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Afin de le démontrer, nous remarquerons, d'une manière générale, que les surfaces-moulures sont caractérisées par cette Propriété que les plans des lignes de courbure d'un système coupent normalement la surface. Les images sphériques de ces lignes doivent être, par suite, des cercles dont les plans coupent la sphère orthogonalement, c'est-à-dire des grands cercles. Pour que la surface-moulure ait toutes ses lignes de courbure planes, son image sphérique doit être constituée par un réseau de cercles orthogonaux dont tous les cercles d'une famille soient des grands cercles. Cela ne peut avoir lieu évidemment que dans le cas où l'une des droites H ou H' disparaît à l'infini, c'est-à-dire lorsque le réseau se compose, pour une famille, de grands cercles ayant un diamètre commun, et, pour l'autre, des petits cercles ayant pour pôles les extrémités de ces diamètres.

En résumé, les surfaces-moulures dont toutes les lignes de courbure sont planes correspondent à l'hypothèse cos k = 0. Il sera donc très facile de déduire de nos formules générales celles qui sont relatives aux surfaces dont nous parlons.

Les surfaces de révolution forment un cas particulier de ces surfaces-moulures. On les obtient en supposant, en outre, que les plans des lignes (v) passent par une droite fixe. Si l'on prend cette droite fixe, qui est l'axe de révolution, pour axe des y, il suffira d'annuler cos k et V dans toutes les formules.

La considération de l'image sphérique montre encore que les surfaces-moulures dont toutes les lignes de courbure sont planes sont engendrées par un profil de forme arbitraire, mais constant, poussé normalement sur un cylindre quelconque, de façon que deux points du profil décrivent deux sections droites du cylindre proposé. Nos formules conduiraient aussi à ce résultat.

(A suivre.)

LES BOUTS-RIMÉS DES LANTERNISTES

PAR M. LAPIERRE

Le mot lanterniste, écrit en tête de ces pages, évoque nécessairement le souvenir du docteur Desbarreaux-Bernard. Je n'ai certes pas la pensée de refaire le travail ingénieux, substantiel, de ce bibliophile à l'esprit si clairvoyant, et qui était en même temps un bibliographe érudit. Grâce à lui, nous connaissons nos ancêtres, nous pouvons faire parade et nous glorifier de nos parchemins et de notre blason académiques. Cependant je voudrais essayer d'être le continuateur très humble mais très sincère d'une cuvre à laquelle ma fonction de bibliothécaire me permet d'ajouter un appendice, un document nouveau, d'une saveur toute particulière.

C'est une lanterne à la main que les académiciens d'autrefois allaient aux réunions tenues d'ordinaire chez l'un d'eux. Cette coutume ancienne est entourée de quelque poésie. Écoutez les lanternistes eux-mêmes : Ils ont choisi, pour s'assembler, les soirées, alors que les étoiles commen cent à briller, que le silence règne sur notre hémisphère; c'est à l'heure propice du berger qu'ils vont au rendez-vous des muses, qui ne ménagent pas leurs faveurs. Ils prennent avec elles ce sont vos prédécesseurs qui parlent, et il faut

4. Lu dans la séance du 23 juin 1887.

les croire, — des libertés honnêtes; tous les plaisirs de l'esprit y sont assaisonnés par la bienséance. · Lucerna in nocte... Une lampe dans la nuit : telle est la devise en simple prose. Si on se représente notre vieux Toulouse, on imagine la difficulté des réunions académiques, tenues, en 1640, chez les Malapeire, en cette étroite et obscure rue du Canard, si bien faite d'ailleurs pour le calme nécessaire aux paisibles discussions littéraires, mais où la devise trouvait une si légitime application. Le document dont nous parlions est un volume manuscrit, couvert d'un velours dont le temps a altéré la vive couleur bleue d'autrefois, soutenu et orné de coins et de fermoirs en cuivre, et portant sur les plats l'image en relief des ar moiries de la docte compagnie. D'un côté, un Apollon, la lyre en main et trônant sur le Parnasse, avec la légende : Apollini Tolosano; de l'autre, une étoile dans le ciel — c'est ici la traduction poétique — envoyant ses rayons à la terre, dont les monts se dessinent en vive silhouette; tout autour les mots : Lucerna in nocte. Nous avons sous les yeux la représentation fidèle de la médaille que les Lanternistes donnaient chaque année, le jour de la fête de saint Jean, au meilleur sonnet en l'honneur du roi, et fait sur des bouts-rimés proposés d'avance. Ainsi que cela se pratique aujourd'hui, les Lanternistes rédigeaient et envoyaient au loin un programme du concours. Le Mercure du mois d'avril 1694 contient ce programme et l'accompagne de quelques réflexions : « Je vous ai souvent parlé des ouvrages d'esprit qui se font à Toulouse ; je ne vous ai encore rien dit d'une assemblée de dix personnes, appelées Lanternistes, qui donnent tous les ans une médaille à celui qui remplit le mieux les bouts-rimés. Le choix que nous avons fait des bouts-rimés, disent les Lanternistes, a donné lieu à quelque critique parmi les gens de lettres. Leur raison est la contrainte et la difficulté qu'il y a aux vers de cette nature. Mais c'est en cela même que ceux qui y réussissent ont le plus de gloire. Tout devient aisé par l'application. Ce n'est qu'à force de travail et à la sueur de l'esprit qu'on peut venir à bout de toute sorte de poésie. Les difficultés qu'on y trouve ne viennent que du penchant que l'on a à ne pas se peiner... Les plus fins connaisseurs ont avoué que les rimes bizarres étaient celles qui embarrassaient le moins et qui fournissaient les plus belles pensées. Les bouts-rimés sont comme les anciennes modes qui reviennent. Combien de fois n'ontils pas égayé nos soirées et réjoui les muses que nous allions visiter à la faveur des étoiles ! V'est-il pas juste que nous tàchions de les tirer de l'obscurité où ils commençaient de rentrer ? Les auteurs prendront le sujet qu'ils trouveront à propos. On leur laisse cette liberté. Nous recevons pourtant avec plus d'inclination les vers qui sont faits à la louange du roi, »

