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sur la rade du Cassarin, et à Alger dans la nuit du 31 octobre au 1 novembre. Le manque d'occasion a fait que je ne vous ai pas adressé de Bône un rapport sur la partie déjà accomplie de ma mission; il ne vous serait parvenu qu'après celui-ci. Notre navigation a été jusqu'à présent favorisée par le temps; toutefois, le lendemain de mon départ, j'ai été contrarié par des vents de S. E., qui avaient déjà levé une mer assez grosse, dont la plupart de messeigneurs les évêques ont été fort incommodés.

Pour me conformer au désir que m'en a exprimé monsei gneur l'évêque d'Alger, j'ai d'abord, en quittant Toulon. fait route pour Cagliari; mais, le 27, à 9 heures du matin, me trouvant à une lieue de Saint-Pierre, j'ai dù, à sa demande, gouverner pour me rendre directement à Bône. La crainte, bien fondée du reste, si l'on abordait en Sardaigne. de ne point arriver le 28, jour fixé longtemps à l'avance par monseigneur Dupuch pour la réception des reliques de saint Augustin, a été le principal motif de la nouvelle détermination des évêques, qui prévoyaient aussi ne pas pouvoir célébrer la fête de la Toussaint dans la cathédrale d'Alger

Obligées de renoncer à déposer quelques instants les restes du saint docteur, à leur retour en Afrique, dans le lieu même où ils reposèrent quand ils en sortirent, leurs grandeurs ont voulu du moins en consacrer le souvenir par un acte religieux. A cet effet, après les avoir placés sur le cabestan tournés vers les côtes de Sardaigne dont nous nous éloignions, les évêques et le clergé, en surplis, ont chan'é des prières, et monseigneur de Châlons a terminé par la béné diction pastorale donnée avec les reliques à la France, à l'Algérie et à la Sardaigne, cérémonie imposante, dans laquelle l'état-major et l'équipage ont apporté tout le recueillement qu'elle inspirait naturellement. Monseigneur de Bordeaux, qui l'avait remarqué plus particulièrement, m'ayant témoigné le désir d'adresser quelques paroles à l'équipage en présence du précieux dépôt confié au Gassendi, les hommes

ont fait le cercle au tour du cabestan, et Sa Grandeur leur a expliqué, dans une touchante allocution, le but du voyage qu'avaient entrepris sept évêques, et l'objet de la cérémonie dont ils venaient d'être témoins.

Les reliques ont quitté le bord le 28, à 9 heures du matin, pour être transportées à terre. A leur départ, les navires ont pavoisé les couleurs nationales : sept canots nageant dans les eaux les uns des autres, conduisaient le cortége. Après une messe célébrée par monseigneur d'Alger, sur un autel élevé au milieu de la place d'armes, elles ont été déposées momentanément dans l'église de Bône.

Il y a eu le 29 plusieurs cérémonies religieuses, telles qu'ordination, confirmation, etc.

Le 30, après une messe dite dans Bône par monseigneur d'Alger, s'est faite processionnellement et avec grande pompe la translation à Hippone des restes de saint Augustin, qui ont été salués, au moment de leur arrivée au pied du monument destiné à les recevoir, par une salve de 19 coups de canon tirée à bord du Gassendi. Une seconde messe, suivie de la bénédiction, donnée succèessivement par chacun des évêques, et de plusieurs discours, y a été célébrée par monseigneur de Bordeaux. Tout Bône était là. Les états-majors et une partie des équipages, en grande tenue, ont assisté à la cérémonie. Une place avait été réservée au lieu de la consécration pour les marins, qui s'y sont rendus directement, avant le cortège, sous la conduite d'un officier et de plusieurs élèves.

Leurs grandeurs, à la suite d'un déjeuner qui leur a été offert par par le général Randon sur le sommet du mont d'Hip pone, se sont embarquées dans la Seybouse, pour retourner à bord. Aussitôt leur arrivée, à 2 heures 1/2, les deux navires ont appareillé et fait route pour Alger. Le Gassendi est entré dans le port le 31, à 10 heures du soir, et le Ténare à minuit.

Quoique nous ayions obtenu la libre pratique le soir

même, monseigneur d'Alger et sa suite ne sont descendus à terre que le matin de très-bonne heure. Messeigneurs les les évêques sont partis hier pour Blida, et doivent être de retour avant la nuit. Leur intention paraît être de demander à être conduits à Marseille, en touchant quelques heures à Mahon, et de s'embarquer dimanche au soir, après avoir pris congé du gouverneur général chez qui ils dinent. J'ai l'honneur, etc.

Signé : BERAR.

N° 135.

LETTRE de M. ESTRAYER-CABASSOLES, chanoine, vicaire général de Châlons, sur la traversée du bâtiment qui a porté de France en Afrique, les reliques de SAINT-AUGUSTIN, évêque d'Hippone.

Alger, 5 novembre 1842.

