La musique pour piano de Francis Poulenc, ou, Le temps de l'ambivalence

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Harmattan, 2009 - 313 pages
" Intermittent du spectacle ", le piano de Francis Poulenc déconcerte par son fol éclectisme. Pourquoi un tel morcellement ? Traumas primitifs, cyclothymie, libido perturbée constituent les indices d'une personnalité ambivalente. Le sujet résonnant, " clivé ", tente de contenir les morceaux épars d'une unité menacée : entre articulation et désarticulation du langage tonal, une psyché balance... Pour s'essayer et s'écouter, le musicien se colle au piano : chez lui, temps individuel et temps collectif croisent les doigts sur le clavier " bien fantasmé " du corps et de l'affectivité, tous deux baladés entre les sautes d'humeur d'un imaginaire et d'une histoire en noir et blanc. Epoques de chevauchement, de double comportement, de mouvement arrêté, Poulenc en fut le jouet-reflet : né d'un " temps " en pleine mutation, le musicien s'éveilla aux feux d'une création ivre de lumière, dans un monde trouble assoiffé de catastrophes " inhumanitaires ". Hanté par le souvenir des disparus, il tenta d'échapper à la chronicité de ses angoisses en pérennisant un art intemporel des correspondances. C'est dans l'éternel recommencement d'une histoire aliénante que le musicien devait jouer anachroniquement à la métaphore du temps " perdu-retrouvé " : son piano interpellait expressivement un passé tout surpris de modernité ; de sautes d'humeur en fautes de styles, le compositeur fit dans l' " arrière-avant garde ". Née d'une déchirure primitive conflictuelle, l'ambivalence poulencquienne trouva temporairement sa résolution dans l'expression rééquilibrante de parcours musicaux " archaiques ". C'est parce que Poulenc, à son corps défendant, dit avoir " raté " sa production pianistique qu'elle révèle en négatif les ressorts les plus enfouis de son imaginaire. A la jonction du sensible et de l'intelligible, main dans la main, les couples ambivalents identité / altérité, intériorité / extériorité, individualité / supraindividualité s'équivoquent sur la scène imaginaire d'un " entre-temps " chorégraphique intériorisé, à jamais défait, toujours à refaire.

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