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merce représentant l'intelligence appliquée à la prospérité matérielle des nations. L'adjonction des capacités à la liste des électeurs était un progrès immense, si l'on considère qu'alors et depuis longtemps en France, l'opposition parlementaire réclamait le principe de la capacité, comme titre d'admission au choix électif des assemblées représentatives. Pour donner plus de garanties encore à l'indépendance délibérative, le statut de la consulte établit en principe que la qualité de membre est incompatible avec les fonctions salariées du gouvernement. Cette règle générale reçoit une seule exception relative aux fonctionnaires résidant à Rome. Le peuple Romain, le pays tout entier, appelés à régir leurs propres affaires, manifestèrent leur joie par les démonstrations habituelles en de pareilles occasions. Voici la manière dont elles procédaient : la place du Peuple était le point de départ de toutes les manifestations, c'est là que les meneurs, faisant agir les membres du cercle romain, les divers chefs des quatorze quartiers de la ville et le trop fameux Ciceruacchio convoquaient le peuple et le rangeaient avec ordre sous ses bannières respectives; après quelques paroles prononcées par l'un des chefs relativement à la circonstance, on arborait de nombreux drapeaux sur lesquels on avait inscrit, outre miile devises en la gloire de Pie IX, les titres des bienfaits qu'il avait accordés au peuple et les surnoms d'honneur que le peuple lui avait donnés en échange. C'était ordinairement dans la soirée que ces démonstrations avaient lieu. Aun signal donné, de grands cris se faisaient entendre, les torches s'éclairaient simultanément et le cortége s'ébranlant sur toute la ligne, se dirigeait en pelotons par la rue du Corso vers le Quirinal. Un nombreux

corps de musiciens ouvrant la marche, jouait

l'hymne de Sterbini devenu la marseillaise de l'Italie; la rue du Corso se parait de guirlandes, de tentures et de transparents, les maisons s'illuminaient, les fenêtres se pavoisaient de femmes et de fleurs ; les hommes se découvraient la tête, les dames agitaient leurs mouchoirs, et le nom de Pie IX, rapide comme un courant électrique, se répétait de rues en rues, de place en place, jusqu'à celle de Monte-Cavallo, où le cortége, en arrivant, se rangeait par lignes égales, parallèlement à la face du Quirinal. Alors les drapeaux, les banmières, les guidons, les banderolles se groupaient en faisceau devant la loge pontificale; le peuple demandait la bénédiction. Un instant après, Pie IX, se rendant à l'appel de son peuple, apparaissait au balcon du Quirinal ; des feux du Bengale éclairaient les corniches du palais de la con

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sulte. Le pontife faisait le signe de la croix, tous les fronts se courbaient, puis après les paroles sacramentelles de la bénédiction papale, les torches s'éteignaient, les drapeaux se roulaient, et la foule, calme, silencieuse, se retirait en bon ordre pour recommencer au premier signal. Un homme du peuple, donton a beaucoup et diversement parlé, se trouvait toujours à la tête de ces manifestations. Angelo était son nom de baptême, Brunetti son nom de famille, Ciceruacchio son surnom. Né de parents pauvres qui ne devaient lui laisser pour unique héritage, que des traditions d'honneur et des exemples de probité, Ciceruacchio, ainsi dénommé par sa mère en raison de ses joues grosses et joufflues, se forma de bonne heure aux fatigues qui constituent la vie du travailleur. L'homme fort eut bientôt remplacé l'enfant. Actif, laborieux, d'une économie sans avarice, d'une intelligence bornée, mais proportionnée aux besoins de sa position, Ciceruacchio, d'abord carettiere, puis loueur de chevaux, devint marchand de vin, de bois et de fourrage. Grand, fort, vigoureusement trempé, la poitrine bombée et en avant, les épaules larges et carrées, coulé pour ainsi dire tout d'une pièce dans un moule antique, il possédait un bras de fer. Sa volonté ne connaissait aucun obstacle ; l'obstacle grandissait sa volonté. Sensible et compâtissant, il se plaisait dans sa force à protéger la faiblesse, et dans sa charité à consoler le malheur. Cependant, deux vices capitaux faisaient ombre à ses qualités en préparant sa perte ; l'orgueil et l'amour du vin. Élevé par une pieuse mère dans les principes religieux, Ciceruacchio, prédisposé à l'erreur politique, faisait partie, depuis 183o, de la secte des carbonari, ce qui ne l'empêcha pas d'être l'un des premiers, entre les gens de sa condition, à saluer avec enthousiasme l'exaltation de Pie IX au trône de saint Pierre. Était-ce de bonne foi ou par système ? l'avenir le démontrera. En attendant, il trouva, dans les fondations d'un arc de triomphe dressé pour célébrer le généreux décret de l'amnistie, la première base de sa fortune politique, et en même temps le premier germe ruineux de sa fortune privée. Aimé, estimé par tous les partis, il exerçait à cette époque un grand empire sur le peuple : Mazzini à Londres, et les autres chefs des sociétés secrètes en Italie, jetèrent les yeux sur lui pour en faire un instrument d'autant plus docile qu'il était moins intelligent. Nul mieux que lui ne possédait la confiance des masses, on le grandit dans sa popularité; il se croyait habile dans l'art de la parole, on lui fit croire qu'il était orateur; il aimait les distinctions, on le décora du nom de chef du peuple; il était sensible aux honneurs, on lui ouvrit les palais des princes qui, plus tard à leur tour, lui ouvrirent leur cœur et leur main; il désirait des insignes honorifiques, on remplaça sa veste ronde par la tunique de garde civiqu, son chapeau gris par le casque façon antique, son fouet de charretier par l'épée; on para ses épaules carrées, taillées sur le patron de l'Hercule Farnèse, par de brillantes épaulettes; on emprisonna son cou gros et court dans un hausse-col d'officier, et l'on remit entre ses mains calleuses le drapeau d'un bataillon de gardes civiques. De ce jour-là, le travailleur honnête devint un conspirateur en règle. Les grands mots de patriotisme, d'égalité et de liberté qui germaient dans toutes les têtes, troubla si bien la sienne, qu'un matin, après une nuit d'ivresse et d'orgie, il se réveilla en se croyant tribun. Alors subissant l'entraînement fatal qui le précipite à sa perte, Ciceruacchio reçoit aveuglément le mot d'ordre de la révolution, il s'empare de la place publique pour en faire son forum, il y rassemble la foule, il dirige le mouvement, et il enrégimente les éléments du désordre au bénéfice de la faction qui l'a gagné. Son ambition, stimulée par le vin, ne connaît plus de limites; il marche, il vole dans la voie du mal, un seul pas le sépare du crime, il le franchira sans hésiter quand l'heure sera venue; en attendant, il recrute dans les débauches de la taverne et dans les boues de la rue, des compagnons dignes de lui,

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