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première fois la diplomatie pratiquée comme art, et enseignée comme science par des diplomates proprement dits.

Florence, Venise et Rome ont produit, dès le XIIe siècle, des diplomates très-distingués. Cinq des littérateurs les plus renommés de la Toscane, Dante, Pétrarque, Boccace, Guicciardini et Machiavel, furent chargés par la république de Florence des missions les plus importantes et les plus difficiles. On sait quelle habileté le dernier surtout déploya dans ses missions auprès de Louis XII, de l'empereur Maximilien, du pape Jules II et de César Borgia. Le service diplomatique de la république de Venise a été réglé, dès le commencement de ce même siècle, par une série d'ordonnances qui prouvent l'importance qu'on attachait à ce service, et qui fournissent sur son organisation et sur l'idée qu'on s'en faisait des renseignements aussi intéressants qu'authentiques. H. WHEATON, dans son estimable ouvrage sur l'Histoire des progrès du droit des gens, donne à ce sujet des détails auxquels nous renvoyons nos lecteurs, tout en regrettant que l'auteur n'ait pas pris soin de rattacher à ces premiers commencements de la diplomatie les développements ulté

rieurs qu'elle a reçus en Europe, et mis à profit, comme ils auraient pu l'être, les matériaux historiques pour éclairer, expliquer, justifier les doctrines mêmes et les usages du droit international.

Toutes les parties de ce droit, et en particulier la diplomatie, ont une valeur, une signification historique , dont l'importance dépasse de beaucoup leur valeur rationnelle. Le droit de chaque époque est essentiellement, comme les faits mêmes qui la caractérisent, un produit de l'histoire antérieure, produit qu'on ne saurait comprendre et justifier aux yeux de la raison qu'en se plaçant au point de vue de cette époque. C'est ce qui explique pourquoi, bien que le droit international ait incontestablement une base rationnelle, bien qu'il soit fondé sur des principes naturels de justice, et sur les données que fournit l'étude abstraite de la nature humaine et du lien social, il est cependant essentiellement progressif, par conséquent variable, non-seulement quant aux formes sous lesquelles il se réalise, mais aussi quant au fond des idées reçues et des usages consacrés.

Depuis le xie siècle, auquel se rapportent ces premiers développements de la diplomatie dont nous parlions tout à l'heure, mais surtout depuis le xve siècle, dans lequel tant d'événements mémorables préparaient les péripéties de la politique européenne, il est évident que la pratique des négociations et la partie du droit des gens qui s'y rattache ont traversé bien des phases diverses et subi de nombreuses transformations. Quelle distance, de Machiavel se rendant seul, à cheval, au lieu de sa mission, s'y logeant à ses frais comme le plus simple voyageur, et sollicitant de son gouvernement quelques secours pécuniaires pour subvenir, comme il le dit lui-même, à ses penses les plus nécessaires, à ce comte d'Estrade, ambassadeur de Louis XIV, entrant à la Haye au bruit du canon et des fanfares, écrasant, par ses équipages, son cortége, ses costumes, tout ce que la riche aristocratie flamande pouvait déployer de luxe et de faste, et habitant un hôtel où il était plus indépendant et maitre chez lui que s'il n'eût pas quitté la France! Et quelle distance aussi entre cet éclat officiel des ambassades du xviie siècle et les allures modestes des ambassadeurs de notre temps, quoique la richesse publique et privée des nations qu'ils représentent ait peut-être décuplé depuis lors!

Le droit des ambassadeurs n'a guère subi

moins de modifications que le cérémonial. A peine reconnu au moyen âge dans ses principes les plus essentiels, il s'est élevé ensuite, surtout par la fiction de l'exterritorialité et par celle de la représentation personnelle, à une exagération qui portait de graves atteintes aux droits absolus des États; puis il est retombé de nos jours dans des limites qui tendent à devenir de plus en plus étroites.

Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir cette thèse de philosophie historique, et de suivre pas à pas les transformations successives de la diplomatie pour en montrer l'explication dans l'ensemble des faits, et des institutions de chaque époque. Nous n'avons présenté ces considérations générales que pour en déduire deux conclusions

pratiques, dont nous croyons qu'il est bon de se pénétrer pour tirer d'un l'instruction qu'il renferme. Notre première conclusion, c'est que

les

personnes qui étudient la diplomatie en vue d'une carrière où ils seront appelés à invoquer, pour elles-mêmes ou pour d'autres, les droits et les usages dont ce Guide offre l'exposé méthodique, ne doivent point envisager ces droits et ces

ouvrage tel

que celui-ci

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usages comme étant d'une convenance absolue, fondée sur la nature intime des choses, ni, par conséquent, s'étonner de ce que l'influence soit des événements, soit des circonstances de temps et de lieu , ne permet pas de présenter l'ensemble de la science comme un système bien arrêté et lié dans toutes ses parties; notamment de ce que certains points, logiquement déduits de principes incontestables, sont ou seront un jour niés ou contestés dans la pratique. La logique de l'esprit n'est pas toujours celle des faits; la réalité ne procède pas par syllogismes.

Ainsi, en étudiant avec soin l'histoire et les institutions de la période pendant laquelle le droit des ambassadeurs avait atteint son apogée, on découvre que les lois qui protègent la liberté et la sûreté individuelle des étrangers et même des nationaux étaient alors partout dans un état d'imperfection et d'insuffisance qui justifie ce qu'il y avait d'exceptionnel et d'excessif dans les garanties accordées aux ministres publics. L'histoire des périodes subséquentes nous montre ces mêmes lois se perfectionnant peu à peu avec le progrès des lumières. C'est dans ce sens, c'est au profit de la sûreté, de la propriété, de la liberté in

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