Images de page
PDF
ePub

Il ne reste donc rien, dira-t-on, de cette coustitution anglaise si vantée, de ce gouvernement si admirable par ses contrepoids , et qui a fait la prospérité, la prépondérance de la GrandeBretagne ? Londres n'est donc plus qu'une autre Constantinople, le roi constitutionnel un sultan, et le chancelier de l'échiquier son premier vişir ?

Non : l'on se tromperait si l'on se formait

et sont toujours tentés d'accuser d'exagération et de déclamation toute espèce de plainte ; nous allons placer ici un tableau de la formation de la Chambre des Communes. Il est tiré de l'Histoire des bourgs d'Angleterre , par OLDFIELD, éd. de 1816, tom. iv, p. 300, : ;

MEMBRES ,

des COMMUNES."

300

89 Pairs , en Angleterre et Galles, élisent...... 218
21 Pairs, en Écosse, élisent................... 31
36 Pairs, en Irlande, élisent................... 51 )
90 Propriétaires de bourgs (bourgs pourris), en

Angleterre et Galles, elisent.... ......... 137 14 do. En Ecosse, élisent....................... 14 19 dø. En Irlande, élisent.........

........... 20 ) Membres élus par le gouvernement lui-même comme

propriétaire..... Membres élus par le peuple (seules nominations qui soient indépendantes , mais où le gouvernement exerce encore une grande influence de séduction.).........,

TORAL des memdues de la Chambre des Communes.

....................

[ocr errors][merged small][merged small]
[ocr errors]
[ocr errors]

nce

cette idée du gouvernement anglais. C'est un despotisme, d'accord; les anciennes garanties légales n’existent plus , d'accord; mais des habitudes nationales , des opinions généralement répandues , l'indépendance des 'tribunaux et de quelques autres corporations, établissent des contrepoids tellement puissans contre l'autorité ministérielle ; les ministres sont en conséquence obligés d'user de leur autorité avec un telle mo. dération , non pas dans la corruption dont ils font usage , mais dans les rigueurs qu'ils exer.cent, que cette machine vicieuse, attaquée de la pourriture qui la fera tomber , peut encore marcher quelque temps. C'est au reste tout ce que prétendent ceux qui en profitent. Un homme qui jouit abusivement de 4 ou 500,000 fr. de revenu tous les ans , se dit à lui-même : Pourvu que je réussisse à faire croire pendant sept ou huit ans encore que le bon ordre est lié à mon autorité, pourvu que j'éloigne toute réforine en faisant peur aux bonnes gens d'une révolution , c'est tout ce qu'il me faut. Au bout de ce temps que l'Angleterre soit bouleversée , peu m'importe ; avec les millions que j'en aurai tirés, je vivrai bien partout ; et l'on van- . tera mon habileté par-dessus le marché.

Un petit nombre d'amis de l'humanité et de

m

leur pays, qui voudraient bien éviter que le monde fût bouleversé plus tard (1) pour laisser à quelques milliers de privilégiés le loisir de faire leur main , élèvent la voix et cherchent à persuader à la nation dont la volonté fait toujours la loi par son irrésistible masse , que les réformes sont l'unique moyen d'éviter les catastrophes, et que, parmi ces réformes, il en est une qui les comprend toutes : celle de la RePRÉSENTATION NATIONALE , parce que, quand les intérêts. des administrés sont représentés , tout est sauvé : l'administration est obligée de rendre comple, non des semblans de compte ,

ta

un

(1) Les hommes qui ont vécu en France pendant le règne de Bonaparte , savent que, lorsqu'on blåmait ces plans désastreux qu'il appelait système continental, ces impôts énormes, au moyen desquels il salariait des satellites nombreux sous le nom de sénateurs, de maréchaux, d'évêques , de ducs , de princes et de rois ; que lorsqu'on blâmait ces levées de trois cent mille hommes par an, et ces guerres injustes, ces ravages prolongés exercés du Guadalquivir à la Moskowa, les bonnes gens désapprou. vaient de semblables propos, et disaient aux mécontens: Vous voulez donc nous replonger dans une révolution ; comme si cette pillerie sanglante n'était pas pire qu'une révolution , et comme si définitivement un mauvais réa gime ne devait pas amener'une révolution."

dont l'approbation est achetée d'avancé, mais de prouver véritablement que tout ce que le public sacrifie de son repos, de sa liberté et de son argent, tourve au profit du public. . ..

Telle est la cause vraiment nationale , vraiment grande que Jérémie Bentham entreprend de défendre dans cet écrit, qui nous est parvenu au moment où nous achevions de rendre compte, dans le dernier volume, d'un ouvrage du même auteur. Dans celui-ci , comme dans le précédent , comme dans tous , respire l'amour sacré du bien public, la vertu des grandes ames. Nous croyons que nos lecteurs seront d'autant plus satisfaits que nous le leur fassions connaître; qu'il ne sera vraisemblablement jamais traduit en français, parce qu'il traite des intérêts de F'Angleterre spécialement , qu'il fait perpétuellement allusion à des hommes , à des intérêts , à des événemers même qui ne sont pas connus , et qui par conséquent ne sont pas compris hors de l'enceinte de l’Angleterre ; tandis que le fond est' excellent, et doit paraître précieux à tous les peuples qui aspirent à une véritable représentation nationale..

Le plan de réforme de Benthàm est exposé dans une espèce de catéchisme. L'auteur se demande d'abord quelle est la fin qu'on doit se

proposer en cherchant à avoir une représentation; puis quels sont les moyens d'atteindre ce but; et enfin quels sont les inconvéniens qui accompagnent les élections, et quels moyens oui peut employer pour éviter ces inconvéniens ?

Toutes les questions et les réponses que fait naître la matière , sont réduites à leurs moindres termes, et à une concision qui oblige le lecteur à peser attentivement toutes les expressions. Aussi, toute cette partie de l'ouvrage, qui en constitue la partie essentielle, est-elle contenue dans cinquante-deux pages, tandis que l'Iniroduction, où l'auteur traite de la nécessité d'une réforme dans la représentation nationale d'Angleterre, occupe à elle seule trois cent treniesept pages:

Pour suivre la marche du livre, nous commencerons par donner une idée de cette introductiod.

L'alleur établit d'abord qu'il y a dans la nation anglaise, comme dans beaucoup d'autres , deux classes, dont l'une immense y ingénieuse, active, produit, par le moyen de son industrie et de ses capitaux, tout ce qui satisfait, chaque année, aux besoins de la grande communauté; et dont l'autre, sous le prétexte de maintenir le

« PrécédentContinuer »