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Un beau talent qui se révèle par un ouvrage exécuté à Rome, demande à être confirmé par quelques travaux accomplis dans sa patrie. C'est au gouvernement, c'est aux particuliers riches et amis des arts qu'il appartient de fournir à M. Eugène Simonis l'occasion de montrer ce qu'il est capable de faire, seul, abandonné à son inspiration et appuyé de son talent.

Enattendant, nous avons, pour apprécier son aptitude, deux ouvrages remarquables à divers titres: Un jeune enfant voulant soustraire un lapin aux poursuites d'une levrette et Un guerrier défendant l'étendard de la patrie. Le premier groupe est exécuté en marbre et a

i Grandeur naturelle.

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été l'objet de l'admiration générale. Le jeune artiste a fait choix d'une belle nature d'enfant adolescent, il s'est inspiré sur les meilleurs modèles de l'antiquité; on retrouve dans son marbre la rondeur et la grâce des formes du Cupidon grec. Le mouvement du jeune homme, l'ensemble concentrique de ses gestes, ramenant tous les membres vers un centre, pour protéger l'innocente bête qu'il tient contre son sein, sont rendus avec aplomb et unité; la tête se relève bien, elle s'emmanche avec grâce au cou et aux épaules; le torse montre de belles divisions; les jambes, finement dessinées, sont posées avec simplicité; les reins offrent une belle ligne. L'artiste a su tenir le milieu entre la maigreur et l'excessif embonpoint; les muscles, sans être trop prononcés, ce qui n'eût pas été de l'âge de l'enfant, sont suffisamment sentis, et la peau souple qui les recouvre est partout moelleuse et délicate.

Cet ouvrage est donc une preuve de talent irrécusable; il signale un artiste qui a le sentiment de la composition sculpturale, de la grâce et de la noblesse des lignes, qui possède ensuite une grande suavité de ciseau. Son sujet est aussi fort heureusement choisi ; mais il l'est dans un ordre d'idées tout à fait matérielles et qui ne parlent point à l'âme. C'est la tradition de la sculpture païenne, toute sensuelle.

Le second ouvrage de M. Simonis n'est encore qu'un modèle en plâtre, plus grand que nature. Ici, quoique le jeune sculpteur se tienne dans la route tracée par l'antiquité, pour le choix de son sujet et la manière dont il l'a conçu, il s'en éloigne quant au mouvement, auquel il n'a pas conservé ce calme, cette tranquillité dépose qui font le mérite éminent des statues grecques. Les contorsions ne se montrent dans la statuaire qu'aux époques de décadence; alors, ce que les artistes ne savent plus obtenir par la perfection de l'ensemble et des détails, ils le cherchent dans les effets, et la sculpture est l'art qui admet le moins les effets heurtés. Le caractère de stabilité de cet art, son application à des sujets toujours graves et sévères, doivent le mettre à l'abri de ces caprices éphémères du goût.

Quoique nous nous plaisions à admirer l'exécution de la grande statue de M. Simonis, nous ne saurions la considérer que comme une fort belle étude académique.

CHARLES GEERTS.

M. Geerts a exposé un fort beau buste, en marbre, de monseigneur l'archevêque de Malines, et la statue, en plâtre, d'un de nos peintres flamands, Quinlen Mesius '.

Le célèbre forgeron d'Anvers, en costume de son temps, est assis sur son enclume : il tient en main un portefeuille sur lequel il va dessiner l'objet qu'il paraît considérer avec attention. Ses jambes, que l'on a trouvées un peu maigres, sont serrées dans un pantalon collant, son bras droit est nu presque jusqu'à la saignée, une manche de chemise couvre le reste; une draperie habilement placée entoure son cou et tombe de son épaule gauche. 11 est coiffé d'une barrette, et ses longs

1 Grandeur naturelle.

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