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estimez avoir manqué à leur honneur, en obéissant à notre présent édit, et recevant en la forme susdite la réparation et satisfaction qui leur sera ordonnée par nosdits cousins les maréchaux de France, ou gouverneurs, ou lieutenans-généraux de nos provinces; néanmoins afin qu'il ne puisse rester aucun scrupule en l'esprit même des plus pointilleux : nous déclarons que nous prenons sur nous tout ce que l'on pourroit imputer pour ce regard à celui qui étant offensé, n'auroit pas fait appeller son ennemi au combat; qui étant appellé, aura par la considération de ce qu'il doit à Dieu et à nous, refusé d'y aller, et de se rendre coupable d'une désobéissance divine et humaine.

(13) La qualité qui nous est si chère, de protecteur de l'honneur et de la réputation de notre noblesse, nous ayant fait rechercher avec tant de soin, comme il paroît par les précédens articles, tous les moyens que nous estimons les plus propres pour éteindre les querelles dans leur naissance, et rejetter sur ceux qui offensent, le blâme et la honte qu'ils méritent, nous voulons espérer qu'il n'y en aura point d'assez insolens et téméraires, pour attirer sur eux notre juste indignation, en osant contrevenir aux défenses si expresses que nous leur faisons, d'entreprendre de se venger eux-mêmes. Mais si nous ne sommes pas si heu, que d'obtenir l'effet d'un souhait que nous faisons avec tant d'ardeur, ils apprendront par les peines suivantes, dont nous avons juré si solennellement de ne dispenser jamais personne, que leurs crimes seront suivis de punitions inévitables.

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(14) Celui qui s'estimant offensé ne voudra pas s'adresser à ceux que nous avons cy-dessus ordonnez, pour lui faire faire réparation de son honneur, appellera pour lui-même quelqu'un au combat, sera déchu de pouvoir jamais obtenir réparation de l'offense qu'il prétendra avoir reçuë, sera privé dèslors, nonobstant quelques lettres de grace ou pardon qu'il puisse après obtenir de nous par surprise, de toutes les charges, offices, honneurs, dignitez, pensions, et autres graces qu'il tiendra de nous, sans espérance de les recouvrer jamais; sera banni pour trois ans hors de nos royaumes, et perdra la moitié de son bien; le fonds de laquelle moitié, si elle est noble, nous voulons être mis en roture, et toutes les seigneuries et titres, comme baronnies, marquisals, comtez, et autres, être réünis, ainsi que par le présent comme pour lors, nous les déclarons réünis à notre domaine, sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune déclaration particulière, ni que pour quelque cause et occasion que ce soit,

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ils en puissent jamais être désunis. Déclarons en outre que toutes les maisons seigneuriales et châteaux appartenans ausdits appellans, seront réputez être compris dans la moitié que nous confisquous, et ensuite de cela rasez rés pierre, rés terre, et les fossez comblez, pour une marque perpétuelle de leur désobéissance, et de notre justice. Et quant au fonds de ladite moitié ainsi confisquée, dont les terres seront réduites en roture, nous la donnons dés à présent, comme deslors, en propre et à perpétuité à l'hôpital royal que nous avons résolu de faire construire auprès de notre bonne ville de Paris. Voulons qu'entre-cy et le temps qu'il sera établi, le revenu desdites confiscations soit administré par les maîtres de l'Hôtel-Dieu de notredite bonne ville de Paris, et employé à la nourriture des pauvres dudit HôtelDieu, dont nous chargeons nos procureurs-généraux, leurs substituts, et ceux qui auront l'administration desdits hôpitaux, de faire soigueuse recherche et poursuite. Ordonnons que leur action dure pour le temps et espace de vingt ans, quand même ils ne feroient aucune poursuite qui la pût proroger... Et quant à l'autre moitié du bien dudit appellant, laquelle lui demeurera, elle sera aussi réduite en roture, sans pouvoir jamais en être tirée pour quelque cause ou prétexte que ce soit; sauf en tout ce que dessus, des droits des seigneurs de fiefs, ausquels il sera par nous pourvu. Et au cas que lesdits coupables fussent trouvez dans nôtre royaume durant les trois ans de leur bannissement nous voulons pour la peine de ladite contravention et infraction de leur ban, qu'un troisième quart de leur bien soit encore confisqué comme dessus, et applicable audit hôpital; et qu'à la diligence de nos procureurs généraux, gu leurs substituts, sur les premiers avis qu'ils auront desdites infractions de ban, les coupables soient mis et retenus prisonniers jusqu'à la fin dudit bannissement; enjoignant pour cet effet aux gouverneurs et lieutenans généraux de nos provinces, baillifs, sénéchaux, gouverneurs particuliers de nos villes, et prévosts des maréchaux, de leur donner main forte pour l'exécution de ce que dessus toutesfois et quantes qu'ils en seront requis. Que si lesdits appellans pour euxmêmes possèdent des biens à vie seulement, sans aucun droit de propriété, ils seront, outre les peines cy-dessus de perte de toutes charges, dignitez, pensions, et bannissemens, privez pour cinq ans des deux tiers de leur revenu, applicable audit hôpital, comme dessus, sans préjudice de plus grande peine, si le cas le mérite. Et s'il se rencontre que lesdits appellans pour

