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sous Jouarre consederunt. Quae consilia ineant, quid fratres Lutetiae animi habeant , tam ignoro quam in ultima agunt

Aquitania. - A
Ex monte Argi, 4.

Cette lettre se trouve dans le n° 112 des manuscrits de la Bibliothèque de Genève,

qui a pour titre : Lettres à Calvin.

No 64.

DERNIER FRAGMENT DU CHAPITRE DES OEUVRES DE BERNARD PALISSY , OU CET AUTEUR RACONTE LES PREMIERS COMMENCEMENTS DE LA RÉFORME DANS QUELQUES PARTIES DE LA SAINTONGE, ET L'ÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE DE SAINTES.

Lorsqu'ils ont eu liberté de mal faire, ils ont montré extérieurement ce qu'ils tenoyent caché dedans leurs misérables poitrines : ils ont fait des actes si misérables, que j'ay horreur seulement de m'en souvenir, au temps qu'ils s'esleverent pour dissiper, abysmer, perdre et destruire ceux de l'Eglise reformée. Pour obvier à leurs tyrannies horribles et execrables, je me retiray secrettement , en ma maison , pour, ne voir les meurtres, reniemens et destroussemens qui se faisoyentès lieux champestres; et estant retiré en ma maison l'espace de deux mois, il m'estoit avis que l'enfer avoit esté desfonsé, et que tous les esprits diaboliques estoyent entrez en la ville de Xaintes; car au lieu que j'entendois un peu auparavant pseaumes, cantiques et toutes paroles honnestes d'edification et bon exemple, je n'entendois que blasphemes, bateries, menaces, tumultes, toutes paroles miserables, dissolution, chansons lubriques et detestables, en telle sorte, qu'il me sembloit que toute la vertu et saincteté de la terre estoit estouffée et esteinte : car il sortit certains diabletons du chasteau de Taillebourg, qui faisoyent plus de mal, que non pas ceux qui estoyent diables d'ancienneté Eux entrans en la ville, accompagnez de

certains prestres, ayans l'espée au poing, crioyent : Où sont-ils? Il faut couper gorge tout à main, et faisoyent ainsi des mouVans, sachans bien, qu'il n'y avoit aucune resistance; car ceux de l'Eglise reformée s'estoyent tous absentez : toutesfois pour faire des mauvais, ils trouverent un Parisien en la rue qui avoit bruit d'avoir de l'argent : ils le tuerent, sans avoir aucune resistance, et en usant de leur mestier accoustumé, le mirent en chemise devant qu'il fust achevé de mourir. Apres cela, ils s'en allerent de maison en maison, prendre, piller, saccager, gourmander, rire, moquer et gaudir avec toutes dissolutions, et paroles de blasphemes contre Dieu et les hommes, et ne se contentoyent pas seulement de se moquer des hommes, mais aussi se moquoyent de Dieu; car ils disoient que Agimus avoit gagné Pere eternel. En ce jour-là, il y avoit certains personnages ès prisons, que quand les pages des chanoines passoyent par devant lesdites prisons, ils disoyent en se moquant : Le Seigueur vous assistera, et luy disoyent encore, or dites à present : Revenge moy, pren la querelle : et plusieurs autres en frapant d'un baston, disoyent : Le Seigneur vous benssie, Je fus grandement espouvanté l'espace de deux mois, Voyant que les portefaix et belistreaux estoyent devenus seigneurs aux despens de ceux de l'Eglise reformée : je n'avois tous les jours autre chose que rapports des cas espouvantables, qui de jour en jour s'y commettoyent, et de tout ce que je fus le plus desplaisant en moy-mesme, ce fut de certains petits enfans de la ville, qui se venoyent journellement assembler en une place pres du lieu ou j'estois caché (m'exerçant toutesfois à faire quelqu'œuvre de mon art) qui se divisans en deux bandes, et jettans des pierres les uns contre les autres, juroyent et blasphemoyent le plus execrablement que jamais homme ouyt parler : car ils disoyent, par le sang, mort, teste, double teste, triple teste, et des blasphesmes si horribles, que j'ay quasi horreur, de les escrire : or cela dura assez longtemps, sans que les peres ni meres, y missent aucune police, Il me prenoit souvent envie de hazarder ma vie, pour en faire la punition; mais je disois en mon coeur le Pseaume LXXIX, qui se commence : Les gens entrez sont en ton heritage. ... .

No 65. LETTRE DE CALVIN A LA DUCHEssE DE FERRARE.

Madame,

| Je scay comment Dieu vous a fortifiée durant les plus rudes assaulx. . . . . '. . .. Je scay bien qu'une princesse ne regardant que le monde, auroit honte et prendroit quasi injure qu'on appelat son chateau un hostel Dieu, mais je ne vous scaurois faire plus grand honneur que de parler ainsy pour eslever et recognoistre l'humanité de laquelle vous avez usé envers les enfans de Dieu qui ont eu leur refuge a vous. J'ay pensé souventes fois, madame, que Dieu vous avoit reservé telles espreuves sur vostre vieillesse pour se paier des arrerages que vous luy debviez a cause de vostre timideté du temps passé, je parle à la façon commune des hommes. Car quand vous en eussiez faict cent fois plus et mille, ce ne seroit pas pour vous acquitter envers luy de ce que vous luy debvez de jour en jour pour les biens infinis qu'il continue à vous faire. Mais j'entends qu'il vous a faict un honneur singulier en vous employant a ung tel debvoir, et vous faisant porter son enseigne pour estre gloriffié en vous. . . . . , Je n'ay presentement satisfait a vostre desir pour vous envoyer un prescheur, mais je ne fauldray de veiller jusques à ce que vous en soyez pourveue. . . .. . . .. Mais quand vous seriez icy, vous verriez que je ne vous prie pas sans cause d'avoir patience......

