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les efforts de leurs adversaires, quoique secondes par la conduite du gouvernement, échouèrent dans le plus grand nombre des colléges; mais c'était toujours un grand mal d'avoir mis les partis en présence, d'avoir montré aux libéraux à quel point ils pouvaient séduire et entraîner le gouvernement.

Remarqueż attentivement que les libéraux alors n'entraînaient pas l'opinion des électeurs; mais qu'ils subjuguaient le gouvernemeut. Vous verrez leur force aller toujours en croissant, jusqu'en 1827, qu'ils subjuguèrent les électeurs, mais en profitant des fautes du gouvernement. Je vous prie de bien remarquer ce moment si important, et cette situation qui préparait des résultats inévitables : les libéraux subjuguant le gouvernement, sans pouvoir encore entrainer les électeurs.

Voilà donc, en 1816, le parti royaliste encore plein de vie et de chaleur; dans dix années, vous le verrez entièrement changé et divisé. Que dis-je ? vous le verrez, dans un extrême aveuglement, s'unir dans les élections au parti qu'il avait combattu jusqu'alors. Qui peut avoir amené cet étrange, cet inconcevable résultat, si ce n'est le gouvernement ? Eh quoi! l'histoire nous montre toutes les nations se précipitant dans la route

que leur imprime le pouvoir; nous voyons un Henri VIII, une Élisabeth façonner à leur gré le peuple le plus vigoureux, un Cromwell le dominer, Gustave III relever en quelques jours un trône plongé dans l’abjection, Charles V, Henri IV, Louis XIV tout changer à leur seule apparition, Bonaparte maîtriser touts les partis; et l'on n'attribuera pas au gouvernement de nos quinze années les choses si étranges que nous avons vues, le découragement, la désunion des royalistes, la puissance et le triomphe d'une faction!

Et revenant sur la dissolution de la Chambre de 1815, je vous dirai : Toutes les catastrophes ont toujours une dernière cause, qui suit toutes les autres, et achève ce que les causes précédentes ont commencé.

La dissolution totale de l'Assemblée constituante a précipité Louis XVI du trône; la dissolution de la Chambre de 1815 a

préparé le découragement des royalistes et fortifié les libéraux; la dissolution d'une autre Chambre, en 1827, dans laquelle le gouvernement avait la très-grande majorité, et au milieu de la plus extrême fermentation des esprits, a imprimé une violente secousse au trône; et enfin une dernière dissolution, en 1830, a donné le dernier ébran

lement. Touts les évènements qui ont porté le dernier

coup

à la monarchie ont été pendant quatorze ans la suite et l'effet de ces trois dernières dissolutions.

Je n'écris point des choses vagues, je ne fais point de phrases déclamatoires, suivant la maladie de notre temps; je dis des choses positives, je remonte aux causes.

Ces causes étaient toutes des concessions exigées par la démocratie, et accordées

par

la faiblesse des ministres. Ces concessions mirent le parti démocratique en état de profiter de l'avantage immense que

lui offrirent les dissolutions dont je viens de parler.

Pendant les cinq années que j'examine dans ce moment, la conduite des ministres diminuait touts les jours la force de l'autorité royale. Combattus

par les royalistes, ils étaient soutenus par les libéraux dans les choses et dans les lois qui affaiblissaient l'autorité royale, et repoussés par eux dans les choses qui ne remplissaient pas leurs espérances. Placé ainsi entre les deux partis, le ministère n'avait plus pour lui qu’un petit nombre d'hommes attachés personnellement à soutenir son autorité, pour leur intérêt particulier. Il venait d'en augmenter le nombre par la scandaleuse distribution de ses faveurs pécu

niaires dans l'emprunt de 14 millions. Je détaillerai bientôt cette indigne opération.

Par leur système, les ministres étaient à la fois les hommes du roi et les tribuns du peuple. Ils suivaient l'exemple que leur avait donné M.Necker, ils étaient dans la même position; ils avaient par conséquent placé le roi, dans la position d'où son malheureux frère fut précipité dans un abîme.

A ces causes fécondes et toujours agissantes, se joignait la conduite d'étrangers influents, profondément ignorants des grands intérêts de l'ordre social en Europe. M. Fiévée a dit avec raison dans le Conservateur : « J'ai toujours cru qu'au« cun cabinet de l'Europe n'avait connu et ne « connaissait la révolution française. » Il ajoute : « On n'aurait jamais pu prévoir que le rétablis« sement des princes légitimes, que ce parti « unique serait pris par nécessité et non par cal« cul, et que tout le temps perdu en demies « mesures donnerait

par les faits un nouvel as( cendant aux doctrines de la révolution. Ef« fectivement, l'Europe entière s'est coalisée; les «« Bourbons sont revenus deux fois aux acclama« tions de l'immense majorité des Français ; et « non seulement l'esprit de la révolution domine << encore touts les intérêts de la France, mais il

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« s'étend bien au-delà de nos frontières, et me« nace hautement ceux qui n'ont su le vaincre « qu'autant qu'il se présentait armé. »

Ces réflexions étaient frappantes, et le sont bien plus encore depuis la révolution de 1830.

La plus grande erreur de cette diplomatie, avec ses longs protocoles en style embrouillé, a été de croire travailler à l'affermissement des trônes, en flétrissant celui des Bourbons. Rien ne pouvait flétrir à la fois touts les trônes plus que ne l'avait fait le traité de Paris, et les honteuses stipulations de ses pages, et la défense signifiée au gouvernement français de ne jamais rétablir les fortifications d’Huningue. Et j'ai entendu, ô honte ineffaçable! des Français faire un sujet de gloire à un ministre de ce déplorable traité, et vanter son crédit sur l'empereur Alexandre. Il est vrai que c'étaient des hommes d'esprit, dont rien ne peut étonner. Mais, tandis qu'ils parlaient ainsi, les Français qui conservaient quelque fierté annonçaient les malheurs inévitables toujours produits par les choses hon

teuses.

Les monarques n'ont pas conçu alors combien l'éclat et la force de leurs trônes dépendaient de la dignité de la couronne de France; mais, quand ensuite ils ont vu quatre trônes ébranlés à la fois,

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