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que cette

la mutinerie près d'eux, et tout cela partir de la France, partir de la marche suivie par un homme qu'ils avaient placé et soutenu dans le ministère français, croyez-vous que leurs ministres aient ouvert les yeux sur cet immense intérêt social de l'Europe ? Non; ils sont toujours restés dans le même aveuglement.

Je n'ai rien vu de si extraordinaire diplomatie : elle a été une des causes de la route si funeste suivie

par

le duc de Richelieu ; elle se permettait des plaisanteries contre le parti royaliste; elle riait de ses alarmes, et appelait ses nobles sentiments des exagérations, comme le marquis de Bonnay, diplomate de même force. Pauvres hommes! qui ne se doutaient pas que leurs dîners, leurs fêtes, leurs plaisanteries seraient bientôt suivis de tempêtes effroyables jusque dans la Russie, en face des empereurs Alexandre et Nicolas.

Les , évènements n'ont que trop prouvé qui d'eux ou de nous, de nos alarmes qu'ils disaient exagérées, ou de leur prévoyance que nous disions aveugle, de nos gémissements ou de leurs moqueries, lisaient mieux dans l'avenir ; ils osaient y joindre la menace. En 1816, j'ai entendu répéter la sentence prononcée par l'un d'eux : « Nous serops obligés de mettre dans

« notre protocole les exagérations du parti roya<< liste. » Cette menace faisait pâlir ceux qui l'avaient entendue, et qui la répétaient. C'étaient de braves gens, bien doux, bien modérés: étaientce des hommes ? Je l'ignore.

Gustave III, écrivant à un de ses ambassadeurs, fait des phrases à grands mots et embrouillés, sans aucun sens positif; et il ajoute : « Eh bien! n'ai-je pas bien attrapé le langage « de la diplomatie ? Si vous y comprenez un « mot, vous êtes bien habile. Pour moi, qui « vous écris ces belles phrases, je n'y comprends « rien. Cependant, voilà une grande partie du « profond sçavoir de ces messieurs. »

C'est un plaisir de voir un roi d'un grand caractère juger ainsi cette science des diplomates. Il aurait dit bien autre chose, s'il avait vu ceux dont je parle, lui qui, dès les premiers jours de la révolution, la jugea si bien. Il écrivait : « Cette « révolution étonnante va jeter toute la politique « de l'Europe dans le chaos. »

Loin de s'élever aux plus hautes considérations, d'avoir l’æil toujours fixé sur l'ordre social de l'Europe, sur le repos des peuples, si dépendant du repos de la France; bien loin de rendre respectable aux regards des Français le retour de Louis XVIII, ces diplomates sem

blaient chercher touts les moyens de le flétrir: ils n'étaient occupés qu'à arracher de misérables sommes pour les grands et les petits Etats ; qu'à retrancher nos frontières, et ajouter à des stipulations d'argent des clauses ignominieuses pour le trône, et injustes envers un peuple qui concourait à la paix générale, en rétablissant ce trône, envers un peuple à qui le généralissime des alliés avait dit dans sa proclamation : Nous ne faisons pas la guerre au peuple français, mais à Bonaparte. Et après cette déclaration, on le traitait en peuple ennemi, en peuple conquis, tandis qu'il ouvrait aux alliés ses places fortes !

Pas un de ces diplomates n'éleva ses pensées aux grandes considérations de l'ordre social en Europe. Ce qui montre la faiblesse d'une tête chargée de grandes affaires, c'est de ne pas voir le point principal, le point menaçant, d'où l'orage peut encore partir; c'est de ne pas apercevoir les éclairs qui brillent à l'horizon.

Tel était l'aveuglement de cette diplomatie, qu'elle ne s'apercevait pas qu'après des efforts inouis pour

combattre un peuple qui, tantôt par l'anarchie, tantôt par les victoires, ébranlait l'ordre général de l'Europe, elle allait, après le succès, contre le but qu'elle s'était proposé, non

le point

seulement en blessant ce même peuple dans le moment où il revenait à des idées différentes, mais encore en favorisant chez ce peuple un système de gouvernement qui relevait la démocratie. Un ancien adage dit avec bon sens : La fin couronne l'ourage. C'est dans la fin de nos actions, comme dans la conclusion d'un discours, que s'en montrent le mérite et la beauté. Ne

pas achever un ouvrage commencé si péniblement, prouve une faiblesse de vues et une légèreté d'esprit inconcevables dans des hommes qui se donnent toujours un air de prudence et de profondeur.

M. de Metternich gouverne sans doute avec habileté les Etats de l’Autriche, puisqu'ils jouissent de la plus grande tranquillité. J'admire ses talents et sa haute capacité; mais il fut toujours plongé dans cette grave erreur sur la France, qu'a signalée M. Fiévée dans le passage que je viens de citer. Il n'a jamais connu la force et les desseins de la faction qui nous travaillait ; il n'a pas vu que la marche de M. de Richelieu relevait et encourageait cette faction : il penchait en faveur de ce parti contre le parti royaliste, ainsi que le duc de Brunswick, à la tête de l'armée prussienne, en 1792. I eut un faible retour à une opinion différente, pendant le congrès d'Aix

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la-Chapelle; mais il retomba dans ses premières idées. Lorsque Mme la princesse de Metternich était à Paris, elle vit la vérité ; elle lui écrivit pour le détromper, et j'appris qu'elle n'y réussit que

bien difficilement. Peu nous importerait sans doute l'opinion des étrangers, si elle n'avait contribué, en 1816, à égarer le gouvernement : elle contribuait puissamment à donner à Louis XVIII des préventions contre le parti royaliste. Ce

genre de fautes si graves était inspiré à de petits génies par de petites vues incapables de voir dans les intérêts de la France l'intérêt de l'ordre social en Europe. Au lieu de proclamer une sainte alliance, expression vague qui ne présente rien à l'esprit, il fallait proclamer l’union des trônes pour maintenir l'ordre social; il fallait considérer l'Europe comme une vaste réunion fédérative, sous le rapport de l'ordre social.

Une faute de la même espèce que la marche dont je parle, avait été commise en 1793. Le prince de Cobourg, commandant les armées autrichiennes, déclara par une proclamation

que toutes les places qu'il prendrait seraient gardées en dépôt, pour les rendre à la France après le retour de l'ordre public. Notre armée du Nord, indignée du meurtre récent de Louis XVI, se

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