Images de page
PDF
ePub

Nous ne nous rappelons pas qu'aucun peintre ait représenté les forêts sous cet aspect. Aussi, la première fois que nous vîmes l'étude faite d'après nature par Eugène Verbocckhoven, pour son grand tableau, nous restâmes frappé de l'originalité de ce paysage. Le public a éprouvé la même impression à la vue de l'ouvrage de M. Verwée, exécuté d'après des études qu'il avait prises lui-même en même temps que son maître.

Le tableau n° 557 est heureusement arrangé, gracieux, plein de vérité, et consciencieux d'études; les arbres sans feuilles sont habilement faits, ceux du fond ont conservé quelques feuilles sèches, ceux des premiers plans en sont tout à fait dépouillés. Plusieurs ont fait à l'artiste un reproche de cette différence, qui nous paraît, à nous, mériter des éloges. En effet, le bois du fond présente un taillis fourré dont tous les arbres se protégent mutuellement contre la fureur des vents; ceux du devant sont isolés, et ont dû être , pendant plusieurs mois, violemment secoués par les ouragans. Cette observation des moindres circonstances est très-louable dans un artiste qui cherche maintenant à imiter la nature avant tout.

Les eaux, leterrain, le lointain, le ciel, tout concourt pour faire de ce tableau une charmante production. M. Verboeckhoven , toujours si obligeant pour ses confrères, a placé dans le paysage de son élève un voyageur sur un cheval gris-blanc, gravissant le chemin qui entre dans la forêt; il y a joint trois chiens courans.

Cette circonstance double encore le prix du joli tableau de M. Verwée; car son maître s'est montré, dans cecharmantaccessoire, aussi fin, aussi délicat de touche qu'il lest ordinairement dans ses délicieux petits panneaux.

Les deux pendans, n° 559 et 5G2, Un âne et îles chèvres, dans le premier, Chèvre et moutons, dans l'autre, sont encore de fort jolis tableaux et montrent que M. Verwée est capable de marcher seul maintenant. Nous l'engageons fortement à suivre désormais une route qui lui appartienne.

JOYANT

M. Joyant nous a envoyé de Paris trois vues de Venise; elles sont remarquables par une grande facilité d'exécution et une touche spirituelle. Celle du Pont du Rialto est surtout séduisante; mais nous croyons devoir faire à cet artiste le reproche de ne pas être lui-même, de marcher derrière Canaletti et Bonington. Les œuvres de ces deux maîtres sont sans doute admirables: faut-il pour cela les copier ? Il faut tâcher de les égaler, et ce n'est pas en leur prenant leurs procédés qu'on y parviendra. Y réussît-on d'ailleurs, on ne ferait toujours que de la copie. C'est parce que nous nous sommes formé une haute opinion de la capacité de M. Joyant, que nous nous permettons de lui adresser le conseil de jeter ses lisières.

GUIAUD.

La vue d'Anvers, de M. Guiaud , à part quelques infidélités que nous y avons remarquées, est un fort bon ouvrage. Nous avons été très-satisfait de la manière dont il a rendu les maisons, si originales et si jolies, qui cachent la cathédrale d'Anvers, dont il a habilement exécuté la haute flèche , quoique nous la trouvions un peu sombre. Ce tableau est d'un agréable dessin, mais il nous a paru froid de couleur. Les ombres y sont d'un noir excessif, qui ne produit pas, à notre avis, l'effet que l'auteur nous semble en avoir attendu. Un peu moins de noir et un peu plus de chaleur, eût donné au tableau plus d'harmonie, plus de force, et nous pensons qu'il aurait produit un meilleur effet. La vue de Baden-Baden est placée un peu haut ; elle nous a paru devoir reproduire le site avec vérité; mais c'est le site qui ne nous plaît pas. Du reste M. Guiaud est dans une bonne voie, il a une touche ferme et large , unie à un dessin correct.

[ocr errors]

Les deux tableaux que cet artiste nous a envoyés de La Haye, sont de ces délicieuses productions qui ne trouvent leur pendant que chez les anciens Hollandais ou dans les petits cadres de notre Eugène Verboeckhoven. C'est une perfection, un fini de détails incroyables ; c'est une réduction si bien sentie de la nature, que l'on n'y trouve aucun des défauts de la miniature, tandis qu'on y admire toutes les qualités de la peinture en grand. Ciels profonds et sensiblement arrondis en voûte, air rendu visible, vigueur et dégradation des plans, horizon vaporeux et riche ; tout se réunit pour faire de ces étroits panneaux des chefs-d'œuvre inappréciables.

« PrécédentContinuer »