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et contre le découragement qu'inspire l'injustice, même aux vrais talens.

11 comprit ce qui lui manquait encore, et comme lui-même n'était pas satisfait de son travail, il ne trouva pas étrange que d'autres ne le fussent pas non plus. 11 ne répondit pas à la haine par des récriminations, il se dit à lui-même : « Je les forcerai bien à m'applaudir!» et il se mit à travailler avec une nouvelle ardeur.

L'année suivante, le Salon de Gand le vit exposer un Saint Dominique qui attestait de grands progrès, dus à des efforts bien dirigés. A peine ce tableau était-il étalé aux regards du public, que M. le comte Charles Vilain XlIII en offrait huit fois le prix que l'acquéreur en avait donné à l'artiste.—Même concert d'éloges et de critiques, même modestie de la part de l'auteur à recevoir les uns et les autres, mêmes études pour se grandir, même persévérance dans ces travaux.

Allez maintenant au Salon de Bruxelles, regardez la bataille des Éperons d'Or, et dites si l'on n'est pas en droit d'assurer un brillant avenir à celui qui est arrivé, si jeune, à produire une œuvre déjà si complète, si riche de qualités solides?— Une semblable précocité ne s'est jamais rencontrée dans les annales de la peinture. 11 n'y a point d'exemple d'un début aussi éclatant, dans un âge aussi voisin de l'enfance.

Certes, il y a là plus que des espérances; il y a un beau et vigoureux talent. 11 y a surtout dans les antécédens du peintre des garanties de progrès inappréciables.

M. Dekeyser est né peintre; il est à la fois dessinateur et coloriste. Nous employons ici ces expressions dans leur plus large acception. Il est dessinateur, nonseulement parce qu'il sait tracer correctement une tête, un bras, une jambe; mais parce qu'il sait disposer son sujet dans son cadre, grouper ses personnages pour en laisser voir ou en cacher ce que réclame ou ce que rejette son sujet; parce qu'il sait donner aux physionomies l'expression, aux gestes le mouvement, aux poses l'intention qu'il a d'avance combinés dans son ensemble. 11 est coloriste, parce qu'il a subordonné sa couleur à sa composition, parce qu'il a conçu une harmonie de teintes correspondant à l'harmonie de ses lignes, comme celles-ci correspondent à l'harmonie des diverses pensées qui concourent à rendre sa pensée principale.

Qu'au milieu de ces qualités générales si remarquables, il se présente des fautes de détails, elles seront le résultat de l'inexpérience et non la conséquence d'un faux système. L'étude rectifiera toutes ces défectuosités d'un talent qui se complétera en produisant.

C'est surtout dans les fastes de la patrie que l'artiste doit chercher des sujets, certain d'y trouver toujours l'inspiration créatrice. Après les sujets sacrés, les faits de l'histoire de nos pères sont les plus propres à nous émouvoir. Ils ont en outre un degré d'utilité que l'on ne perd que trop souvent de vue aujourd'hui dans la culture des beaux-arts. Les anciens, qui y ont excellé sous tous les rapports, ne se sont jamais écartés de ce principe. Le poète, ou le peintre, ou le statuaire, ne doit ouvrir les annales de son pays que pour y chercher des sujets qui inspirent à ses concitoyens l'amour du sol natal. 11 ne les fouillera point dans l'intention d'exhumer quelque fait révoltant, présentant l'espèce humaine dans ses dégradations exceptionnelles. 11 tâchera au contraire de la relever à ses propres yeux en la peignant dans ce qu'elle a de beau, de noble et de grand. Sans doute il est de ces monstruosités qui ont en elles un certain caractère de grandeur qui frappe au premier abord, qui peut plaire même comme contraste; mais leur reproduction trop fréquente sur la scène, dans les livres et sur la toile, porte un notable préjudice à la morale. —Les esprits faux sont plus communs qu'on ne le pense, ils se passionneront pour tout ce qui leur paraîtra grand: combien de fois n'a-t-on pas vu l'opinion, égarée par des systèmes erronés, ériger le crime même en vertu. La corruption du goût tient de bien près à la corruption des mœurs. — Les artistes ne doivent pas oublier qu'ils ont dans ce monde une mission civilisatrice, et que la postérité leur demandera sévèrement compte de ce qu'ils auront accompli pour le bien de leurs neveux.

Le sujet dont M. Dekeyser a fait choix réunissait toutes les conditions d'un tableau d'histoire nationale. C'est un fait éminemment honorable pour la Belgique. Il rappelle les efforts soutenus, les luttes sanglantes de nos provinces contre l'étranger pour la conquête et pour le maintien de leurs franchises.

Bataille des Éperons d'Or '.
(N° 80.)

La bataille des Éperons d'Or fut donnée devant Courtrai, le 11 juillet 1302. L'armée de Flandre y remporta une victoire signalée sur l'armée française forte de plus de 50,000 hommes.

« Des atteintes portées aux priviléges des Flamands par la création de nouveaux impôts et l'érection de plusieurs citadelles, l'attachement que ce peuple porta toujours à ses princes lorsque ceux-ci étaient malheureux ,

i Hauteur, 4 mètres 70; largeur, 0,22.

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