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vcrnemcnt ne peut disposer de sommes assez considérables pour donner aux arts une forte impulsion. Nous ne sommes point de cet avis : la législature est bien disposée, et, dès qu'on lui aura montré des résultats, dès qu'on lui aura prouvé que la gloire du pays, que notre valeur comme nation, dépendent de nos succès aussi bien dans les arts que dans l'industrie, dès qu'elle aura reconnu que les subsides qu'elle accorde sont réellement employés de la manière la plus propre à amener de grands progrès, elle ne se refusera à aucun des sacrifices qui I ui seront démontrés nécessaires.

Mais s'il est un système qu'il faut se hâter d'abandonner, c'est celui des acquisitions après les expositions. Ce système pouvait être employé transitoirement. Aujourd'hui les personnes chargées de la direction des beauxarts doivent suffisamment connaître la spécialité et la capacité relative de nos artistes: le moment est venu de leur commander des travaux.

Ces travaux demandent à être coordonnés: réunis, ils doivent pouvoir composer un jour un ensemble que nos neveux montreront avec orgueil en disant : Ceci est l'école belge.

Les objets exposés cette année ne nous ont pas fourni l'occasion de parler de l'architecture. Cet art, qui doit être à la fois la base et le lien de tous les autres, semes

ble condamné chez nous à une existence stationnaire: la foule innombrable des constructions particulières qui se pressent les unes sur les autres, loin de servir au progrès de l'art, le réduisent, au contraire, aux proportions les plus mesquines.

Bruxelles, notre capitale, possède à peine un édifice moderne qui puisse être présenté comme le résultat de la science architectonique dans le pays. En cela, tout est à faire. Les locaux manquent pour les grands établissemens publics, pour les expositions, pour les collections scientifiques, pour les bibliothèques, pour les tribunaux, pourles musées, pour la célébration des solennités nationales, pour les académies, pour la tenue des sessions des jurys institués par la loi sur le haut enseignement. Il faudra toujours, quelque retard qu'on y apporte, finir par élever ces édifices, que réclament les besoins du nouvel état. Pourquoi ne pas arrêter, dès à présent, un grand et vaste plan de construction de bâtimens nationaux? Les architectes y déploieront leur science, et certes nous ne manquons pas d'hommes capables dans cette partie; ils établiront leurs plans de manière à fournir du travail à nos artistes en tout genre : aux peintres, soit qu'ils traitent l'histoire, le genre, le paysage, les fleurs et les fruits, pour les arabesques, etc.; aux statuaires et sculpteurs, soit pour orner les frontons et les frises de bas-reliefs, soit pour placer des statues et des bustes sous les péristyles et dans les vestibules.

La grande peinture à fresque, qui a fait la gloire de l'école italienne, est peut-être le mode le plus propre à développer les facultés de l'artiste, celui qui lui procure le moyen de donner le plus libre essor à son imagination. C'est vraiment la peinture épique. Pourquoi, dans ces vastes salles que réclament nos mœurs actuelles, dans ces salles où la liberté appelle tous les citoyens à venir juger les actes des hommes publics, pourquoi cette grande et noble peinture à fresque ne présenterait-elle pas à tous les yeux les plus beaux exemples de notre histoire nationale? On parle de commander quelques statues de nos grands hommes : l'idée est bonne assurément , mais ainsi isolée elle ne produira aucun résultat, si ce n'est d'exciter la jalousie entre les sculpteurs. 11 faut exécuter des travaux importans, mais des travaux toujours utiles, et y employer les artistes, suivant leur spécialité; chacun y trouvera sa place.

Nous le répétons, l'avenir des arts en Belgique dépend de la direction qu'ils vont prendre d'ici à peu de temps. Si le gouvernement ne leur donne pas un point d'appui solide et une impulsion salutaire, c'en est fait de toutes ces belles espérances que font concevoir les jeunes talens qui s'élèvent. Nous les verrons dépenser leur activité dans de vains et infructueux essais. Mais toujours occupés du soin de se concilier la faveur publique, ils quitteront le vrai et la nature pour la mode; incertains du placement de leurs ouvrages, ils abandonneront le genre élevé pour se livrer à la production d'ouvrages d'un débit plus facile.

Tous les arts sont menacés par cette maladie de la facilité, c'est elle qui tue la littérature. Quel homme , à moins qu'il jouisse d'une grande fortune, aura le courage de composer un livre, comme nos devanciers et nos maîtres le faisaient, en le châtiant, en l'élaguant, en le réduisant autant que la clarté le permet?

Aujourd'hui, un écrivain qui retranche dix lignes de son travail peut calculer, à un centime près, le tort qu'il fait à sa bourse. — Et sa réputation , dira-t-on?— On lit comme on écrit, avec la même précipitation, avec la même négligence.

11 faut éviter aux artistes le danger de cette pente, à laquelle ils ne sont que trop enclins à se laisser aller; et pour cela, il faut donner un but, un but utile, un but honorable à leurs travaux.

Certes, jusqu'ici le gouvernement ne peut être accusé d'avoir mal employé les fonds que les chambres ont mis à sa disposition pour l'encouragement des beauxarts; la justice et l'impartialité ont présidé aux acquisitions qu'il a faites, et aux récompenses qu'il a décernées '. Mais il est fâcheux d'être forcé de reconnaître que la nature même des sujets exposés a souvent obligé le gouvernement à acheter des ouvrages peu propres à être placés dans un musée national, pour y servir d'enseignement et y représenter une école.

Une protection puissante et éclairée est descendue du trône : le roi, qui depuis cinq ans n'a cessé de consacrer aux arts une partie considérable de sa liste civile, a encore,à l'occasion de cette Exposition, montré sa royale munificence; les ouvrages les plus remarquables, devant lesquels la foule s'assemblait, portaient presque tous cette inscription : Appartient au Roi. C'est ainsi que le beau tableau de Gallait, que celui de Verboeckhoven, que celui de Wappers, que le joli groupe de Simonis, vont orner la galerie de Léopold.

Trois artistes belges ont été décorés à l'occasion de l'Exposition de 1836, ce sont d'abord M. Henri VanAssche, le doyen des peintres belges, dont la réputation comme paysagiste ne s'est pas arrêtée à notre pays. M. Navez, peintre d'histoire, à qui son seul mérite avait valu, sous le gouvernement précédent, une distinction

1 Voyez ci-après la liste des artistes qui ont obtenu des récompenses, et celle des tableaux achetés par le gouvernement et pour la loterie.

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