Images de page
PDF
ePub

Saint Joseph avec l'enfant Jésus; l'Espérance rêvant à l'immortalité, commandée pour un tombeau en Allemagne. 11 a achevé en plâtre les modèles de la grande statue de la Liberté pour le monument de la place des Martyrs, et un des quatre Génies qui doivent décorer lesangles du soubassement de ce monument; une jeune femme morte, destinée à être placée sur un tombeau dans une église d'Anvers; le modèle qui doit servir pour couler en bronze la statue de Grétry, pour la ville de Liége; celui de la statue que la ville d'Anvers va élever à Rubens, et enfin vingt à trente bustes, parmi lesquels se distinguent ceux du roi, de la reine, et du jeune prince royal décédé; ceux des princes de Portugal et de Cobourg; ceux de MM. Ch. Debrouckère, Coghen, Wappers, Lepoitevin,

Schaepkens, Waroquée, et de Mme E , presque tous

exécutés en marbre, coulés en fer ou en bronze.

Nous nous occuperons particulièrement des ouvrages exposés par M. Geefs au Salon; mais nous ne bornerons pas là notre examen. La statue du comte de Mérode doit entrer dans notre analyse, puisque, placée dans l'église où elle doit rester, elle se présente au public et appelle ses jugemens.

Ici la blouse citoyenne, la blouse populaire s'ennoblit et vient prendre dans le domaine des arts la place qu'elle a conquise dans l'histoire. Un noble comte , issu d'une puissante famille, comblé de toutes les jouissances de la fortune, pouvant couler une vie paisible et heureuse, sans rendre compte à qui que ce soit de l'emploi de ses instans, n'ayant rien à gagner à un changement politique, s'arrache à sa famille, à toutes les douceurs d'une existence privilégiée; à la voix de la patrie, il se souvient qu'elle est notre mère-commune, et sous le costume de simple volontaire bruxellois, il marche au-devant du péril. Mais il tombe sur son premier champ de bataille. Voyez, le fer du biscayen a traversé sa cuisse dont il a brisé l'os. La force du coup l'a renversé. Il se relève cependant et cherche du regard un ennemi à qui il puisse adresser la balle que récèle l'arme qu'il tient encore dans sa main. L'ennemi s'enfuit : la dernière charge de son pistolet sera donc inutile. La contraction des muscles de la face, le gonflement des veines du front expriment bien la douleur physique, tandis qu'un sentiment de généreuse satisfaction commence à briller dans ses yeux qui contemplent le triomphe du drapeau national. La conception de cet ouvrage est aussi sage que forte : point de contorsions, point de mouvemensdésordonnés; le calme et le sang-froid d'un homme qui, avant de prendre les armes, en avait calculé les chances et les affrontait sans arrière-pensée. Cette blessure, il la reçoit avec résignation, il offre son sang en sacrifice sur l'autel (le la patrie. Ce sang noble qui coule de ses veines, est versé pour le bien-être du peuple, pour son affranchissement. La douleur qu'il éprouve lui semble bien secondaire en comparaison des résultats de l'œuvre qu'il aura aidé à accomplir.

L'exécution de cette statue répond complétement à l'espérance que le modèle exposé en 1833 avait fait concevoir. Le nu est palpitant de vie, les draperies sont d'un bon style et présentent de jolis détails sans manière. Ce marbre vous reproduit bien distinctement la toile de la blouse, le drap du manteau, le cuir des guêtres, avec les plis qui les caractérisent. L'ensemble des lignes a de la grandeur et de l'élégance; le blessé se soulève en s'appuyant sur la main gauche; ses jambes sont bien posées l'une sur l'autre. L'artiste a fait sentir, par la saillie des veines et des muscles, l'effort de la main qui soutient le poids du corps, tandis que l'autre est à l'aise et presque sans action. Le cou est plein de vigueur et de noblesse; nous regrettons que la poitrine ne présente pas plus de nu : nous aurions voulu retrouver le sein gonflé, Yanimosum pectus de Virgile, ce que le modèle en plâtre avait promis. Un linge artistement plissé, et comme sortant tout frais des mains de la repasseuse, nous cache aujourd'hui cette poitrine. La vérité n'a-tclle pas perdu à cette modification? Cette chemise, cette blouse même ne devraient-elles pas être autrement froissées, quelque moiteur ne devrait-elle pas se montrer sur cette peau? Nous voudrions aussi plus de désordre dans cette chevelure , peignée comme pour un bal.

L'ensemble du monument mérite une mention spéciale. M. Geefs va montré beaucoup de goût et de discernement. C'est dans une espèce de chapelle gothique que le tombeau , gothique lui-même, est placé ; la statue est étendue au-dessus. Cette heureuse alliance d'un costume moderne avec l'architecture d'une époque reculée , indique que le personnage qui occupe cette place appartenait, par ses ancêtres glorieux, aux temps du moyen âge, et, par ses sentimens généreux, aux progrès de notre siècle. C'est le volontaire plébéien de 1830, qui vient reprendre, dans le caveau de ses nobles aïeux, la place que sa naissance lui avait assignée , place qu'il rend à jamais illustre.

Deux charmantes figurines, exécutées en pierre, et nichées dans les angles du tombeau, y sont agenouillées avec grâce. Elles rappellent les belles sculptures du moyen âge. Ce sont de toutes jeunes filles pleurant et jetant des fleurs sur la terre. Leurs longs et pudiques vêtemens accusent des formes pleines de noblesse et de suavité; leurs figures sont d'une expression touchante, et de types charmans.

De la cathédrale passons au Salon : un morceau d'une grande importance se présente, c'est le groupe de Geneviève de Brabant, avec son enfant et sa biche

L'histoire des malheurs de Geneviève de Brabant est aussi intéressante qu'elle est populaire. Tout le monde a entendu chanter ces ballades, ces complaintes où l'aventure de l'infortunée duchesse de Brabant est racontée en style dont la naïveté est quelquefois triviale. Cependant le fait lui-même est si touchant, que le souvenir que l'on a gardé de cette pauvre femme persécutée est, dans tous les esprits, parmi les plus gracieux souvenirs. On conçoit que l'imagination d'un artiste éminemment sensible se soit enthousiasmée pour un tel sujet, qu'il s'en soit occupé avec amour.

D'abord, il était sûr d'être compris de la foule. La jeune femme, le petit enfant et la biche, dispensent de toute explication, de tout commentaire. Ce marbre parle au public : il lui raconte des douleurs, des misères dont il a mille fois entendu le récit; chacun se plaît à y reconnaître le sentiment qu'il y cherche.

Tandis que la foule, qui se laisse aller à ses sensations sans raisonner les impressions qu'elle recoit, admirait cette belle production du ciseau de Geefs, la cou

i Grandeur naturelle.

« PrécédentContinuer »