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d'éloges. La tête du vieillard, celle de la mère sont de fort bonnes études. On n'est pas aussi satisfait de celle du jeune homme et de celle de l'ange. Ce dernier surtout ne répond pas à ce que l'on attend d'un personnage de ce genre. Sa pose et l'expression de sa physionomie ne rendent aucun sentiment, aucune pensée qui se puisse interpréter; les draperies, en général bien pliées, sont lourdes et molles en même temps; on voit que, dans cette partie de son exécution, l'artiste suit un système plutôt qu'il n'imite la nature, il y manque d'originalité et sent trop l'école. Si, pour les lignes, nous préférons ce tableau à l'autre, la Couronne d'Épines, n° 497, nous préférons ce dernier pour la couleur et l'harmonie de l'ensemble. Nous y trouvons des types de physionomies plus caractérisés, des expressions moins indécises, et surtout nous y voyons un premier pas que fait l'élève pour s'affranchir de la tutelle du maître. Certes, le maître habile qui a jusqu'ici dirigé M. Van Eyeken, a conservé sur son disciple assez de supériorité de savoir, d'expérience et de faire pour que ses conseils puissent longtemps encore lui être utiles, et le guider dans l'imitation de la nature; aussi, ce que nous voulons, c'est que désormais l'élève imite ce modèle, et non son maître.

La Couronne d'Epines, ou les saintes femmes au tombeau du Christ, prouve que M. Van Eyeken est ca

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pable de se faire un genre original; c'est dans cette voie que nous l'engageons à persister. Sans sacrifier aucune des qualités qu'il recherchait exclusivement, qu'il s'efforce d'acquérir celles qu'il avait négligées.

11 doit surtout s'exercer à la composition, non à une disposition symétrique et froide, mais à une reproduction vive et passionnée; ce n'est qu'après avoir jeté dans mille esquisses les pensées qui lui viennent, que le peintre peut parvenir à inventer un tableau digne d'être exécuté.

11 faut beaucoup d'efforts pour parvenir à vaincre cette timidité de composition. Plus on a de science réelle, plus on a été à même d'apprécier le mérite des grands maîtres et les obstacles sans nombre qu'ils ont eus à surmonter, et plus on se sent arrêté par la conscience que l'on a des difficultés du même genre que l'on va trouver sur sa route. 11 faut s'armer d'audace, entreprendre beaucoup, au risque de devoir souvent passer la brosse sur ses premières conceptions. Les élèves de l'école à laquelle appartient M. Van Eyckeu manquent de hardiesse, accoutumés qu'ils sont à se laisser diriger, ils n'osent pas essayer une allure plus libre.

DILLENS.

La scène de carnaval, n° 584, que nous présente M. Dillcns, est, pour la composition et le dessin, un des plus jolis tableaux de genre que possède le Salon. Avec un peu plus d'effet d'ensemble, il aurait réuni tous les suffrages. Tel qu'il est, on lui trouve du mouvement, du naturel, de l'esprit, toutes qualités qui assurent à l'auteur de beaux succès, s'il s'étudie à donner plus de vigueur à son coloris. Ce coloris, un peu pâle, nuit à l'effet du tableau : les figures sont trop éparpillées dans ce cadre; l'œil n'y trouve pas de repos. En passant d'un personnage à l'autre, on se plaît à reconnaître toutes les qualités du pinceau et du dessin du jeune artiste ; on y trouve finesse, correction, sentiment; mais tout cela est prodigué sans ménagement, sans gradation; tous les coins du tableau présentent le même degré et le même genre d'intérêt.

Nous signalons ici avec plaisir une circonstance bien rare chez les peintres de genre, c'est que les chevaux de cette mascarade sont extrêmement bien peints et bien dessinés.

M. Dillens a encore pour lui cet avantage qu'il est original et qu'il n'imite ni les maîtres morts ni lesvivans, il s'en tient à la nature, ce maître-là ne lui fera jamais défaut et ne l'égarera point dans une fausse voie.

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