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En résumé, ce tableau est plein de grâce et de fraîcheur, la seule chose qu'on voudrait y trouver aussi, c'est une beauté plus grave et plus digne dans la Vierge; du reste, la disposition des personnages, l'agencement des draperies, montrent un maître très-habile, et formé par l'étude réfléchie des meilleurs modèles de l'antiquité et de la renaissance!

La femme adultère.
(N° 872.)

Elle est là, renversée près des degrés du temple, elle attend avec effroi les pierres que va lui lancer la foule ameutée. Le Christ passe et s'adresse à ces hommes anticipant sur les jugemens du Très-Haut: « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre! » dit-il, et chacun de sonder sa conscience, et chacun de laisser tomber le pavé que sa main brandissait. Ils se retirent, approuvant ou murmurant, suivant que cette doctrine d'indulgence, ainsi proclamée, est conforme aux vœux de leur cœur ou qu'elle contrarie leurs intérêts.

Tel estlesujetque M. Navez avait à représenter, sujet mille fois traité et qui n'en était que plus difficile. Restreint dans des limites fort étroites, le peintre a triomphé de tous les écueils. En effet, c'en était un grave que de faire sentir, dans la pose et dans la figure de cette femme, la nature de son crime, sans manquer à la noblesse de style que réclame un tableau de ce genre ; c'en était un non moins redoutable, que d'y imprimer les sentimens divers qui devaient s'y combattre et s'altérer l'un par l'autre : la crainte du châtiment et le repentir de la faute, l'espoir et la reconnaissance. Cette figure devait être un miroir où se reflète toute la scène qu'elle est censée avoir devant les yeux, et que le peintre a habilement écartée de ceux du spectateur. L'intelligence du sujet n'y perd rien pour cela.

La femme est à demi couchée contre un petit mur à hauteur d'appui, elle regarde du côté où elle est menacée; mais elle écoute, on voit qu'elle entend les paroles de son sauveur.

Celui-ci est debout derrière elle; il vient de prononcer les paroles de salut en s'adressant à la foule. A sa droite, deux vieillards se communiquent leurs réflexions sur cet événement, en lançant au jeune réformateur un regard dont chacun traduira la pensée, tant elle est clairement exprimée dans leurs physionomies.

On voit qu'ils sont loin d'approuver cette doctrine indulgcntc; mais ils n'osent la contredire, parce qu'ils remarquent qu'elle prévaut sur la masse.

A la gauche du Christ, dans le fond, deux hommes plus jeunes s'en retournent aussi : l'un d'eux semble exprimer avec une certaine vivacité son adhésion à l'acte dont il vient d'être témoin; l'autre, tout en l'approuvant, paraît en entrevoir les suites.

Du même côté, plus près dela femme coupable, une autre femme, jeune et belle, éloigne une petite fille d'un spectacle qu'elle ne comprend pas et qu'elle n'a pas besoin de voir; elle prête en même temps attention à cette scène dont l'issue paraît l'intéresser vivement.

Telle est la composition de ce tableau, aussi remarquable par sa simplicité que par le grand nombre d'idées que l'artiste a su y réunir. Quant à l'exécution, elle est digne en tous points de la conception.

Non loin de la figure si agitée, si bouleversée de la femme adultère, la face calme et majestueuse du Fils de l'Homme, son regard plein d'une irrésistible bonté , ses traits d'une pureté de forme, d'une suavité de ton qui annoncent la tranquillité intérieure ; ce beau contraste pour effet principal, et pour accessoire toutes ces physionomies si vraies, toutes ces expressions si vraies aussi, mais dont l'effet moins frappant est partagé avec sagesse, pour donner de l'harmonie à la pensée.

Les figures de ce tableau sont de grandeur naturelle, mais demi-corps : la disposition du sujet rendait ce mode préférable. On lui a adressé plusieurs reproches. On blâme le dessin dela femme renversée sur le devant, dont on s'explique difficilement la position : on blâme aussi la trop grande vivacité des couleurs, dont les oppositions sont quelquefois trop tranchées. M. Navez nous paraît sacrifier en cela au goût qu'il croit dominant chez nous. Un artiste de son mérite devrait plutôt chercher à diriger le goût de ses concitoyens que s'y soumettre. Nous voudrions, quant à nous, que, fort desesconvictions, il marchât avec fermeté dans la voie qui lui paraît bonne, sans s'inquiéter des critiques superficielles. C'est surtout pour ce qui concerne le coloris, que nous voudrions que l'artiste ne se laissât point aller au désir de satisfaire le goût qu'il a cru reconnaître, peut-être à tort, chez le public belge. La sévérité du coloris de son Àgar dans le désert conviendrait mieux à la noblesse habituelle de son dessin et à la gravité de ses idées.

Parmi les tableaux de genre que M. Navez à exposés, La prière d'une jeune sonninezza, n° 367, est une charmante petite toile, pleine de grâce et de fraîcheur. Dans la Bohémienne du n° 364, il y a des beautés de premier ordre, avec une couleur d'un effet un peu cru. Mais ce qui fait un des plus jolis morceaux du Salon, c'est Le débarquement de Ver-Vert à Nantes, n° 371.

Tout le monde connaît et sait par cœur le joli poème de Gresset, si pétillant d'esprit et de malice. Notre peintre a traduit sur la toile toute la finesse et toute la grâce du style du poète. 11 est vraiment à la hauteur de l'écrivain.

Le charmant perroquet des nonnes de Nevers a été confié à un batelier de la Loire, il arrive à Nantes où l'attendent avec impatience les saintes filles de la Visitation. Mais l'oiseau si bien élevé, si modeste, a fait route en bien mauvaise compagnie, il a appris de bien mauvais propos, il s'est habitué à de bien inconvenantes manières, car:

La même nef, légère et vagabonde,
Qui voiturait le saint oiseau sur l'onde,
Portait aussi deux nymphes, trois dragons,
Une nourrice, un moine, deux gascons:
Pour un enfant qui sort du monastère,
C'était échoir en dignes compagnons!
Âussi Ver-veht , ignorant leurs façons,
Se trouva là comme en terre étrangère;
Nouvelle langue, et nouvelles leçons.

La nef arrive et l'équipage en sort.
Une tourière était assise au port.
En débarquant auprès de la béguine,
L'oiseau madré la connut à sa mine,
A son œil prude ouvert en tapinois,
A sa grand'coifte, à sa fine étaminc,
A ses gants blancs, à sa mourante voix,
Et mieux encore à sa petite croix:

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