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tombant, elle retient encore la bride qui devait le gouverner. Ceci explique également comment il se fait que déjà le duc a mis pied à terre, comment déjà un page est occupé à relever la princesse, un écuyer à décrocher sa robe; les premiers mouvemens du cheval ombrageux ont donné l'éveil, on s'est empressé dès lors; les montures des autres dames de la compagnie se sont aussi effarouchées.

Le personnage du duc est plein de naturel, il s'élance avec une expression d'inquiétude bien vraie. C'est Maximilien, tel que nous le représente l'histoire, idolâtre de son épouse dont la mort le laissa inconsolable. Son costume est brillant, sa figure jeune et belle a la noblesse que réclamait le genre.

L'effroi que le peintre a placé sur la figure des deux dames d'honneur offre deux nuances bien senties : chez l'une, il décompose des traits qui ne sont plus de la première jeunesse; chez l'autre, il laisse subsister toutes les grâces de la beauté , s'il ne les augmente même pas. Le jeune page qui tient le cheval du duc, porte un pourpoint vert à larges manches tombantes, et un collant rouge; ce costume est très-joli. La physionomie de l'adolescent exprime bien la part qu'il prend au malheur de sa belle maîtresse, et le regret de ne pouvoir, comme son compagnon plus heureux, aller l'aider à se relever.

Les chevaux, en assez grand nombre dans ce tableau, ne sont pas tous heureusement dessinés. Celui de Marie est abattu d'une façon si singulière qu'on ne peut s'en rendre compte. Les jambes de celui qui se cabre viennent trop en avant, quoique cependant elles soient trop courtes pour les proportions exagérées de l'animal; c'est qu'il n'est pas à son plan. Le mouvement de celui de droite, qui avance la tête vers la duchesse, est quelque peu forcé. Les autres, surtout le cheval du duc, sont fort beaux, et dans une attitude convenable. Les trois chiens du premier plan sont aussi extrêmement bien sous le rapport du dessin et de la peinture, toutefois les pattes de derrière de l'un d'eux paraissent un peu longues.

En résumé, le tableau de M. Mathieu est une preuve incontestable de progrès. La gravure que nous en offrons à nos lecteurs, et qui le donne sans sa couleur, et par conséquent sans les principaux défauts, confirmera ce que nous avons avancé de la composition et du dessin.

Le portrait de famille, inscrit au n° 545 du catalogue, ne sort pas de la ligne des portraits ordinaires. Le peintre y a mis du talent d'exécution; il en a mis aussi dans sa Stella matutina; et, dans cette dernière, il aurait fallu mettre autre chose , qu'on y cherche en vain.

Le Christ en croix est, de tous les ouvrages de M. Mathieu, celui qui nous a fait le moins de plaisir; ce sujet, si éloquent, ne paraît pas avoir inspiré l'auteur. Il est vrai que l'on ne peut souffrir la médiocrité dans la représentation des divines scènes de la vie du Christ. Les plus grands peintres y ont consacré leur talent, et leurs plus sublimes ouvrages sont connus de tout le monde, c'est ce qui nous rend exigeant.

M. Mathieu a été, à l'occasion de cette Exposition, en butte à beaucoup de critiques; nous l'engageons à ne pas se décourager : pour avoir marché avec lenteur, il n'en arrivera pas moins sûrement.

JULES ANDRÉ.

Nous avions remarqué à l'Exposition de Liége un paysage de M. Jules André, fort digne d'attention. Ceux qu'il a exposés à Bruxelles ne manquent pas de mérite: nous y voudrions cependant un peu plus de vérité. La Vue prise à Huy, sur les bords du Hoyoux, n°1,donne, dans ses arrière-plans, une juste idée des chaînes de montagnes qui coupent en tous sens le pays de Liége. Les premiers plans sont moins vrais. 11 semble que le peintre ait employé, pour les composer, des études prises dans le midi de la France. Sa couleur, assez moelleuse dans les lointains, est dure sur le devant; le feuillé de ses arbres est d'un vert noir et lourd.

Comparez la Vue prise dans le département de l'Indre, n° 2, avec celle de la province de Liége, et il vous semblera que les deux Vues ont été copiées dans le même canton. Malgré cette observation, nous reconnaissons à M. Jules André des qualités de faire qui suffisent pour justifier la réputation dont il jouit à Paris.

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