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l'Etat en péril, c'est parce qu'elle a des chefs. La Cour royale l'a dit à Louis XVIII dans les termes les plus positifs. Le parti qui veut la combattre, ne peut réussir sans des chefs; il doit donc en reconnaître et leur donner la confiance. C'était au gouvernement à chercher dans les provinces les hommes les plus influens du parti royaliste, à les soutenir, à les encourager. Le parti ne pouvait réussir sans lui; mais lui-même, il ne pouvait réussir, s'il ne marchait à la tête du parti royaliste, s'il ne lui imprimait pour le bien un mouvement semblable à celui de la faction

pour

le mal.

Le ministère, dans un gouvernement monarchique, doit donc être toujours le chef du parti royaliste. C'est ce que M. de Richelieu n'a jamais pu comprendre, et c'est ainsi qu'il est la première cause de la chute du trône.

Nous avions alors un nombre infini d'honnêtes gens, que le Conservateur désignait sous le nom des circonspects. L'idée d'un parti, le mot même les faisait frissonner. Ils répétaient qu'il ne fallait point de parti. En vain avaient-ils vu à la fin de 1791, M. de Lafayette, à la tête du parti royaliste, mitraillant les factieux au Champ-de-Mars, bientôt après, un parti royaliste dans la Vendée, le même parti combattant dans Paris pour le trône

au 10 août, mitraillé au 13 vendémiaire; déporté au 18 fructidor, arborant la cocarde blanche en 1814, et fixant ainsi l'indécision des souverains; ils s'obstinaient à vouloir que l'homme fût un être abstrait, sans passion, au lieu d'étudier, de ranimer les passions généreuses , et de les faire servir au triomphe de la monarchie.

Comme le parti royaliste a un but déclaré, il n'a jamais eu d'autre dénomination. Ni sés ennemis, ni lui-même ne l'ont désigné autrement. Il a toujours été appelé le parti royaliste. Ce parti a eu dans son sein diverses nuances d'opinion; mais elles se rattachaient toujours à la royauté; c'était toujours le parti royaliste. Il ne changeait point sa dénomination, lors même que ce nom exposait aux plus grands périls.

La faction, au contraire, ayant toujours un but secret qu'elle n'osait avouer hautement , a sans cesse adopté des noms différents. Les hommes qui la composaient se sont appelés les amis de la biberté, les patriotes, ensuite les républicains, puis les sans - culottes, afin de mieux caresser l'égalité; puis encore les libéraux et les constitutionnels, afin de paraîtré attachés à la Charte.

Tout cela posé, il est évident que si la faction a mis plus de chaleur, plus de mouvement dans sa marche que les royalistes, elle a dû triompher;

elle le devait d'autant plus, que le parti royaliste est embarrassé dans sa marche par ce gros bagage des honnêtes gens, dont les peurs continuelles, les envies, les jalousies, l’ineptie politique dessèchent toutes les sources de succès.

Le principe conservateur de la Constitution anglaise, depuis plus d'un siècle, est le noble esprit de parti.

Çet esprit 'est inhérent au gouvernement représentatif. Il est fondé sur des vertus, la franchise et la loyauté. Seul il

peut résister à l'esprit de faction. Dans un pays libre, le gouvernement doit avoir un parti déclaré et marcher à sa tête, l'entraîner. le diriger. Par cette conduite, il ralliera insensiblement tout les esprits, ne verra plus de faction, mais seulement des partis formés par

des nuances d'opinion. Alors ces partis, loin d'être nuisibles, fortifient le caractère national et donnent de la vigueur au gouvernement.

Ce n'est point la révolution de 1830 qui m'inspire toutes ces réflexions. Je n'ai cessé de les énoncer, de les imprimer, de les soutenir. J'ai toujours montré le plus profond mépris pour vos principes politiques, et la plus haute admiration pour les maximes politiques. En vain vous écrivez d'une simplicité niaise ce beau principe :

La personne du roi est inviolable et sacrée; à quoi vous a-t-il servi? A-t-il empêché l'assassinat, l'expulsion, l'abdication? mais une seule maxime aurait tout sauvé. La maxime de soutenir, d'encourager, de fortifier le parti royaliste. On a fait le contraire.

Le ministère était alors le centre des intrigues de touts les partis, excepté du parti royaliste. Comme il ne se prononçait pas, chacun voulait l'attirer à soi. On se plaignit dans la Chambre des députés des tiraillements qu'elle éprouvait et des orages qui en résultaient. Cela me conduisit à me prononcer fortement à la tribune pour la manifestation libre des pensées dans les débats de la Chambre.

« La pensée, ajoutai-je, est moins dangereuse, « lorsqu'elle se manifeste par les paroles que par « les intrigues. Les intrigues! à ce seul mot, mon « caur se soulève, le dégoût s'empare de moi.

Depuis six ans les intrigues font le malheur « de la France. Les intrigues! rappelez-vous les « choses dont vous avez été témoins au moment « où la session s'est ouverte, avant même qu'elle « ne fût commencée. Rappelez-vous ces mots « magiques qui ont bourdonné autour de vos « oreilles, et qui parfois, à l'aide d'une co« terie, y ont pénétré. Mais ces intrigues ont

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« été déjouées. Un noble courage, encore em« preint du bon sens de la province, les a fait ( évanouir.

« Suivant moi, les intrigues sont mille fois plus dangereuses que les factions; car les fac« tions agissent ouvertement. Si je n'ai pas la « force de les combattre, du moins je puis me « tenir sur mes gardes. Les factions donnent du « courage à ceux qui ont le malheur d'y entrer, « comme à ceux qui ont la noble ambition de « les attaquer; et je ne crois pas que l'homme « ait été créé pour autre chose que pour

le « courage.

« Les intrigues ne peuvent être combattues de « front, parce qu'elles se cachent dans l'ombre. « Elles sont partout, et ne sont nulle part.

Elles « avilissent les plus nobles caractères. On a dit ( au commencement de la révolution un mot « célèbre qui est devenu une prophétie : Nous

périrons d'un coup de bonne intention. Et « moi, je dis maintenant : Nous périrons par les « intrigues, parce que les intrigues empêchent

de former un parti vigoureux, seul capable d'attaquer et d'écraser les factions. Le danger « n'est pas dans la manifestation des pensées dan« gereuses, mais dans la captivité des bonnes

pensées. Cette captivité les empêche de se pro

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