Ce programme est transcrit en tête du volume dont j'ai parlé, et qui était destiné à renfermer la suite des sonnets couronnés. Ouvrons ce manuscrit. Sur la première page, une enluminure, d'un dessin médiocre, représente un lourd portique en marbre. Au fronton, entre les colonnes et à la base sont disposés des écussons aux armes des membres de la Compagnie, appartenant surtout au Parlement et au Capitoulat. Dans le haut du portique flotte une étoffe drapée, avec ces mots : Registre des Lanternistes, et la date 1693. L'ouverture du portique laisse voir, dans un décor théâtral, Pégase s'élançant de l'Hélicon et portant sans doute aux concurrents l'inspiration poétique. Au-dessus de l'entablement sont groupés la Renommée, Apollon et Minerve. Le tout est signé : I. GRAS, fecit.

La médaille est plusieurs fois reproduite dans le manuscrit. Dès les premières lignes, les Lanternistes s'adressent « aux beaux esprits », les conviant au concours, promettant avec parole d'honneur, de faire l'examen rigoureux des ouvrages envoyés, et de n'écouter d'autre sollicitation que le mérite.

1693. – Comment résister à un appel si engageant? Aussi, les concurrents furent nombreux. Nous sommes ne 1693, année de l'ouverture du concours. M. Campistron, — le frère du poète connu, — remporta le prix avec le sonnet suivant, fait sur les bouts-rimés proposés :

Qu'on ne me parle plus de ce héros ........... Antique,
Dont l'univers jadis admira la................. Vertu,
Malgré tant de beaux noms, dont il est. ....... Revêtu,
Alexandre ne fut qu'un brigand................ Magnifique.
LoUIs seul peut braver la plus noire. .......... Critique ;
Quand sa valeur foudroie un ennemi.... .. ..... Têtu,
Son cœur, pour l'épargner, a longtems......... Combatu,
Et toujours l'équité règle sa. ................. Politique,
Habile à manier le sceptre et le............. ... Sponton !,
Maître de l'élément qu'habite le........... .... Triton,
Pour endosser le fer il a quitté l'............... Hermine
A gagner tes marais, Batave, sois.............. Dispos.
Ou, sans craindre son bras ni son auguste ..... Mine,
Viens chercher à ses piez un éternel......... . Repos.

Une prière, en quatre vers, et une devise accompagnent le sonnet ; c'était une formalité réglementaire.

Nous nous garderons de formuler un jugement sur la valeur littéraire des œuvres couronnées. Nous resterons narrateur et rien que narrateur précis, sans mettre en doute le goût des Lanternistes, ou avoir la prétention de réformer leurs arrêts.

1694. — Nouveau cOncOurs Ouvert sur de nouveaux bouts-rimés, que le programme transmet avec un redoublement de promesses. Les Lanternistes déclarent qu'ils procèderont, dans leur jugement, avec beaucoup de précautions et de rigueur. Ils résisteront aux plus puissantes sollicitations de la faveur et de l'indulgence. Se méfiant cependant d'eux-mêmes, ils vont jusqu'à appeler des personnes recommandables par leur génie et par leur qualité, qui apportent

1. Esponton, demi-pique que portaient autrefois les officiers d'infanterie.

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