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les hommes de lettres de notre pays, et toutes ces figures sont à la fois ressemblantes et artistement posées.

M. Baugniet a une belle carrière devant lui, surtout s'il continue à traiter l'art en artiste plutôt qu'en marchand. L'Exposition était fermée lorsque parurent les beaux portraits de MM. Dekeyser et Gallait, dessinés par M. Baugniet. Ce sont bien, à notre avis, les meilleurs ouvrages de l'artiste; ils sont faits avec sentiment, et joignent à une ressemblance frappante un mérite de composition extrêmement remarquable.

GUSTAVE SIMONEAU.

Ce jeune dessinateur s'entend admirablement à rendre, avec le crayon lithographique, l'architecture des anciennes cathédrales du moyen âge. Celle de Reims a été exécutée par lui avec autant de délicatesse que de vigueur. M. Simoneau a bien compris cette architecture, les effets de ses masses, les effets de ses détails, aussi les reproduit-il avec leur caractère de grandeur et d'élégance, de sentiment et de majesté. 11 a l'art de distribuer ses ombres et sa lumière sur toutes ces surfaces, sur ces profils si pittoresques. Dans ce genre, il ne nous paraît pas avoir de rival chez nous.

Ce qui, dans M. Simoneau, mérite les plus grands éloges, c'est sa constance, sa persévérance d'artiste; il ne se laisse arrêter par aucun obstacle. ll a le triple courage et le triple mérite de dessiner d'après nature, de transporter ses dessins sur la pierre avec le crayon lithographique, et enfin de les imprimer lui-même.

Son caractère personnel est digne en tout point de son beau talent : il joint à sa supériorité incontestable une modestie peu commune.

J. FORSTER.

Parmi les gravures exposées au Salon, nous n'avons trouvé de vraiment remarquable que La Vierge au bas-relief, de Léonard de Vinci, gravée par M. J. Forster, de Paris. Cette production serait de nature à faire revenir de l'opinion, si générale, que la lithographie a rendu impossible les grands succès en gravure. Certes, le nombre des graveurs a diminué, mais les amateurs savent toujours distinguer le vrai mérite. Et l'homme qui possède un talent réel est sûr de rendre la place qui lui appartient au genre qu'il cultive. La lithographie ne doit point détrôner la gravure; ces deux arts doivent se partager l'empire : il reste à chacun d'eux une assez belle part.Quel amateur, envoyant l'ouvrage de M. Forster, regrettera le temps, les veilles consumées pour atteindre à cette perfection? Quel amateur, en voyant les scènes que M. Madou dessine si spirituellement sur la pierre, pourra regretter qu'il n'ait pas employé le cuivre et le burin? Désormais la lithographie a acquis son droit de cité dans le domaine des arts; mais elle n'y a pris la place d'aucun autre. Le champ de l'imagination est assez vaste, il y a place pour tous les genres. La discussion ne peut s'établir qu'à l'égard des productions médiocres de l'un ou l'autre procédé. Ainsi l'on pourra dire, j'aime mieux tel tableau lithographié que tel autre gravé, ou l'inverse; mais ces jugemens ne décident pas entre les deux arts.

Malgré l'introduction de la lithographie, la gravure est et sera toujours utile, ne fût-ce que pour l'industrie, qui doit avoir si souvent recours à elle. Bien plus, il est certains ouvrages pour lesquels la lithographie ne remplacera jamais la gravure. Laissons-les donc se partager l'empire et marcher à de nouveaux progrès, en se prêtant un mutuel appui.

Et commençons par admirer le beau travail de M. Forster. Toute la grâce, toute la suavité, toute la noblesse qu'il fallait pour traduire dignement Léonard de Vinci, le plus gracieux et le plus suave des peintres de cette Italie, si renommée pour ces qualités, le graveur a

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