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belles qualités qui distinguent la dernière production de M. Wappers, nous lui reprocherons de n'avoir pas assez ménagé l'éclat de sa palette.

L'évêque n'ajoute rien non plus à l'effet; il ne complète pas l'idée du sujet, et les vives couleurs de ses habits pontificaux ne nous paraissent pas non plus une heureuse infraction à la vérité : car on sait que tel n'est pas le costume que devait porter le docteur Juxon dans cette circonstance.

Malgré ces défauts, le sentiment du tableau est si fort, il est rendu avec une telle perfection sur la figure de Charles Ier et dans toute la personne de la jeune princesse, que l'on ne peut s'empêcher d'admirer, d'être touché, de proclamer Wappers un grand peintre, un maître dans l'art de remuer l'âme.

Et l'exécution de cette page est si parfaite ! La tête de Charles est si noble, si sublime de profonde douleur pour ceux qu'il quitte, de sainte résignation pour luimême! Sa chevelure tombe avec tant de grâce sur ce cou que le glaive va frapper! L'enfant a un mouvement si vrai, si on le considère en lui-même; le pinceau de l'artiste s'est joué avec tant de légèreté dans ses cheveux blonds aussi! La princesse est si accablée, si anéantie!

C'est une idée singulièrement heureuse que la réunion de ces trois personnes sur lesquelles le même événement produitdes nuances d'impressions si diverses. Il fallait un immense talent pour parvenir à les si bien caractériser. C'est là réellement le sublime de l'art, le plus noble but où il puisse atteindre.

L'artiste qui sait ainsi exprimer les passions, dans ce qu'elles ont de délicat, comme dans leurs manifestations les plus énergiques, mérite le nom de peintre et de poète: Wappers est l'un et l'autre.

Quoique ce tableau ne s'adresse qu'au cœur, il n'a rien de vague , rien d'indécis; aucun effet fantastique n'y vient subtiliser les suffrages; tout ce qu'on a admiré, au premier coup d'œil, on l'admire encore à la centième fois qu'on revient devant la toile.

Ajoutons que jamais le pinceau de Wappers ne s'est montré plus ferme ni plus moelleux.

Aussi, quelque sévère que puisse paraître notre critique sur certains points, nous professons pour ce beau talent une admiration plus sincère peut-être que ceux qui ne verront en lui aucune tache.

VAN ROOY.

Derniers momens du comte d'Egmont, dans la maison dite Brood-huys.

« Les deux victimes (les comtes de Hoorn et d'Egmont) furent amenées, le 3 juin, à Bruxelles, sous l'escorte de trois mille chevaux. Dès le lendemain, on leur envoya Rithoff, évêque d'Ypres, pour les disposer à la mort. On leur lut ensuite leur sentence séparément. Le comte d'Egmont, après l'avoir entendue, écrivit au roi une lettre touchante, dans laquelle, après avoir rappelé à Philippe ses services et sa fidélité, il se plaint amèrement de l'injustice de sa condamnation, qui, ditil , n'est fondée que sur des accusations fausses et calomnieuses, dont on s'est servi pour le perdre dans

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