Monsieur, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, dans une lettre écrite de Toulon, la veille de notre embarquement pour l'Afrique, sept évêques composaient le cortège religieux; monseigneur Donnet, archevêque de Bordeaux, et messeigneurs les évêques d'Alger, de Châlons-sur-Marne, de Marseille, de Digne, de Valence et monseigneur Dufêtre, nommé à l'évêché de Nevers.

Les grands vicaires ouchanoines, à la suite de ces prélats, étaient MM. de la Tour, vicaire général de Bordeaux; G. Staller, Gelton, Magnose, chanoines de la cathédrale d'Alger; l'abbé Estrayer-Cabassolle, du diocèse de Châlons: Tempier, vicaire général de Marseille, et Jaucquard, chanoine de cette ville; Chenu, grand vicaire de Valence; Merieu et Sibour, vicaires généraux de Digne.

Il s'y trouvait, en outre, deux ecclésiastiques, députés par leurs évêques, M. de Poux, vicaire général de Bourges et M. l'abbé Barthe, chanoine de Rodez.

Plusieurs autres ecclésiastiques suivaient: c'étaient des

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curés du diocèse d'Alger, des prêtres envoyés par leur ordre sur la demande de monseigneur Dupuch pour être des auxiliaires des frères de Saint-Jean-de-Dieu, se vouant au service des malades en Algérie.

On s'embarqua à Toulon, le mardi 25 octobre à neuf heures du matin, après une messe pontificale et en musique, célébrée par Ms d'Alger. Le clergé des quatre paroisses de la ville accompagna jusqu'au port les évêques chargées du précieux dépôt. Ma l'évêque de Fréjus était à la tête de ses prêtres, accourus avec empressement pour honorer la mémoire d'un évêque aussi grand par ses vertus que par ses écrits.

Au moment du départ, M de Fréjus dit aussi, en remettant à M3 l'archevêque de Bordeaux la relique, à laquelle il avait rendu les honneurs dans son diocèse : « Je remets en vos mains ce dépôt sacré : ce n'est pas la première fois qu'un évêque de Bordeaux reçoit une noble mission pour la terre d'Afrique; un de vos plus illustres prédécesseurs, Mg le cardinal de Sourdis, reçut une mission du bon Henri IV, pour porter des paroles de paix au dey d'Alger. Moins heureux que vous, il fut obligé de revenir sans avoir pu toucher la plage africaine. >>

Vers dix heures du matin, les bateaux à vapeur le Gassendi et le Ténare, mis généreusement à la disposition de Ms d'Alger par le Gouvernement français, pour le passage des évêques et de leur suite, quittèrent la rade de Toulon. On fut en mer près de trois jours : ce temps fut consacré à des prières, à des cantiques. La veille de l'arrivée à Bône, une cérémonie religieuse eut lieu sur le Gassendi. Les premières vêpres de l'office de saint Augustin furent chantées sur le pont en présence de la relique, que Me Dupuch avait exposée à la vénération des illustres passagers et de tout l'équipage.

Ces sept évêques se groupèrent autour du dépôt sacré, et chantèrent en choeur les louanges de Dieu et du saint.

Tome 2. 1842.

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docteur, qui le loua si dignement sur la terre, par les vertus les plus éclatantes et des écrits que quatorze siècles n'ont pu faire tomber dans l'oubli.

Me de Prilly, évêque de Châlons, qui officiait à ces vêpres, fut invité par nos seigneurs à donner la bénédiction avec la relique. Cette cérémonie fut touchante : tout l'équi page était debout, attentif, recueilli, et il se mit à genoux, lorsqu'il fut béni, pendant que le vaisseau s'avançait majes tueusement vers la plage d'Afrique.

Le 28 octobre, nous arrivâmes en face de Bone, à six heures du matin. A huit heures et demie les sept évêques. revêtus de leurs habits pontificaux, les grands vicaires, les chanoines, les curés, descendirent dans des canots, chantant tous en chœur, en se rendant sur la plage, le cantique Benedictus, que les eaux semblaient étonnées d'entendre de la part de tant de voix, près d'une ville où ont si longtemps régné la barbarie et le fanatisme.

On entendit le bruit du canon, qui rendait le salut d'usage à l'évêque, et les sons harmonieux d'une musique militaire.

Nous débarquàmes à neuf heures: un dais fort riche était sur le rivage, entouré du clergé de Bône, conduit par M. l'abbé Suchet; les troupes étaient sous les armes; les autorités civiles et militaires étaient à leur tête. Un grand nombre d'Arabes, attirés par ce spectacle si nouveau pour eux, se pressaient tous autour des soldats et du cortège re ligieux. Grand nombre d'enfants arabes, impatients de s'ap procher de nous, de nous voir débarquer, s'étaient avancés sur les bords de la mer, et avaient les pieds dans l'eau, témoignant le plus grand étonnement de ce qui se passait sous leurs yeux.

Lorsque la procession a été mise en ordre, M. Pepin maire de la ville de Bône, s'est avancé devant Ms l'évêque d'Alger, qui était revêtu d'une chape, portant en main sa crosse, la mitre sur la tête M. le maire a prononcé un

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