Images de page
PDF
ePub

due de la perte, c'est l'ecclésiastique, debout, sombre, mais résigné. Le plus âgé des élèves, un sous-maître peut-être, qui aura perdu son trousseau, tout ce qu'il possédait, s'est jeté sur l'épaule du prêtre dans l'attitude du découragement. Le directeur tient par la main un élève plus jeune dont il soutient la marche. Dans toutes ces figures d'enfans, vous remarquerez une grande variété d'expressions; celui-ci pleure parce qu'il a été effrayé , celui-là pleure parce qu'il a été dérangé, parce qu'on l'a arraché trop brusquement à un doux sommeil bien désagréablement interrompu; cet autre n'est que médiocrement ému, l'incendie est pour lui un spectacle, cette marche forcée est un exercice, il n'y voit guère que cela.

Dansle fond, on aperçoit l'incendie qui semble dévorer une ville entière, et une foule de personnes qui se sauvent.

On reconnaît bien, au simple aspect des figures qui forment le premier plan du tableau, que ces enfans sont les pensionnaires d'une maison d'éducation incendiée, mais il y a peut-être un peu de vague dans les idées accessoires. Ce qui brûle au fond, est-ce le pensionnat? Dans le cas de l'affirmative, qu'est-ce que la ruine auprès de laquelle les enfans sont arrêtés? Dans quelle intention est-elle placée en cet endroit? Est-ce seulement pour obtenir un effet pittoresque?

Quoi qu'il en soit, la couleur de ce tableau est d'une vigueur de ton peu ordinaire aux élèves de l'école à laquelle il appartient; les poses, les expressions, le dessin, répondent bien à la pensée de l'auteur.

Les tableaux n09 435, Les deux rivaux, et 437, L'attente, sont d'une couleur plus fade et ne manquent cependant pas de quelques qualités.

Le n° 436, Le politique, leur est de beaucoup supérieur. Un paysan, assis devant la table où son dîner l'attend, lit la gazette avec une attention extrême. Tout entier à sa lecture, il ne s'aperçoit pas que ses pommes de terre se refroidissent; plus politique que gastronome, il oublie qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien, et qu'un dîner froid ne vaut pas grand'chose, quand surtout il se compose de pommes de terre. Sa tabatière ouverte est sur la table, attendant que ses doigts s'y insinuent sans qu'ils soient obligés de l'ouvrir préalablement, ce qui absorberait une partie d'un temps si bien employé à savourer quelque bon article de fond d'un journal politique.

La tête du lecteur est parfaitement peinte; l'attention, ou plutôt l'absorption complète de toutes les facultés, y est rendue avec un rare bonheur. On pourrait demander plus de vigueur et moins d'indécision de dessin dans la partie inférieure du corps.

Nous n'aurons pas grand'chose à dire de M. J. Dens, si ce n'est qu'il imite aussi par trop le maître dont il a emprunté le coloris. Nous ignorons s'il travaille réellement dans l'atelier de M. de Braekeleer; mais il est évident qu'il s'est proposé pour modèles les ouvrages de ce peintre. Dans son Arrestation du conscrit réfractaire, n° 115, et dans sa Marchande de volaille, n° 114, il se trouve aussi des indices d'heureuses dispositions; c'est pour cette raison que nous le signalons à l'attention du public, espérant que le travail développera le germe de talent dont la nature paraît l'avoir doué. Quant aux deux autres tableaux, n°* 113 et 116, Vue des dunes de Blankenberg, et Vue prise à Boulogne, le jeune artiste y manque encore d'originalité et suit les mêmes erremens que M. Jacob Jacobs, dont nous nous occuperons plus tard.

H. DENOBELE.

Voici une tout autre école, qui tient le milieu entre la finesse des anciens Flamands et la manière des peintres de genre français d'aujourd'hui. M. Denobele a vu et étudié Teniers, et il s'est néanmoins senti entraîné vers Bellangé et Raffet. 11 n'est pas trop imitateur, c'est ce qui nous plaît surtout en lui. 11 promet un peintre à son pays : acceptons-en l'augure.

Parlons d'abord de ses portraits: il en a exposé trois qui tous ont de solides qualités. Ses chairs auraient plus de vie peut-être s'il ne portait pas, dans cette peinture en grand, les habitudes que lui font contracter les petites figures de ses tableaux. Ses portraits, sans manquer pour cela de rondeur, n'ont pas assez de modelé; sa touche est trop unie; il ne fait pas sentir la circulation du sang sous la peau; sa couleur, trop fraîche, est

[graphic]
« PrécédentContinuer »