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est un étourdissement qui cause une sorte de dépit; mais on y revient : il y a là quelque chose qui vous attache, qui vous retient malgré vous , qui vous force à chercher les beautés qui doivent être semées dans cet amas confus. Si vous avez lu l'Histoire du roi de Bohéme et de ses sept châteaux, par M. Ch. Nodier, vous avez certainement, vingt fois, en la lisant, éprouvé des mouvemens d'impatience qui vous auraient fait jeter le livre loin de vous; mais toujours vous vous êtes senti ramené à la lecture que vous avez poursuivie jusqu'au bout, et dans laquelle vous avez trouvé de délicieuses inspirations, des passages pleins d'énergie, des morceaux du comique le plus piquant, des enseignemens de la plus haute moralité! Eh bien! le tableau de M. Leys, Le massacre des magistrats de Louvain , produit un effet analogue. Il vous impatiente contre l'auteur, et il vous fait dire cent fois : « Que de talent dans ce jeune « pinceau! que d'avenir dans cette tête, s'il voulait se « laisser guider par le raisonnement, si elle pouvait « s'astreindre à de sérieuses études, » Avant de hasarder une analyse , dans laquelle nous sommes bien persuadé d'échouer, mais que notre conscience d'historien nous commande de tenter, nous allons donner à nos lecteurs les détails les plus circonstanciés que nous avons pu trouver sur le fait dont la représentation est sous nos yeux.

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Louvain, cette antique capitale du Brabant, dont Bruxelles n'était alors que la seconde ville, avait atteint, vers l'époque à laquelle est emprunté l'événement que retrace le tableau de M. Leys, un degré inouï de prospérité et de splendeur. Ville manufacturière du premier ordre, elle renfermait dans son sein une population d'ouvriers que les contemporains évaluaient à cent soixante-dix mille âmes, indépendamment des nobles et des bourgeois. Quatre mille tisserands occupaient chacun tous les jours trente ou quarante individus, et la foule des travailleurs s'écoulait par les rues, si nombreuse et si épaisse, qu'à l'heure où les ateliers s'ouvraient et se fermaient l'on avait soin de sonner la cloche pour que les habitans eussent à retirer des rues leurs enfans.

Fier de sa force matérielle, le peuple de Louvain

supportait avec peine la domination des familles nobles

1 Hauteur, mètre, 1,90; largeur, mètre, 1.48.

auxquelles l'administration de la cité se trouvait dévolue, de même que dans les autres villes du Brabant.

Déjà quelques années auparavant, des troubles avaient éclaté ; Couterel avait réussi à arracher aux nobles une part dans la souveraineté , et le duc Wenceslas semblait fermer les yeux sur ces empiétemens, au moyen de quelques sacrifices d'argent consentis par le peuple, en échange des libertés nouvelles qu'il venait de conquérir.

Enhardis par ce succès , les bonnes-gens de Louvain n'eurent bientôt plus qu'un but et une pensée, l'élimination complète des familles patriciennes qui faisaient encore partie du conseil communal.

L'an 1378 , profitant de l'absence du duc Wenceslas , qui voyageait alors en France, les tisserands se soulevèrent, chassèrent un beau jour leurs échevins, et se choisirent l'un de leurs doyens, Gautier de Leyde, pour bourgmestre.

A l'exemple des Gantois insurgés, vers la même époque , contre l'autorité du comte de Flandre , ils arborèrent pour signe de ralliement les chaperons blancs. La plupart des nobles de Louvain émigrèrent à Bruxelles, quelques-uns , plus hardis ou moins prévoyans, restèrent en fonction.

Gautier de Leyde, député par ceux qui l'avaient élevé au pouvoir vers la duchesse Jeanne, vint à Bruxelles exposer les exigences de ses partisans. Rencontré, un soir qu'il sortait d'un repas , par Jean de Caster et Guillaume de Wilre, nobles de Louvain, émigrés , il fut attaqué par eux et périt dans le combat.

Aussitôt que la nouvelle de cette mort fut parvenue dans Louvain , le peuple entier se souleva, ivre de vengeance et de colère, menaçant les patriciens demeurés en ville , et faisant peser sur eux la solidarité du crime qui lui enlevait son bourgmestre. D'abord ils se contentèrent d'enfermer sous bonne garde les membres du conseil communal appartenant à la noblesse, et s'en furent à Bruxelles demander justice contre les meurtriers. La duchesse Jeanne promit de faire droit à leur prière, mais ordonna en même temps de relâcher immédiatement les nobles , prisonniers à l'Hôtel-de-Ville, assurant de plus qu'elle allait se rendre elle-même à Louvain pour faire bonne et exemplaire justice.

Mais la duchesse tardant à exécuter ses promesses, le peuple se crut joué par son souverain. Une lettre du comte de Flandre , par laquelle il exigeait du duc de Brabant la mise en liberté sur-le-champ de Henri de velpe , l'un des patriciens détenus , vint porter l'irrita

tion à son comble.

Le mercredi, 16 novembre 1379, les métiers s'émeu

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vent par toute la cité, ils entourent en armes l'Hôtelde-Ville et le cernent avec soin, de façon à empêcher l'évasion des prisonniers qu'il renferme.

Une partie de cette multitude furieuse envahit la salle du conseil et force les archers de la garde à livrer, un à un, tous les magistrats dont la foule qui remplissait la place vociférait les noms. Aussitôt amenés, ils sont, tour à tour, lancés par les fenêtres de l'édifice sur les piques et les javelines de leurs assassins, qui se disputent les lambeaux de leurs corps mis en pièces.

Seize magistrats périrent de cette fin misérable ; l'histoire a conservé les noms de quatre d'entre eux : Jean Platvoet, Jean de Witte, Rodolphe de Limminghe et Louis de Keynooge. Un des archers de la garde, ancien serviteur de Jean Platvoet, essaya de le dérober au sort qui le menaçait, en le couvrant de ses habits et en le cachant sous un banc dans la salle où se passait cette scène de carnage. Sa pitié ne servit qu'à augmenter le nombre des victimes.

Jean Platvoet fut découvert par un enfant, fils de l’un des meurtriers ; arraché de sa cachette par la populace, il subit, malgré son grand âge et ses supplications, le sort de ses collègues, et le malheureux qui l'avait voulu sauver fut à l'instant massacré.

Le duc Wenceslas, aussitôt informé de cette émeute

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