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- Il fallait que cette armée vécût. La chambre des communes décréta uine levée d'argent sur la ville de Londres ; mais le conseil de ville répondit qu'il était résolu de pe rien donner qu'entre les mains d'un parlement libre et complet (1). Monck allait voir la famine gagner son camp ; il se conduisit en général et en vainqueur. « Il » faut un exeniple , dit-il, aux comniunes, et » je veux le faire ; quelques têtes tomberont, » la ville sera démantelée; alors, il faudra bien pqu'on cède (2). ». s ...

Les communes lui donnèrent, en tremblant, l'ordre d'exécuter ce qu'elles ne pouvaient lui de fendre. L'armée. de Monck fond sur Londres, parcourt toute la ville, et, malgré les cris du peuple, arrache de leurs demeures les membres du conseil, les chefs de la milice et plusieurs citoyens; elle enlève les barricades et les chaînes des rues, brise les portes et les ouvrages de défense, puis , avec une dignité insultante ,

(1), They declared that they would never submit to any imposition that was not granted by a full and free + parliament. »

(Echard's history , liv. 111, chap. $14.) (2) Mémoires de Ludlow, tom. II.

retourne dans ses quartiers pour y attendre l'effet de la punition (1). : ; . ;

Deux jours après, il sort du camp un ordre qui signifie au parlement de se dissoudre au terme d'une semaine, et de faire place à une autre assemblée , et qui annonce au conseil de ville que le colonel le convoque à Guildhall où il va se rendre (2).

Monck voulait un autre parlement; les citoyens voulaient un parlement libre. Mais le dessein de cet homme pouvait-il être conforme au voeu de ceux à qui il venait d'être si terrible. Ils espérèrent pourtant. Lorsque Monck traversa la ville , des milliers d'hommes se précipitèrent sur son passage; un parlement libre! un parlement libre ! s'écriait-on de toutes parts; Monck ne répondait rien. Quand il retourna, les mêmes cris redoublerent; on interrogeait son visage ; Monck

(1) Neglecting the cries of the people, he entered the city in a military manner; he apprehended as many as he could of the proscribed persons whom he sent to the tower, with all the circumstances of contempi, he broke the gates and portcullises; and having exposed the city to the scorn and derision of all who hated it, he retarned in triumph to his quarters at Westminster.

(Hume's history, chap. Lxu.) (2) Hume's history, chap. LXII. , , , ,

restait muet , et les traits froidement immobiles. Un officier qui le suivait, par un effort de pitié, prononça :.. Oui, vous aurez un parlement »> libre », et à ces mots tout ce peuple , comme une troupe d'enfans, fut saisi d'une joie immodérée. Les cloches sonnèrent, on alluma des feux, on fit des l'epas, et l'on se promit un parlement libre (1). ; Il y a quelque chose d'amer dans cette folie d'espérance qui s'empare de tant d'hommes à la fois. Un soldat étranger à leur race, serviteur né de leurs premiers maîtres, serviteur acheté de leurs seconds maîtres, devenu traître à ceux-là, quand ils eurent tout perdu, et aux autres quand ils furent menacés de tout perdre; qui avait ré, tabli les communes pour lever. de l'argent sans combattre, qui avait frappé en ennemi ceux que les communes ne pouvaient contraindre à lui apporter le tribut, maintenant qu'il voit le succès de son exécution, et que la ville est docile au sabre, chasse le parlement comme on brise un lévier usé (2). Cet homme garde l'air d'un maître au milieu des citoyens; il est muet à leurs

(1) Coke's detection, etc: , tom. 11.'....

(2) Le conseil de ville, à son assemblée , avaij derné 30,000 livres sterling.

acclamations , et les citoyens, parce qu'il ne rebute pas leurs voeux, croient qu'il les accueille, et se réjouissent. Cet excès de confiance est le signe d'une excessive misère. i i irin

Cependant, l'armée anglaise se ralliait. Lambert, lieutenant-général, se mit à la tête de tout ce qu'il y avait de forces rassemblées. L'armée de Monck, grossie par les désertions, était à peu prés égale'en nombre. Mais la possession de l’Angleterre ne devait pas être long-temps disputée ; au premier combat, les soldats mercenaires se préparaient à suivre le vainqueur. La fortune se déclara' pour Monck; ses adversaires vinrent peupler son camp; toute l'armée anglaise' reçut ses ordres ; tout le pays devint sa conquête. Dès ce moment', il fut, selon la force du mot, le Roi de l'Angleterre (1).“ ...

Mais George Monck avait passé toute sa vie à la solde d'un chef. L'habitude d'être un agent mercenaire s'était fortifiée en lui par l'âge ; après avoir servi quarante ans, il n'eut pas le courage d'être maître (2). Un vertige le saisit quand il se

(1) V. ire. partie , page 21. Now Monck, with a better authority, and more applause than Cromwell had might have set up himself for protector, or what he pleas'd.

... (Coke's detection, etc., tom, 11.) (2) But from such exorbitant projects, the natural

vit général d'armée , et possesseur souverain d'une terre de dix millions d'hommes. De peut d'être accablé sous ce poids nouveau pour lui, il s'en déchargea aussitôt ; il vendit sa place et la conquête. !:

Le long parlement s'était dissous le 16 de mars, et le 25 d'avril une nouvelle chambre était assemblée. C'était ce parlement dont les citoyens s'étaient promis si gratuitement la liberté. A la première séance , ils virent ce qu'ils auraient dû attendre, et ce que Monck pouvait donner (1). Au lieu de ces voeux d'indépendance, de ces appels au courage des sujets qui avaient jusques-là retenti dans les communes, on n'entendit que des imprécations contre la mémoire du général Cromwell et contre ceux que Monck avait vaincus (2). Les députés des sujets féliciterent les sujets d'avoir passé à d'au: tres maîtres. Ce n'était pas pour cette simple succession que, vingt ans auparavant, les mal

tranquillity of his temper, the calmness of his genius , not to mention his age, now upon the decline, seent to kave set him at a distance. . .

(1) Il faut lire dans Ludlow comment se firent les élections libres. (Voy. tom. 11 des mémoires.').

(2) Hume's history, chap. LXII. '

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