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exactement tous les susdits édits et déclarations, afin d'en tirer ce que l'usage a fait juger le plus propre pour déraciner de nos royaumes, avec l'assistance du ciel, un mal si pernicieux et si détestable, et de former un nouvel édit, en révoquant les précédens; afin que n'étant plus permis aux juges d'y avoir recours, et de s'arrêter chacun selon son sens particulier, à ce qu'il y avoit de plus doux ou de plus sévère, ils soient obligez de suivre exactement celui-ci, où toutes choses sont si clairement exprimées, qu'ils n'auront lieu quelconque de douter de notre volonté, pour un effet si juste et si salutaire. Mais, d'autant que les meilleures loix sont inutiles si elles ne sont bien observées, et que nous ne sçaurions être déchargez devant la justice divine des malheurs qui arrivent par les duels, qu'en employant tout notre pouvoir pour en arrêter le cours, et en demeurant inflexible dans une résolution si sainte : Nous défendons très-expressément à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, et même à notre très-cher et très-amé frère le duc d'Anjou, lorsqu'il sera en âge; à notre très-cher et très-amé oncle le duc d'Orléans, aux princes de notre sang, aux autres princes et autres officiers de notre couronne, et à nos principaux et plus spéciaux officiers et serviteurs de nous faire aucune prière contraire au présent édit, sur peine de nous déplaire. Et afin qu'après le serment le plus solennel et le plus inviolable de tous, nul ne prenne la hardiesse de nous supplier d'y contrevenir; nous jurons et protestons par le Dieu vivant, de n'accorder jamais aucune grâce dérogeante au présent édit, et de ne dispenser jamais personne des peines qui y sont contenuës, en faveur de qui que ce soit, ni pour quelque considération, cause ou prétexte que ce puisse être. A ces causes, sçavoir faisons: qu'en révocant, ainsi qu'il est dit ci-dessus, tous les précédens édits et déclarations faits sur le sujet des duels et rencontres, nous avons, par le présent édit perpétuel et irrévocable, dit, déclaré, statué et ordonné; disons, déclarons, statuons. et ordonnons ce qui s'ensuit.

(1) Nous enjoignons à tous nos sujets de quelque qualité et condition qu'ils soient, de vivre à l'avenir les uns avec les autres en paix, union et concorde, sans s'offenser, injurier ni provoquer à haine et inimitié, sur peine d'encourir notre indignation, et d'être châtiez exemplairement. Leur ordonnons d'honorer et respecter les personnes qui, par les avantages que leur donne la nature, ου par les charges et dignitez dont nous les avons pourvues, méritent d'être distinguées des autres, ainsi que nous entendons qu'elles

le soient; et que ceux qui manqueront à ce devoir et à ce respect soient châtiez, en égard à la qualité de la personne offenséc. Lesdites personnes, avantagées par la nature ou par leur qualité, s'abstiendront aussi d'offenser les autres, et les contraindre.de perdre le respect qui leur est dû ; et, s'ils y manquent, ils seront tenus de le réparer, ainsi qu'il leur sera ordonné.

(2) Tous différends intervenans entre nos sujets, dont la demande et décision peut et doit être faite en justice, seront terminez par les voyes ordinaires de droit établies en notre royaume, et nous défendons aux parties d'en former une querelle, sur peine à l'aggresseur de la perte entière de la chose contentieuse, laquelle dès à présent, comme pour lors, nous adjugeous à sa partie.

(3) Et d'autant que par l'indiscrétion et malice des uns, les autres sont quelquefois tellement outragez, qu'ils croyent n'en pouvoir tirer réparation qui les satisfasse en leur honneur, que par la voye des armes, laquelle leur étant défendue par nos édits, ils la recherchent par eux-mêmes ou par leurs amis; et, au mépris de nos loix et de notre autorité, en viennent au combat, d'où naissent les crimes si fréquents que nous voulons à présent réprimer: Nous ordonnons pour y remédier à tous ceux qui s'estimeront offensez en leur réputation, de s'en plaindre à nous, ou à nos tres-chers et bien amez cousins les maréchaux de France, afin que l'injure qu'ils auront reçue soit réparée de telle sorte, qu'ils en soient pleinement satisfaits en leur honneur.

