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Viens contre moi me secourir:
Car que seroient mon repentir
Et cette raison passagère
Loin de l'exemple salutaire,
Et du sein discret d'un ami?
Ainsi cette vigne fragile
En plein vent, seule et sans abri,
Etendroit sa 'souche inutile
Et languiroit dans nos sillons :
Mais que cet ormeau la protège,
On voit reverdir ses bourgeons;
En vain la tempête l'assiège:
Les deux arbres toujours amis,
Joints par goût et par voisinage,

"redoublés de l'orage Offrent leurs rameaux réunis.

Aux coups

1

Tandis qu'ennuyés de leur être
T'es sens mollement assoupis
Dorment (et sans besoin peut-être):
Déjà, dans nos champs rafraîchis,
La nuit avec lenteur s'efface,
Et semble à regret faire place
Au jour renaissant qui la suit,
Mon oeil, avant le tien, jouit
Des feux dont le ciel se colore,
Et c'est aux rayons de l'Aurore
Que se rallume mon esprit;
Quand la nature enfin s'éveille
Ami, tu dors; et moi je veille.
Quitte le duvet corrupteur
Et viens partager ma journée:
Je veux à ton ame étonnée
Montrer le tableau du bonheur,

Près' de sà paisible chaumière,
Vois ce vieillard sexagénaire
Quittant sans peine un

dur chalit,
Po ir guetter ce qu'ont fait éclore
Les tendres vapeurs de l'aurore
Et l'humidité de la nuit.
Vois son front qui s'épanouit
Aux doux plaisirs de l'innocence;
Ses pois sont plus verds, plus touffus;

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Son

Son bled promet plus d'abondance,
Et cet arbre un bouton de plus :'
Sans doute, heureux dang så misère,
Il ne voit pas hors de sa sphère,
N'imagine pas d'autre bien,
Subsiste et ne désire rien.

Viens contempler cette prairie Où la nature rajeunie, Sur un lit parsemé d'odeurs, Se couronne d'herbe et de fleurs. Dans cette riante peinture Jusqu'ici mon aveugle instinct Ne vit qu'une tendre verdure, La production du matin, Qu'arrosent les pleurs de l'Aurore, Et que

bientôt, à son retour, Le soleil anime et colore Des feux étincelans du jour; Mais tout ce qu'une nuit amène, Ce lis né d'hier, meurt aujourd'hui; Ce gazon qui germoit à peine En répand l'ombre autour de lui; Ces boutons morts avant d'éclore; Cette rose dans sa beauté. Qui ne verra pas l'autre Aurore; Celle- ci -qui croît-à côté Des dépouilles de ses compagnos; La Mort et la fécondité Partagent ainsi nos compagnes; Aux yeux du sage observateur N'est-ce pas la touchante image D'un monde séjour de passage, D'illusion et de malheur?, Ainsi dans ce gai paysage, Où nos sens ne font que jouir, Et jusques, au sein du plaisir, Tout devient leçon pour le sage.

Regarde au bas de ces coteaux Ce canal qui, presque immobile, Roule, sans murmure et sans flots, Son eau transparente et tranquille;

Un peu plus loin, vois ce torrent
Se précipiter des montagnes,
Furieux, rapide, écumant,
Porter l'effroi dans nos campagnes.
Sans digues, sans bord et sans lit,
Ses flots, dans leur fougue incertaine,
Grossis de limon et d'arène,
Trompant souvent l'oeil qui les 'suit,
Cédent au vent qui les entraine,
Dans l'un, ami, reconnois-tu
Le calme fortuné du sage
Qui vit au sein de la vertu,
Exempt de tumulte 'et d'orage;'
Dans l'autre, le flux orageux
D'une ame inquiette, agitée,
Qui, dans son trouble impétueux,
Par les passions emportée,
Est le jouet de tous ses voeux.

