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développement de pensées à la fois simples et généreuses.

Aujourd'hui, nous revoyons M. Bellangé dans tout son beau; il nous traite vraiment comme de bonnes connaissances, et comme des gens qui avons su l'apprécier. Aussi ses tableaux sont-ils toujours entourés par la foule qu'ils passionnent.

Le peintre se fait aimer de tous ceux qui voient ses productions. On se forme une idée charmante du caractère et du bon cœur que doit avoir celui qui choisit ainsi ses sujets. Ce doit être une de ces excellentes âmes, un de ces esprits pleins de finesse, comme le bonhomme Jean, comme l'illustre chansonnier dont le nom ainsi que le talent ont tant de rapport avec celui de M. Bellangé.

Avant de nous livrer à l'analyse des tableaux de l'artiste , disons quelques mots sur la portée morale des sujets qu'il choisit. Le militaire et le paysan sont presque toujours en scène dans ses ouvrages. Le peintre s'attache à nous montrer ces deux classes de citoyens dans des rapports continuels, et toujours c'est leur sympathie mutuelle qu'il fait éclater. Bien que ces deux conditions soient très-différentes, il nous fait remarquer sans cesse comme elles se rapprochent par les sentimens. Ces soldats, exposant leur vie à chaque instant, toujours prêts à donner la mort ou à la recevoir sur le champ de bataille , s'ils arrivent au milieu d'un village de leur pays, aussitôt tous les enfans les entourent; s'ils s'arrêtent, les voilà qui se font enfans pour participer à leurs jeux; ces hommes, sevrés des plaisirs de la famille, saisissent la moindre occasion qui se présente de les goûter. La vue de ces scènes, souvent reproduites, resserre les liens de sympathie qui existent entre les membres d'une même nation destinés à des travaux différens, mais les uns comme les autres indispensables à l'existence de la société.

Trois tableaux de M. Bellangé ontenrichi notre Salon, ce sont : IN" 10, Halte militaire; n° 11, Soldat allumant sa pipe à la porte d'une auberge; n° 12, Soldat jouant avec une petite fille. Essayons-en la description.

Halte militaire.
(N« 10 '.)

Cabaret de village sur le bord de la route, une belle chaumière couronnée d'un bouquet de verdure. Des

i Hauteur, mètre 0,97 ; largeur, mètre 1 ,ô0.

militaires de différens corps s'y arrêtent un moment pour boire et se reposer. Quatre cavaliers et trois fantassins sont devant la porte; un cuirassier est descendu de sa monture, que tient par la bride le paysan debout sur le seuil; un hussard vient d'allumer sa pipe, et deux chasseurs sont, comme lui, restés en selle. Un grenadier de la vieille garde, grognard richement chevronné, à la moustache martiale, est assis sur le bord du chemin : son excellente mine a attiré autour de lui la plus grande partie des enfans de la chaumière. Un tout jeune bambin en chemise joue à ses pieds avec son bonnet à poil; un autre, d'un an ou deux plus âgé, a grimpé derrière lui sur son sac et joue avec la queue de l'ancien, qui, ayant tiré un moment son brûlegueule, donne la main à une petite fille de 10 à 12 ans, debout devant lui, et à qui sans doute il propose un bon gros baiser paternel, car il ne peut pas y avoir d'autres sentimens entre ces deux personnages-là. La petite fille se tient droite comme un piquet, et considère le troupier avec une confiante assurance, qui caractérise bien l'innocence de son âge; auprès d'elle, un chien assis regarde aussi le militaire. A gauche, deux gamins se disputent le fusil du grenadier: l'un d'eux s'en est emparé, et s'y attache de ses deux bras ; l'autre s'apprête à le lui faire lâcher, au moyen d'une rude taloche dont il le menace, tout en observant de l'œil le vieux grognard, qui lui inspire un certain respect.

Un autre grenadier, plus jeune et plus fringant, dont la belle jambe est coquettement serrée dans une haute guêtre, un joli soldat enfin, crânement jîcelé, prend la taille de la servante, qui a les mains embarrassées de deux bouteilles qu'elle apporte. Celle-ci se défend par un mouvement fort gracieux.

Tout à côté, le cuirassier descendu de cheval, dans la position d'un instructeur, commande l'exercice à un petit garçon, auquel le galant fantassin a remis momentanément son arme; une petite fille, tenant un verre à la main, admire la pose et la tournure martiale de l'instructeur.

Le troisième fantassin, un voltigeur, avant de reprendre sa route, fouille dans son gousset, afin de mettre quelques liards dans les mains que tendent vers lui trois mendians, un vieillard, une femme et un enfant. 11 va faire l'aumône, le brave soldat, il va prélever plus que la dîme sur l'argent qui doit lui procurer les petites douceurs de l'existence, le tabac à fumer et autre, le petit verre, etc.

Au fond, on aperçoit quelques cuirassiers à cheval, suivant la route, et deux fantassins, la capote retroussée, prenant le chemin de traverse. Dans le lointain, les tours d'une ville, dessinées en silhouette sur un horizon marqué d'une bande de jour vif, au-dessous d'un ciel sombre et rayé de pluie.

L'ensemble de ce tableau est d'un effet charmant: tous les mouvemens, tous les gestes en sont vrais et justes, toutes les physionomies sont parlantes. On est au milieu de ces bonnes gens, on se rappelle leurs figures que l'on a souvent remarquées. Le dessin en est correct et facile, la touche franche et bien délicate; le ton de la couleur est plein de nerf et de vigueur, fort harmonieux et sans exagération. Les accessoires de paysage sont d'une excellente facture.

Le n° 12 est plus petit : c'est une scène à trois personnages. Un vieux troupier, au teint hâlé, se repose d'une longue marche à la porte d'un cabaret. Il est étendu avec aisance sur une chaise; il a déboutonné sa redingote et laisse voir une poitrine échauffée; il s'est débarrassé de son sac et de son schako : le premier repose par terre, contre la muraille; une Jolie petite fille de quatre à cinq ans s'est coiffée de l'autre : elle se tient debout devant le soldat. Rien de plus joli que le mouvement de cette enfant : elle vacille sous le poids de la coiffure militaire, on voit qu'elle a de la peine à la maintenir en équilibre sur sa tête : le peintre a rendu avec une justesse extraordinaire l'effort qu'elle fait pour y parvenir.

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