(4) Ceux qui seront en nos provinces s'adresseront en pareil cas aux gouverneurs d'icelles, ou en leur absence à nos lieutenans généraux, et en leur défaut, aux gouverneurs et lieutenans généraux des provinces les plus proches, pour leur faire leurs plaintes comme dessus lesquels gouverneurs ou lieutenans généraux décideront aussitôt lesdits différends, si faire se peut; et s'ils sont de telle qualité qu'ils ne les puissent terminer, ils nous en avertiront, pour faire exécuter ensuite nos commandemens sur ce sujet.

(5) Celui qui aura offensé sera tenu de comparoître pardevant nous, ou lesdits maréchaux de France, ainsi que pardevant lesdits gouverneurs ou lieutenans-généraux en la forme susdite, lorsqu'il lui aura été ordonné par nous, ou par eux ; et que notre commandement ou le leur aura été signifié à sa personne, ou à son domicile, jusqu'à deux fois, avec la plainte de l'offense; à quoi défaillant, il sera ajourné à trois briefs jours: et ne comparoissant point, sera suspendu de son honneur, déclaré incapable

de porter les armes, et renvoyé aux gens tenans nos cours de parlement, chacun en son ressort, pour être puni comme réfractaire à nos ordonnances, dont nous enjoignons à nosdites cours de faire leur devoir.

(6) Si l'une des parties a juste sujet de récuser les susdits juges, ausquels il lui est enjoint d'adresser ses plaintes; elle aura recours à nous " et nous y pourvoirons: mais si les causes pour lesquelles elle prétendra cette récusation sont trouvées légères et frivoles, et partant indignes d'être admises, elle sera renvoyée avec blâme pardevant lesdits juges."

(7) Si quelques-uns de ceux qui sont offensez, ou croyent l'être, se laissent tellement aveugler par la violence de leur ressentiment, que contre toute sorte de raison, ils s'imaginent qu'il leur seroit honteux de demander, comme dessus, réparation des injures qu'ils prétendront avoir reçuës: nous enjoingnons, en ce cas, à nosdits cousins les maréchaux de France, soit qu'ils soient en notre suite, ou en nos provinces, que sur l'avis qu'ils auront 'des différends survents entre ceux qui feront profession des armes, ils mandent, et fassent aussitôt comparoître devant eux les deux parties, ausquelles ils défendront de notre part d'en venir au combat; ni de rien entréprendre l'un contre l'autre par voie de fait, directement ou indirectement, sur peine de la vie : et après les avoir oüis en présence des seigneurs et gentils-hommes qui se rencontreront sur les lieux, ́ct autres qui seront par eux appelez, bien qu'il se trouve que l'offense ne soit pas fort grande; ils ordonneront une satisfaction si avantageuse à l'offensé, qu'il aura sujet d'en demeurer content; étant nécessaire, pour empêcher l'insolence de ceux qui offensent mal à propos, de les châtier par des réparations aussi rigourenses à ceux qui les font, qu'honorables à ceux qui les reçoivent. Si l'injure faite par l'offensant est jugée par nosdits cousins les maréchaux de France, toucher à l'honneur, ledit offensant sera privé pour six ans des charges, offices, honneur, dignitez et pensions qu'il possède; et n'y pourra être rétabli avant ledit temps, ni après, sans nous demander pardon, avoir satisfait à sa partie, ainsi qu'il aura été ordonné, et pris de nous nouvelles provisions, et déclarátions de notre volonté, pour rentrer ausdites charges; et il ne pourra aussi durant ledit temps, se trouver à dix lieues de notre cour. Si ledit offensant à l'honneur n'a ni offices, ni charges, Ri ́dignitez, ni pensions, il perdra durant ledit temps de six ans, le tiers du révenu annuel de tout le bien dont il joüira ; 'lequel

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tiers sera pris par préférence, à toutes charges, dettes et hypothèques quelconques, et appliqué à l'hôpital royal, dont il sera parlé cy-après en l'article quatorzième. Si le tiers du revenu dudit offensant à l'honneur ne monte pas deux cents livres, il tiendra prison deux ans entiers, où nous l'ordonnerons. Et si les offenses sont faites en lieu de respect; outre les peines cy-dessus, dont nous protestons de ne dispenser jamais personne, nous voulons que ceux qui commettront lesdites offenses, soient punis de plus sévères et rigoureux châtimens portez par les lois et ordonnances anciennes et modernes de notre royaume.

