son coeur démentait. Savant naturaliste, bon père de famille, généreux même à l'occasion, il eût fait un excellent citoyen, si, résistant aux prestiges de l'ambition, il s'était rappelé qu'à l'époque où sa famille, errante à travers l'Europe, cherchait en vain, au milieu des ruines de ses trônes, un abri pour reposer la tête, le pape Pie VII l'avait accueillie d'abord dans ses États et avait donné ensuite, à son propre père, le titre de prince romain. Tel était l'homme que l'on verra bientôt, le premier entre tous, arracher les armes pontificales du palais qu'il devait à la munificence d'un grand pape.

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0 HAPITRE II.

Manifestations révolutionnaires. — Organisation de la municipalité romaine. — Création de la consulte d'État.— Démonstrations populaires. — Ciceruacchio. -- Arrivée de lord Minto à Rome. - Ses synipathies pour les révolutionnaires.— Journée du 15 novembre.—. Discours de Pie IX. — Ouverture de la consulte d'Etat.— Réjouissances publiques. — Le bal du prince Torlonia. - Sterbini.

Le 7 septembre, une grande agitation excitée par les meneurs des sociétés secrètes, se manifesta dans les rues de Rome. Une populace nombreuse et soudoyée par l'or des ennemis du bien public, se répandit par la ville en vociférant des cris de haine et de vengeance contre l'Autriche et contre les prêtres. Trois hommes revêtus de l'uniforme de garde civique semblaient la diriger, c'étaient le prince de Canino, un épicier nommé Galetti, et un Anglais appelé Macbean. Les boutiques se fermèrent sur leur passage; le visage des gens de bien se couvrit d'un voile de tristesse, et la police laissa faire. Cette scène de désordre se prolongea fort avant dans la nuit. Le lendemain, quelquesuns des meneurs furent arrêtés, conduits en prison,

et rendus presque aussitôt à la liberté. Fatale indulgence! En temps de révolution, la société qui ne se défend jamais et qui pardonne toujours, devient en quelque sorte complice du crime qui l'attaque.

Ces débauches révolutionnaires attristaient l'âme de Pie IX; mais persistant à ne voir dans ces écarts que le fait isolé de quelques hommes, le généreux pontife croyant enchaîner par des bienfaits incessants le génie du mal, n'en poursuivait pas moins son œuvre d'améliorations. C'est ainsi que, le 2 octobre suivant, il publia, pour l'organisation de la municipalité, un motu proprio qui réflétait admirablement les nobles intentions de son cœur. La publication de cet acte fournit aux membres des sociétés secrètes l'occasion d'une nouvelle manifestation. Le lendemain de ce jour, les meneurs se réunirent au lieu ordinaire de leurs conciliabules pour se féliciter du résultat de la journée de la veille. Tout va bien, dit l'un d'eux ; la révolution marche de bénédictions en bénédictions; nous avons fait de Pie IX, sans qu'il s'en doute, le moteur de la révolution italienne. Les malheureux ! ils disaient ainsi, et sciemment ils l'empêchaient de devenir le régénérateur de leur patrie. Tous les journaux de Rome exaltèrent la pensée qui avait inspiré à Pie IX le motu proprio de la municipalité, les uns de bonne foi, les autres par système.

Un bienfait de Pie IX présageait un nouveau bienfait : quelques jours après le motu proprio de la municipalité, il décréta la consulte d'État.

Le statut organique de ce pouvoir appelé à concourir à la législation et à l'administration générale du pays, devenait, dans l'état des choses, d'une importance fondamentale. Admirable quant au fond et à la forme, on y distinguait les principes constitutifs et les dispositions réglementaires. Partagés en quatre sections, les hommes les plus distingués du pays devaient réunir en un seul faisceau la législature, les finances, le commerce, l'industrie, l'agriculture et les travaux publics. Le système électoral de la candidature, tel que le concevait Pie IX, combinait l'autorité et l'élément populaire dans un parfait ensemble de confiance réciproque. Il faisait une large part aux principes de liberté, tout en maintenant les droits de la souveraineté. Chaque conseil communal présentait pour la nomination d'un député, une liste de trois candidats au conseil de la province. Celui-ci devait désigner sur ces listes réunies, les noms de trois candidats parmi lesquels le souverain se réservait le droit de choisir le membre appelé à faire partie de l'assemblée. Les conditions de l'éligibilité embrassaient les trois principaux éléments de la société, la propriété garantie de l'esprit conservateur, la science principe d'organisation, le com

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