Images de page
PDF
ePub

et le plus logique, une cuvre déjà faite bien des fois ; son principal travail, c'est un travail de simplification et de coordination ; il édifie et, par conséquent, s'attache surtout aux bases, aux principes fondamentaux; il essaie de mettre en lumière les grandes lignes, les vérités principales dont les autres vérités découlent ; il aborde les controverses de la science, mais ces controverses ne sont pas pour lui un but ; elles ne sont qu'un moyen ; elles lui servent à faire saillir, par l'application, les principes dont il a entrepris la démonstration : les principes, grâce aux questions dont ils fournissent la solution, ne sont pas des idées abstraites et stériles ; ils revêtent leur véritable caractère, remplissent leur rôle d'idées dirigeantes, de règles fécondes. Sans multiplier les difficultés à plaisir, le professeur, parce qu'il les classe et, s'il est permis de le dire, les étage, peut et doit en traiter un grand nombre.

La discussion de problèmes juridiques bien choisis fait l'intérêt et l'attrait d'un enseignement ; elle exerce et fortifie l'esprit de l'élève, alimente et excite son désir d'arriver à des résultats pratiques. Les vives et alertes intelligences auxquelles s'adresse le professeur se lasseraient promptement d'une paraphrase plus ou moins élégante des textes, de généralités plus ou moins brillantées ; dans leur impatience

de savoir et surtout d'utiliser la science, elles appellent un examen approfondi des matières qui leur sont exposées.

Le cours, destiné à celui qui a tout à apprendre ou qui veut tout revoir, diffère du livre qui s'adresse à l'homme qui sait, bien moins par le fond que par la méthode. « Je ne crois pas, a dit, dans la préface de son Cours de Code civil, mon savant maître, l'éminent doyen de la Faculté à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, M. Demolombe, je ne crois pas qu'une a cuvre scientifique puisse être approfondie, si elle a n'est pas aussi élémentaire, dans le sens élevé a et philosophique de ce mot, ni qu'elle puisse être a utilement élémentaire, si elle n'est point à cer« tains égards approfondie, c'est-à-dire si elle se a borne à de vagues propositions, sans preuve, sans « examen, sans discussion. »

L'auteur, dont l'objet principal est la solution des problèmes connus et, bien souvent, la recherche de nouveaux problèmes ou, au moins, la découverte des nouvelles faces sous lesquelles les difficultés pourront apparaître, ne voit, dans les principes qu'il se borne à énoncer, qu’un point de repère, qu'un criterium que, dans certains cas assez rares, il rapproche de son argumentation, pour la contrôler luimême ou la faire contrôler à son lecteur : les prin

cipes sont un instrument pour lui, les questions à résoudre, le but. Pour le professeur, ce sont les questions qui sont l'instrument ; voilà ce qui m'a fait penser qu'après les ouvrages si consciencieux de M. Rauter, de MM. Chauveau et Faustin-Hélie, il

у avait place pour des leçons de Code pénal ; voilà ce qui m'a déterminé à suivre la forme que j'ai adoptée. Je ne publie pas un livre, je publie mon Cours.

Sans doute, ce que j'ai tenté de faire, Boitard l'a déjà fait et l'a fait avec un très grand talent. Oui, mais dix-huit ans ont passé sur cette æuvre, et, depuis sa publication, combien de lois, de questions, de théories se sont produites, et dont il faut tenir compte ! Est-ce que Boitard, si la science avait eu le bonheur de le conserver, ne ferait pas, aujourd'hui, sur le Code pénal, des leçons autres que celles qu'il a faites en 1835 ? Est-ce qu'il persévererait dans ses préventions contre l'histoire du Droit pénal ? Son esprit si élevé n'aurait-il pas été frappé de l'immense parti qu’un grand jurisconsulte a su tirer de notre vieux Droit pour raviver et développer la science du Droit civil ? Aurait-il dédaigné, pour l'explication du Droit criminel, des ressources qui avaient si puissamment contribué à l'éclat de publications que, plus que tout autre, il était fait pour apprécier ? Boitard,

eu

aujourd'hui, s'inspirerait, bien plus qu'en 1835, des travaux si considérables de nos philosophes, de nos historiens, de nos publicistes ; il n'a pu connaître ces travaux qu'en partie et il n'avait pas

le

temps de se les assimiler, pour faire profiter la science du Droit pénal de tout ce qui peut s'y appliquer ou avoir action sur elle.

L'ouvrage que Boitard ferait aujourd'hui en maître, avec sa vive et incisive parole, avec une grande autorité, je n'ai pas espéré que je réussirais à le faire. Dans le cours oral que je fais à la Faculté de Caen depuis 1846, j'ai au moins réuni, condensé, fondu bien des éléments qui sont épars çà et là, et qui doivent cependant, suivant moi, dominer l'enseignement du Droit pénal. J'ai mis à contribution les publicistes plus encore que les jurisconsultes ; j'ai essayé de vulgariser, en les appliquant, des idées qu'on ne rencontre guère que dans les ouvrages de pure spéculation. Sans aucun lien d’école, sans parti pris, j'ai cherché de bonne foi la vérité ; ce que j'ai dit des droits du pouvoir s'applique, dans ma pensée, non à tel ou tel pouvoir, mais au pouvoir en général ; je me suis préoccupé, non des intérêts variables et contingents, mais des intérêts durables et permanents de la société, et, je le confesse, dût cet avcu me faire tort dans l'esprit de ceux pour

lesquels tout acte d'opposition est un témoignage d'indépendance, je me suis montré plus disposé à défendre qu'à attaquer le législateur ; j'ai plus songé à justifier la loi qu'à la critiquer ; j'ai souvent suivi et développé les solutions de la Cour de Cassation, dont la Jurisprudence est, en général, empreinte d'un si haut caractère de sagesse et de prévoyance.

Les autorités purement doctrinales m'ont quelquefois trouvé plus rebelle : j'ai combattu certaines tendances à traiter le pouvoir plutôt en ennemi qu'en protecteur de la liberté. Au reste, en répudiant des théories controversables, je n'ai cessé de me montrer plein de déférence pour les écrivains qui les ont professées: l'inconvenance ou seulement l'extrême vivacité du langage ne m'ont jamais semblé un moyen efficace de conquérir les convictions.

Dans un cours oral, on peut, on doit souvent s'abstenir de citer les noms des auteurs dont on approuve ou dont on combat les doctrines ; mais le livre a ses exigences : le cours, tout en conservant sa forme, impose, lorsqu'il devient un livre, la nécessité d'indiquer les sources; en subissant cette nécessité, je crois pouvoir assurer que je ne froisserai aucune susceptibilité.

Si mes leçons, à travers des circonstances diverses, ont toujours été animées du même esprit, de la même pensée religieuse, du même respect du prin

« PrécédentContinuer »