De Genève, ce 10 de may 1563.

Lettres de Calvin, Manuscrits de la Bibliothéque de Genève, n° 108, Ruchat, vII. p. 400. - - : !

No 66.

FRAGMENTS D'UNE LETTRE AnnEssEE PAR LA REINE DE NAVARRE AU CARDINAL D'ARMAGNAC, QUI LUI AVAIT ÉCRIT PoUR LA sUPPLIER DE REVENIR A LA VRAIE ÉGLISE, ET DE REMETTRE SOUS PEU DE TEMPS LES ÉGLISES DE LESCAR , DE PAU ET AUTRES, EN LEUR PREMIER ÉTAT.

A Belle-Perche, le 18 jour d'aoust 1563.

- Et quant au premier point sur la réformation que j'ay commencée à Pau et à Lescar, que j'ay deliberé continuer par la grâce de Dieu en toute la souveraineté de Béarn, je l'ai apprinse par la Bible que je lis plus que les docteurs, aux livres des Rois d'Israël, formant mon patron sur le roi Josias afin qu'il ne me soit reproché comme aux autres Rois d'Israël, que j'aye servi à Dieu, mais que j'ay laissé les hauts lieux.. . . . . . et n'ay point entreprins de planter nouvelle religion en mes païs, sinon y restaurer les ruines de l'ancienne. .... Les deux estats m'ont protesté obeyssance pour la religion. .. .. Mes sujects tant ecclesiastiques que nobles et rustiques, sans qu'entre tant j'en aye trouvé de rebelles m'ont offert, en continuant tous les jours, la mesme obeyssance, vray opposition de rebellion. .... Je ne fay rien par force; il n'y a ny mort, ny emprisonnement, ny condamnation, qui sont nerfs de la force. Je sçay quels voisins j'ay. .. .. Dieu me montre des exemples. L'un et principal, à mon grand regret, du feu Roy mon mary, duquel discours vous sçavez le commencement, le milieu et la fin qui a descouvert l'œuvre. Où sont ces belles couronnes que vous lui promettiez et qu'il a acquises a combattre contre la Vraye religion et sa conscience, comme la confession dernière qu'ilen afaite en sa mort en estle seur tesmoignage et les paroles dites a la Royne, en protestation de faire prescher les ministres partout s'il guerissoit. Voilà le fruict de l'Evangile que la misericorde trouve en temps et lieu. ... . et me faites rougir de honte pour vous, quand vons alleguez tant d'exécrans que vous dites faites par ceux de nostre religion. Ostez la poultre de vostre oeil pour voir le festu de vostre prochain, nettoyez la terre du sang juste que les vostres ont espandu, témoin ce que vous savez et ce que je scay. Et d'où sont venues les premières séditions, lorsqu'en patience, par le vouloir du Roy et Reyne, les ministres, tant en cour que partout le royaume, preschoyent simplement selon l'edict de janvier, et que le conseil de Monsieur le legat, cardinal de Tournon, et vous brassiez, ce qui a apparu depuis, vous aidans pour tromperie de la bonté du feu Roy, mon mary. Je ne veux pour cela approuver ce que soubs l'ombre de la vraye religion s'est fait en plusieurs lieux, au grand regret des ministres d'icelle et des gens de bien : et suis celle qui crie vengeance contre ceux-là, comme ayant pollué la vraye religion de laquelle peste avec la grâce de Dieu, Béarn sera aussi bien sauvé. • • • • · Je co gnois bien que vous ne les avez hantez (lesministres)ouïs ny cognus, car ils ne preschent rien que l'obeissance des princes, la patience et l'humilité. . . . . Quand vous dites que nous laissons l'ancienne doctrine pour suivre les apostats, prénez-vous par le nez, vous qui avez renoncé et rejetté le saint laict, dont la feu Reyne ma mere vous avoit nourry, avant que les honneurs de Rome vous eussent oppillé les vaines de l'entendement. .. ... Je diray comme saint Paul, je n'ay point honte de l'Evangile. .. . . . • Quant aux docteurs, j'y croi en tant qu'ils suivront la Saincte Escriture, comme aussi faije aux livres de Calvin, Bèze et les autres, tous reglez au niveau de la parole de Dieu. Je ne scay où vous avez appris, qu'il y a tant de sectes entre les ministres ; mais je l'ay bien apperceu de vous austres à Poissy. . . . .. La France est sous le pape et est à s'en repentir. . . . . Je ne recognois en Béarn que Dieu, auquel je dois rendre compte de la charge qu'il m'a baillée de son peuple.

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