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(8) Nous ordonnons très-expressément, comme dessus, aux gouverneurs et lieutenans généraux de nos provinces, de faire venir pardevant eux ceux qui auront offensé, pour, avec l'avis de quelques gentils-hommes sages et judicieux, exécuter entiè rement contre lesdits offensans le contenu au précédent article, selon tous les divers cas qui y sont mentionnez; et s'il arrive que l'un ou l'autre de ceux qui auront différend ne veüille déférer à ce qui aura été par cux ordonné, ils seront par lesdits gouverneurs ou lieutenans-généraux de nos provinces, renvoyez pardevant nosdits cousins les maréchaux de France, étans près notre personne, ou és provinces dans lesquelles tels cas seront arrivez donnans, conime nous donnons de nouveau à nosdits cousins, toute autorité de décider et juger absolument tous différends concernans le point d'honneur et réparation d'offense, soit qu'ils soient arrivez à notre cour, ou en quelque lieu de nos royaumes que ce puisse être.

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(9) Si les offensez ou prétendans l'être, vouloient pour raisons des réparations desdites offenses, soit à leur honneur, biens ou autre intérêt, se pourvoir pardevant nos juges ordinaires; nous n'entendons nullement qu'en vertu des précédens articles, ils en puissent être empêchez, ni assignez pour ce sujet à la requête des offensans pardevant nosdits cousins les maréchaux de France, gouverneurs, ou leurs lieutenans-généraux de nos provinces, devant lesquels ils seront seulement tenus de répondre aux plaintes que l'on voudroit faire d'eux, sans préjudice de leurs actions juridiques.

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(10) Et en en cas que les parties offensantes refusent de subir le jugement de nosdits cousins les maréchaux de France; nous donnons à nosdits cousins de les faire arrêter par leurs prévôts, et mettre et retenir en prison jusqu'à ce qu'ils ayent satisfait; et meine qu'ils les condannent à l'amende, et autres peines qu'ils

jugeront raisonnables, pour la réparation de leur désobéissance. Nous ordonnons aux gouverneurs et lieutenans-généraux de nos provinces, de faire le semblable contre les parties offensantes, qui refuseront de subir leurs jugemens ou de se pourvoir sur le renvoy pardevant nosdits cousins les maréchaux de France.

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(11) Et pour donner moyen à nosdits cousins les maréchaux de France, et aux gouverneurs et lieutenans-généraux de nos provinces, de faire terminer plus facilement tous les différends, et de réparer toutes les injures; nous nous obligeons d'accorder sur leur avis tout ce que notre conscience nous pourra permettre, pour la satisfaction des offensez voulans que ce qu'ils prononceront touchant le point d'honneur, et réparation des offenses, soit si religieusement exécuté de toutes parts, que si quelquesunes des parties osent y contrevenir, outre les susdites peines de prison, et autres qu'ils leur pourront imposer, ils soient déchus des priviléges de noblesse. Enjoignans pour cet effet à nos élûs, officiers et asséeurs des tailles, de les comprendre au rolle desdites tailles et les taxer selon leurs facultez, sans user d'aucun retardement, si tôt que les jugemens rendus par nosdits cousins les maréchaux de France et gouverneurs, ou lieutenans-généraux de nos provinces leur auront été signifiez; sur peine ausdits élûs et autres officiers de nosdites tailles, de privation de leurs charges, et d'en répondre en leur propre et privé nom, le tout comme il est dit cy-dessus; sans préjudice des actions civiles et juridiques, que les offensaus ou offensez pourront avoir à intenter pardevant les juges ordinaires; lesquelles néanmoins nous exhortons nosdits cousins et gouverneurs, et lieutenans - gé • néraux de nos provinces, et autres qui en leur absence pourront être employez au jugement des querelles et offenses, de composer et accorder amiablement autant qu'il se pourra, afin d'ôter toute occasion au renouvellement des aigreurs et animo sitez que produisent des actions si funestes. Et afin que les jugemens de nosdits cousins les maréchaux de France, et des gouverneurs et lieutenans-généraux de nos provinces, soient exécutez selon notre intention: nous voulons qu'ils soient lûs et pu. bliez aux lieux où ils seront rendus, en présence des seigneurs et gentils-hommes qui s'y trouveront et aussi en l'auditoire de notredit hôtel, si c'est à notre suite, ou en ceux de nos justices ordinaires; aux greffes desquelles, ou de ladite prévôté, ils seront enregistrez.

(12) Et combien que nos sujets ne pussent sans crime être

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