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eux-mêmes soient enfans de famille, et que par conséquent on ne les puisse punir en leurs biens; outre la privation de toutes lesdites charges, dignitez et pensions qu'ils pourroient lors posséder, nous les déclarons incapables d'en tenir à l'avenir, et au lieu de trois ans de bannissement portez cy-dessus, nous voulons qu'ils soient retenus autant de temps étroitement prisonniers.

(15) Or bien que le susdit crime d'appeller et provoquer au combat soit détestable en toutes sortes de personnes, puisque c'est une contravention si grande et si manifeste aux loix divines et humaines, y en ayant néanmoins en qui par diverses considérations il est plus horrible, et requiert par conséquent une peine plus rigoureuse comme lorsque les appellans s'attaquent à ceux qui les ont nourris et élevez, qui ont été leurs tuteurs, qui sont leurs seigneurs de fief, qui ont été leurs chefs, et leur ont commandé, et spécialement quand leurs querelles naissent pour des sujets de commandement, de châtiment, ou autre action passée durant qu'ils étoient sous leur charge; nous voulons et ordonnous que ceux qui tomberont dans cet excés, soient, saus diminution des peines cy-dessus, punis aussi en leurs personnes, suivant la rigueur de nos ordonnances.

(16) Nous ordonnons et enjoignons, très-expressément à ceux qui seront appellez, de nous en donner avis, ou à nosdits cousins les maréchaux de France, ou bien ausdits gouverneurs et nos lieutenans généraux en nos provinces, auquel cas nous accordons dès à présent, comme pour lors ausdits appellez, toutes les charges, offices et pensions des appellans, pourvu qu'il y ait preuve suffisante. Et d'autant que ce faux point d'honneur, qui par l'artifice du démon a passé jusques icy dans l'esprit de notre noblesse pour une inévitable, quoique cruelle nécessité, est cause de la maudite honte qu'ils ont de refuser ces duels abominables, comme s'il pouvait y avoir de la honte d'obéir aux lois les plus saintes de Dieu et de son église, et aux ordonnances les plus justes de leur prince et de leur patrie: Nous déclarons et protestons solennellement que nous tiendrons non seulement pour impies et pour criminels, mais aussi pour lâches et sans courage, ceux qui n'auront pas assez de générosité et de vertu, pour surmonter ces foibles opinions, qu'un abus détestable a établies contre toute sorte de droit, de justice et de conscience, et que nous réputerons pour la plus grande injure qui puisse être faite à notre autorité, et même à notre personne, cet insolent mépris du pouvoir que Dieu nous a donné, d'être en ce monde

le souverain juge de l'honneur de nos sujets, qui ne peuvent s'en rendre juges eux mêmes, comme ils font par ces combats sacriléges, sans entreprendre sur la partie la plus élevée, et la plus auguste de notre puissance royale. Comme au contraire, pour récompenser le mérite et la sagesse de ceux qui étant conduits par la crainte de Dieu, et par un désir religieux d'obéir à nos commandemens, refuseront le duel, étant appellez, et se réserveront à employer leur courage aux occasions légitimes qui s'offriront pour le bien de notre service, et l'avantage de notre état : Nous déclarons que nous tenons et tiendrons toujours tels refus pour une preuve certaine d'une valeur bien conduite, et digne d'être employée par nous dans la guerre, et aux plus honorables et importantes charges, comme nous promettons et jurons devant Dieu, que cette considération jointe à leurs services, nous augmentera toujours la volonté de les en gratifier.