Ami quel spectacle vous frappe! () matin! jour délicieux! Prodige qui naît sous nos yeux, Et qui si souvent nous échappe! Quelle main conduit ce soleil ? Vois, comme ménageant la terre, ll suspend sa pile-lumière, Et lui prépare un doux réveil : Vois ce lointain où l'oeil s'égare, Ebloui par mille faux jours; Cette nature toujours rare, Quoique se répétant toujours ; Ce ciel et soni vaste silence; burn Rentre eri toi-même, admire et pense Eh! qui ne penseroit ici?, Qu'on y porte cet Automáte Dont aucun sentiment ne flatte Le coeur insensible et flétri; Ce riche dont l'ame engourdie Est sans passions, sans essor; Ce sage ennuyé de la vie, Et bien plus malheureux encore, Qui désespère de lui-même, Et ne pense plus par système;

Ils sentiront leurs yeux s'ouvrir
Par une magique puissance;
Et leurs ames s'épanouir
Au doux souffle de l'existence.

Mon ame ici s'occupe en paix.
Plus active et plus étendue,
Sous un fidèle point de vue
Elle s'y peint tous les objets.
Que mie paroît će globe immense?
Un prodige pour mon esprit,
Un jeu pour le Dieu qui le fit,
Et la preuve de sa puissance.
Votre fortune et ses bienfaits ?
Un faux-jour que la mort effacé.
La ville et ses riches palais ?
Un point dans un immense espace,
Sejour de l'ennui, des forfaits, i
De l'erreur et de ces regrets,
Hélas! inconnus sous le chaume.
Ei l'homine enfin ? Un foible atome,
Un malheureux individu,
De tous le plus parfait peut-être;
Mais quand il connoît la vertu,
Et qu'il n'avilit pas son étre.
Mesuré - je cet horison;
C'est
pour

moi la fin de la terre:
Ainsi, me dis-je, ma raison
Se meut dans une étroite sphère;
Ainsi l'entendement humain
Ne peut percer dans la nature;
Au delà d'un certain lointain
Il ne voit que par conjecture:
Le peuple halé de ces déserts
Où, dit-on, se lève l'aurore
Ei se termine l'univers,
Voit un autre horison ericore,

Porté-je mes regards au ciel,
Y vois-je cet ordre éternel,
Cette magnifique barmonie,
Dans tous les âges, en tout lieu,
La même et jamais affoiblie:

/

· Tout m'avertit qu'il est un Dieu.
Mais ce Dieu quel est donc son étre,
Son séjour, son culte, sa loi ?
Oh, quand et comment le connoitre ?
Qui peut vers lui guider ma foi ?
A travers tant de faux oracles,
D'erreurs, de superstitions,
De vrais ou prétendus miracles,
Quelle est donc la religion
Et la meilleure et la plus pure?
Ah! toutes le sont å ses yeux,
Lorsque rien ne les défigure,
Quand c'est le cri de la nature,
Du coeur et d'un coeur vertueux.
S'il ne vouloit qu'un seul hommage,
Un seul culte,', une seule loi,
Il descendroit sur un nuage,
Et diroit: Terre, adore-moi.
Mais pourquoi cacher cette 'loi
Et me la tenir inconnue ?
Pourquoi ce bandeau sur ma vue ?
Ce ciel, entre son trône et moi?
Mortel! arrête,

Il est ton maître.
Est-ce à toi de le définir?
Et pour l'aimer, pour le servir,
Qu'est-il besoin de le connoître ?
Regarde ce soleil, ami,
Il fera baisser vers la terre,
Ton oeil promptement ébloui;
M is contemple cette hémisphère
Eclairé de son seul reflèt,
Et quand ce jour est son bienfait,
Ose douter de sa lumière !
Que mon ame dans son essor
Est un miraculeux problème!
Mécanisme dont le ressort
Se cache et m'échappe å moi-même!
Source féconde en volupté!
Infidelle ét fragile glace,
Où l'erreur et la vérité
Tour-d-tour se peint ou s'efface!
Souffle

par

l'écho de mes sens! Céleste et lumineux phosphore!

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