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J. C. SCHOTEL.

Après avoir admiré les Gudin, les Poittevin, nous montrant des mers dont un ciel chaud colore vivement les vagues brillantes, lorsque l'on s'est senti excité par ce spectacle, il faut se donner un moment de tranquillité et de repos, et ramener ses sens au diapason convenable pour bien apprécier les effets tout différens que les peintres hollandais reproduisent par leurs tableaux de marines. M. Schotel a souffert dans l'esprit du public de la comparaison que l'on ne peut se défendre de faire entre deux objets appartenant à un même genre. Toutefois les vrais amateurs ont su rendre à chacun ce qui lui est dû. S'ils ont trouvé que la marine n° 4251 n'attirait pas l'œil par un piquant effet, ils ont reconnu qu'elle retenait longtemps les regards

1 Hauteur, mètre 1,80; largeur, mètre 0.93.

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par la perfection extrême de son exécution; ils ont retrouvé sur cette toile la mer et le ciel, un peu monotones, des côtes des Pays-Bas, et ils se sont attachés à y rechercher la nature dans toute sa vérité. Plus on analyse cette marine et plus on éprouve de difficulté à motiver une critique, quoique l'on sente bien que le tableau n'est pas irréprochable : c'est que les reproches qu'on peut lui adresser portent sur l'ensemble, et que les moindres parties de l'exécution méritent des éloges sans restriction.

Où trouverez-vous, en effet, des eaux mieux balancées, d'une fluidité plus moelleuse et plus gracieuse? Quel peintre nous a montré les bâtimens flottant avec plus d'aisance, suivant la vague avec plus de justesse, ou la maîtrisant avec plus d'équilibre? Voyez ce paquebot à trois mâts, penché sur le flanc, relevant avec majesté sa belle voilure, sa mâture svelte, ses agrès si déliés! On se rappelle, envoyant sa marche élégante, sa tournure gracieuse, la belle description que M. Eugène Sue nous donne de la Salamandre, on éprouve le désir de citer ces beaux vers de M. Alfred de Vigny, où il fait décrire amoureusement par un vieux loup de mer les charmes de la frégate la Sérieuse.

Qu'elle était belle ma frégate,
Lorsqu'elle voguait sous le vent!
Elle avait au soleil levant,
Toutes les couleurs de l'agate:
Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin;
Sa quille mince, longue et plate
Portait deux bandes d'écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu'un pirate,
En cent jours, du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.

—Qu'elle était belle ma frégate,
Lorsqu'elle voguait sous le vent!

Quel plaisir d'aller si vite,
Et de voir son pavillon
Loin des terres, qu'il évite,
Tracer un noble sillon !...

Quel plaisir et quel spectacle
Que l'élément triste et froid
Ouvert ainsi sans obstacle
Par un bois de chêne étroit!...

Et surtout la Sérieuse
Était belle nuit et jour;
La mer douce et curieuse
lia portait avec amour,
Comme un vieux lion abaisse
Sa longue crinière épaisse,
Et, sans l'agiter, y laisse
Se jouer le lionceau;
Comme sur sa tête agile
Une femme tient l'argile,
Ou le jonc souple et fragile
D'un mystérieux berceau.

Le chasse-marée qui occupe le devant profite bien du courant de la lame, tout en la maîtrisant. Comme

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