(17) Que si nonobstant nos très-expresses défenses, et des considérations si justes et si saintes, ceux qui seront appelez sont si foibles et si lâches que d'accepter le combat; nous voulons et ordonnons, que nonobstant toutes lettres de grâce ou de pardon qu'ils pourraient obtenir de nous par surprise, ils demeurent dès lors privez de toutes les charges qu'ils auront, ausquelles sera à l'instant par nous pourvû, et pareillement déchus de toutes pensions et autres grâces qu'ils tiendront de nous, sans espérance de les recouvrer jamais Comme aussi que le tiers de leur bien, dans lequel tiers seront compris tous leurs châteaux et maisons seigneuriales, soit confisqué au profit du susdit hôpital, et lesdites maisons et châteaux rasez; et généralement toutes les autres clauses portées par le 14° article du présent édit, exécutées à leur égard, tout ainsi que contre les appelans; avec cette seule différence, que les uns ne perdront que le tiers, et les autres la moitié de leur bien. Nous voulons et entendons en outre, que lesdits appelez qui auront accepté le combat, soient aussi bannis pour trois ans hors de notre royaume; et qu'en cas qu'ils ne gardent leur ban, ils soient punis des mêmes peines portées pour ce sujet au susdit article 14 contre les appelans; et qu'au lieu de la perte du tiers de leur bien, ils en perdent la moitié, applicable comme dessus audit hôpital, et avec les mêmes clauses et conditions. Si lesdits appelez qui accepteront le combat, possèdent des biens à vie seulement; ils seront outre les peines ci-dessus, de perte de toutes charges, dignitez, pensions, et de bannissement, privez pour cinq ans de la moitié de leur revenu, applicable audit hôpi

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tal, comme dessus, sans préjudice de plus grande peine, si le cas le mérite et s'il se rencontre que lesdits appelans, qui accepteront le combat, soient enfans de familles, outre la privation de toutes lesdites charges, dignitez et pensions, qu'ils pourroient lors posséder, nous voulons qu'au lieu de trois ans de bannissement portez ci-dessus, ils soient retenus deux ans étroitement prisonniers.

(18) Si contre les très-expresses défenses portées par notre présent édit, l'appelant et l'appelé s'étans battus, l'un d'eux, ou tous deux sont tuez; en ce cas, outre la moitié ou tiers de leur bien en fonds, laquelle dès à présent, comme pour lors, nous confisquons au profit dudit hôpital, aux mêmes clauses et conditions mentionnées ci-dessus en l'article 14, nous voulons et nous plaît, que le procez criminel et extraordinaire soit fait contre la mémoire des morts, comme contre criminels de lèze-majesté divine et humaine, et que leurs corps soient traînez à la voierie : défendant à tous curez, leurs vicaires et autres ecclésiastiques de les enterrer, ni souffrir être enterrez en terre sainte. Si l'un de ceux qui sera tué, ou tous deux n'ont aucun bien; leurs enfans, s'ils en ont, seront déclarez roturiers et taillables pour dix ans; et s'ils étoient déjà taillables, ils seront déclarez indignes d'être jamais nobles, ni de tenir aucune charge, dignité ou office royal. Que s'il n'y a que l'un d'eux qui soit tué, en ce cas outre la susdite confiscation de la moitié ou tiers du bien, le survivant qui aura tué, sera irrémissiblement puni de mort.

(19) Et afin que notre présent édit soit plus inviolablement observé, nous voulons que tous ceux qui pour la seconde fois viendront à le violer, comme appellans; soit que la première fois ils ayent été appellans ou appellez, de quelque qualité et conditions qu'ils puissent être; outre la confiscation de la moitié de leur bien, applicable en la manière et condition cy-déclarée au 14° article, soient aussi irrémissiblement punis de mort, encore qu'ils n'aient pas tué leur ennemi; nulle peine ne pouvant être trop grande pour réprimer l'insolence et l'opiniâtreté de ceux qui feroient gloire de fouler aux pieds de cette sorte notre autorité et leur devoir.

(20) Si ceux qui tombent aux cas mentionnez aux articles 14 et 17 nous auront contraints de les priver de leurs charges, s'en ressentent contre ceux que nous en aurons pourvus, et les appellent ou excitent au combat, soit par eux-mêmes, ou par autrui, par rencontre, ou autrement : Nous voulons, pour châtier l'excès

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