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Puissent vos lois se lire dans mes rimes !
Si, trop sincère, en traçant ces portraits
J'ai dévoilé les mystères secrets,
L'art des parloirs, la science des grilles,
Les graves riens, les mystiques vétilles,
Votre enjoûment me passera ces traits ;
Votre raison, exempte de foiblesses,
Sait vous sauver ces fades petitesses.
Sur votre esprit, soumis au seul devoir,
L'illusion n'eut jamais de pouvoir :
Vous savez trop qu’un front que l'art déguise
Plaît moins au ciel qu'une aimable franchise.
Si la vertu se montroit aux mortels,
Ce ne seroit ni par l'art des grimaces,
Ni sous des traits farouches et cruels,
Mais sous votre air ou sous celui des Graces,
Qu'elle viendroit mériter nos autels.

Dans maint auteur de science profonde
J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde;
Très rarement en devient-on meilleur:
Un sort errant ne conduit qu'à l'erreur.
Il nous vaut mieux vivre au sein de nos lares,
Et conserver, paisibles casaniers,
Notre vertu dans nos propres foyers,
Que parcourir bords lointains et barbares;

Sans quoi le cour,

victime des dangers, Revient chargé de vices étrangers. L'affreux destin du héros que je chante En éternise une preuve touchante: Tous les échos des parloirs de Nevers, Si l'on en doute, attesteront mes vers.

A Nevers donc, chez les Visitandines,
Vivoit naguère un perroquet fameux,
A qui son art et son cæur généreux,
Ses vertus même, et ses graces badines,
Auroient dû faire un sort moins rigoureux,
Si les bons cæurs étoient toujours heureux.
Ver-Vert (c'étoit le nom du personnage),
Transplanté là de l'indien rivage,
Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien,
Au susdit cloître enfermé pour son bien.
Il étoit beau, brillant, leste et volage,
Aimable et franc, comme on l'est au bel âge,
Né tendre et vif, mais encore innocent;
Bref, digne oiseau d'une si sainte cage,
Par son caquet digne d'ètre en couvent.

Pas n'est besoin , je pense, de décrire
Les soins des sæurs, des nonnes, c'est tout dire;
Et chaque mère, après son directeur,

N'aimoit rien tant: même dans plus d'un cœur,
Ainsi l'écrit un chroniqueur sincère,
Souvent l'oiseau l'emporta sur le père.
Il partageoit, dans ce paisible lieu,
Tous les sirops dont le cher père en Dieu,
Grace aux bienfaits des nonnettes sucrées,
Réconfortoit ses entrailles sacrées.
Objet permis à leur oisif amour,
Ver-Vert étoit l'ame de ce séjour :
Exceptez-en quelques vieilles dolentes,
Des jeunes cours jalouses surveillantes,
Il étoit cher à toute la maison.
N’étant encor dans l'âge de raison,
Libre, il pouvoit et tout dire et tout faire,
Il étoit sûr de charmer et de plaire.
Des bonnes sæurs égayant les travaux,
Il béquetoit et guimpes et bandeaux.
Il n'étoit point d'agréable partie
S'il n'y venoit briller, caracoler,
Papillonner, siffler, rossignoler :
Il badinoit, mais avec modestie,
Avec cet air timide et tout prudent
Qu'une novice a même en badinant:
Par plusieurs voix interrogé sans cesse,
Il répondoit à tout avec justesse ;

Tel autrefois César en même temps
Dictoit à quatre en styles différents.

Admis par-tout, si l'on en croit l'histoire,
L'amant chéri mangeoit au réfectoire :
Là tout s'offroit à ses friands desirs;
Outre qu'encor pour ses menus plaisirs,
Pour occuper son ventre infatigable,
Pendant le temps qu'il passoit hors de table,
Mille bonbons, mille exquises douceurs,
Chargeoient toujours les poches de nos sæurs.
Les petits soins, les attentions fines,
Sont nés, dit-on, chez les Visitandines;
L'heureux Ver-Vert l'éprouvoit chaque jour :
Plus mitonné qu'un perroquet de cour,
Tout s'occupoit du beau pensionnaire;
Ses jours couloient dans un noble loisir.

Au grand dortoir il couchoit d'ordinaire : Là de cellule il avoit à choisir; Heureuse encor, trop heureuse la mère Dont il daignoit, au retour de la nuit, Par sa présence honorer le réduit ! Très rarement les antiques discrètes Logeoient l'oiseau; des novices proprettes L'alcove simple étoit plus de son goût: Car remarquez qu'il étoit propre en tout.

Quand chaque soir le jeune anachorète
Avoit fixé sa nocturne retraite,
Jusqu'au lever de l'astre de Vénus
Il reposoit sur la boite aux agnus.
A son réveil, de la fraîche nonnette,
Libre témoin, il voyoit la toilette.
Je dis toilette, et je le dis tout bas :
Oui, quelque part j'ai lu qu'il ne faut pas
Aux fronts voilés des miroirs moins fidèles
Qu'aux fronts ornés de pompons et dentelles.
Ainsi qu'il est pour le monde et les cours
Un art, un goût de modes et d'atours,
Il est aussi des modes pour le voile ;
Il est un art de donner d'heureux tours
A l’étamine, à la plus simple toile;
Souvent l'essaim des folâtres amours,
Essaim qui sait franchir grilles et tours,
Donne aux bandeaux une grace piquante,
Un air galant à la guimpe flottante;
Enfin, avant de paroitre au parloir,
On doit au moins deux coups-d'oeil au miroir,
Ceci soit dit entre nous en silence.
Sans autre écart revenons au héros.

Dans ce séjour de l'oisive indolence
Ver-Vert vivoit sans ennui, sans travaux ;

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