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Mme GEEFS, née Fanny Corr.

Un événement survenu pendant la durée de l'Exposition nous oblige à changer un nom du catalogue. L'auteur de Francesca di Rimini a donné son nom à celle dont le pinceau jeune encore a si bien réussi à nous montrer les châtelaines de Crève-Cœur, sur la tour de Bouvignes; alliance toute poétique qui plus tard sera prise pour quelque ingénieuse allégorie , tant il est rare que dans ce monde deux âmes aussi bien appropriées l'une à l'autre se rencontrent et puissent mêler leur existence. Mme Geefs se présente au Salon avec quatre tableaux, dignes tous les quatre de beaucoup d'éloges: Un portrait de femme, n° 58; Une jeune fille conduisant ses sœurs à l'église, n° 57;

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Les derniers momens des dames de Crève-Cœur, n° 59, et La Vierge avec l'enfant Jésus, n° 56.

Le portrait a déjà figuré à l'exposition de Liége. On y a reconnu de belles qualités de dessin, un arrangement heureux et une pose gracieuse, un pinceau facile, mais un peu de faiblesse de ton et de manque de modelé. A notre avis ce portrait pourrait devenir excellent si l'auteur le remettait sur le chevalet, et qu'elle donnât de la vigueur et du relief aux parties qui en manquent.

La jeune jille conduisant ses sœurs à l'église est un petit tableau que l'on se réunit pour admirer. L'expression de bonté imprimée à la figure de la sœur aînée, est si bien sentie que l'on reconnaît que l'artiste a souvent éprouvé le sentiment qu'elle vient de peindre. Ces soins presque maternels donnés à de jeunes sœurs, mademoiselle Corrlesa connus. Aussi chacun en apprécie la vérité. Les petites sœurs ont une naïveté charmante , leurs airs de tête sont gracieux et enfantins, celui de leur grande sœur a de la noblesse et de la dignité, tempérées par cette même grâce. Les costumes sont d'une élégance simple et sans recherche, de couleurs bien assorties. La longue robe traînante est drapée avec infiniment de goût. Le dessin de ce tableau est correct, la touche en est franche et ne manque pas de vigueur. Le nu y est bien modelé.

La Vierge et l'enfant Jésus.
(N° 56'.)

ll n'est pas de sujet qu'il soit aujourd'hui plus dangereux de traiter que celui que Mme Geefs a choisi. Les grands peintres de tous les pays, et les Italiens surtout, y ont réussi à un degré si supérieur, que c'est à désespérer tous les modernes. Nous avons été surpris toutefois de la manière dont notre jeune artiste s'est tirée des innombrables difficultés qui ont dû l'embarrasser dès le premier coup de crayon qu'elle a tracé sur sa toile.

Le plagiat, les réminiscences étaient surtout de dangereux écueils à éviter. 11 fallait ne pas trop se rappeler Raphaèl, ne pas trop se rappeler Rubens; il fallait cependant tâcher d'avoir quelques-unes des qualités de ces grands maîtres.

La Vierge, assise sur un banc au milieu d'un paysage, tient sur ses genoux l'enfant Jésus endormi. Elle a les yeux élevés au ciel, et semble absorbée dans la contemplation de son divin époux. Ce que nous louerons sur

1 Hauteur, mètre, 1,88; largeur, mètre, 1,30.

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