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ÉCOLE DE M. DE BRAEKELEER.

M. de Braekeleer a déjà fait un certain nombre d'élèves. Ne parlons d'abord que de ceux qui se sont tenus à son genre spécial et qui s'appliquent à le copier.

Dans les arts d'imitation, il y a un modèle constant, qui se produit sans cesse, sous des formes si variées, que mille copistes peuvent, en lui restant fidèle, le rendre d'une manière différente. La nature, si riche dans ses aspects, est là pour tout le monde; chacun peut en faire son profit, suivant ses dispositions particulières. En suivant ce maître, on est original, parce que l'on a vu par ses propres yeux et non par ceux d'un autre.

11 n'en est pas ainsi de ceux qui s'attachent à une école : ils se privent de leur individualité, acceptant comme règle des idées qui peuvent être excellentes pour celui qui les a lui-même recueillies par l'expérience d'une longue pratique, mais qui ne font qu'épargner au commençant un travail pénible, condition indispensable à l'acquisition d'un talent quelconque.

Sans doute l'art resterait stationnaire , si nous ne profitions aujourd'hui des observations faites par nos devanciers. Si chaque artiste devait inventer son art et venir de Ditubade à Raphaèl, le nombre de ceux qui surmonteraient les difficultés de la pratique serait bien petit. Aussi sommes-nous loin de prétendre que l'élève ne doive pas faire son profit de l'expérience acquise par son maître et par ceux qui l'ont précédé dans la carrière. Il y a loin toutefois de l'emploi sage et raisonné des procédés acquis, à la copie servile de toute la manière d'un homme ; et c'est malheureusement la manière seule que la plupart des élèves s'attachent à imiter.

Parcourez un salon d'exposition, vous reconnaîtrez quelques chefs d'école, et, après eux, la foule des imitateurs, servum pecus.

Cette copie servile de la manière du maître est dangereuse par sa facilité même; combien ne devra-t-elle pas paralyser les moyens de l'élève, dès qu'il voudra marcher sans lisières; ne nous laissons pas surprendre au mérite, souvent bien remarquable, de certains tableaux dejeunes gens, qui ne peuvent avoir encore qu'un talent d'emprunt.

Nous citerons, par exemple, une toile de M. À. Pez , n" 396, Une partie de cartes. Si l'on présentait cet ouvrage comme de M. de Braekeleer, plus d'un amateur y serait trompé.

Nous avons vu des artistes habiles, de bons connaisseurs , qui ne se servent point du livret pour reconnaître les pièces de chaque peintre, attribuer longtemps Une partie de cartes à M. de Braekeleer. En effet, toute la manière du maître y est parfaitement saisie. Même étude d'intérieur, même ameublement, même genre de costumes, même ton de couleur, un peu fade, même effet, même touche, composition tout à fait analogue, expressions rendues par les mêmes procédés de dessin. Si M. A. Pez avait fait ce tableau sans avoir vu ceux de son maître, nous ne balancerions pas à lui donner un rang fort distingué parmi nos artistes.

Cependant nous ne refuserons pas nos éloges aux débuts d'un jeune homme qui, après tout, a fait un charmant tableau; les réflexions que nous avons cru devoir placer ici ne s'adressent pas à lui seul, et nous aurons plus d'une fois l'occasion d'y revenir. Nous croirions être injuste envers les maîtres, qui se doivent à eux-mêmes leur originalité, si nous n'établissions une différence entre eux et ceux qui les copient, même avec le plus de bonheur.

A. PEZ.

La partie de cartes.
(Ne 896.)

C'est dans une maison proprement tenue, de bons paysans flamands, bien à l'aise, bien couverts, bien nourris, bonnes figures d'honnêtes gens. Un ami de la maison, vieillard encore vert, endimanché, habit coupé à la française, culotte noire et bas blancs, chapeau à trois cornes, est à faire sa partie accoutumée avec la vieille maman, une connaissance d'ancienne date, à laquelle il a conservé l'habitude de faire sa visite, de venir tenir compagnie les dimanches et fêtes après vêpres. La partie est en train, un beau coup se prépare, l'attention est fortement occupée. Le mari, qui va sortir pour faire

sa promenade, regarde en passant les cartes des joueurs et exprime par son geste et par le jeu de sa physionomie l'intelligence qu'il a du résultat de la partie. La servante est occupée dans le fond à préparer quelque chose sur les fourneaux allumés.

Telle est la scène bien conçue, bien disposée. L'exécution répond à la pensée de l'auteur. Il y a du mouvement et presque de la passion dans la femme dont le corps est porté en avant. Le vieux est posé avec un naturel charmant, il est à l'aise, il a déposé sur un tabouret, auprès de lui, son chapeau et son mouchoir de coton bleu, pour l'avoir à sa portée. Du reste, comme nous l'avons dit, la pastiche complète du style de M. de Braekeleer.

Parmi les autres jeunes gens qui suivent cette école, nous avons encore remarqué MM. Hunin (A. Louis), Janssens (J. B.), Dens(J.), Somers (L.). Tous quatre méritent, à différens degrés, l'attention des amateurs.

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