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cirre sait, & elle avoua ingénument qu'elle s'ctoit fait un lit de ces fagots, & qu'elle n'avoit. pas cru devoir rompre le silence pour se plaindre de ce qui étoit de manque dans fa cellule. II est fans doute qu'une telle dévotion pour lc . silence n'étoit pas fans une dévotion pareille, pour la mortification du corps.

La Mere Angélique en revenant à P. R. y XLVni. trouva une Sœur de moins , qu'elle regretta ex- Elo8e de

trêmement pour fa vertu, & qui étoit morte enìfac- claire" _„ rr • Ai • »i • r.- Martine pour

1610. Elle le nommoitClane-Martine Pinot, sa íîmpíic-ici fijle d'un Avocat. On s'est long-tems souvenu inimitable j d'elle dans P. R. pour l'estime qu'on íaisoit de morte ea fa vertu , qui dès 1 âge de 7. ou 8. ans avoit ceci1610de singulier: elle refufoit l'argent que íbn Père vouloit lui donner pour ses menus plaisirs , comme l'on dit ; parce que , difoit-elle, elle ne se plaisoit qu'aux choses solides. Lorsqu'elle fut âgée de ~i 6. ans., son Pere voyant le grand désir qu'elle avoit d'être Religieuse, la mit chez les Úrsulines. Elle y édifia toute la maison dans son Noviciat. Mais comme elle n'avoit pas de talent pour l'Instruction de la Jeunesse , qui est l'objet principal de cet Institut, on lui proposa d'être Sœur Converse. Elle l'accepta tout uniment. Elle alla à la cuisine, où elle travailla pendant quelques semaines. Les Supérieurs de la maison lui déclarétent qu'on ne pouvoit la recevoir ni comme Converse , ni comme Sœur de Chœur. Elle reçoit tranquillement son congé au grand étonnement des Religieuses , qui auroient bien voulu la garder ; son Confesseur charmé defa vertu, l'adtelsa à P. R. Elle y encra , & y fut reçue. Elle y a vécu 10. ans avec cette même simplicité. Sans faire rien que de commun , elle faisoit tout de la maniéré la plus farfaîte : ce qui dojmoic lieu aux Sœurs de dire, Tome I. S

que jamais on ne lui a vu faire aucune action qu'on pût juger être un péché véniel. Rien ne troubloit l'humeur tranquille qui naìssoit de cette inimitable simplicité. Un jour la Mcre des Novices qui la Faisoit chanter, lui tira brusquement des mains le Livre du chant, en lui diíant qu'il étoit inutile de lui montrer,qu'elle lui faisoit perdre son tems : la Sœur fans se troubler lui répondit avec la plus grande douceur : » a> Ce n'est pas vous, ma Mere , qui perdez vo« rre tems ; c'est mei: car pour vous , Dieu réSj compensera votre patience. Autre trait de simplicité & d'obéissance. On apporte une médecine par mégarde dans le lieu ou elle couche. C'étoit le tems du silence. Elle ne fait aucune question ; pensant que c'est pour elle , elleprend la médecine, quoiqu'elle se portât très-bien , 8c même qu'elle auroit du communier ce jour-là, & l'avale tranquillement. Sur la fin de fa vie elle souffrit de grandes peines d'esprit, qu'elle ciit la patience de supporter, sans chercher aucun soulagement dans la communication avec les Supérieurs. Comme elle avoit contre son ordinaire le visage triste & défait, on se douta de quelque chose , & on en avertit dans la maison. On lui parla , & on lui dit de' s'adresser à -un Directeur. Celui-ci lui conseilla de s'ouvrir àla Supérieure , laquelle remità quelques jours àl'entendre, La malade supporte fans parler tous ces délais , & meurt dans un accès de colique' gui l'emporta avant que cette Supérieure eut' tait ce qu'elle attendoit d'elle. Ce quirendoitfa mémoire rccommandable à P. R. c'étoit cette égalité d'ame qui se montre par tous ces traits, xnx. Vers Tannée 161.3. commença la liaison de n'Tdf ÇM: àe S. Ciran avec P. R. M. d'Andilli l'aiiaisonile M. voit connu dès Xtfzo. à Poitiers ,où cet Abbé

áemeuroit, dans un voyage qu'il y fît. L'Abbé je s. ciran se trouva à Paris en lézj. La il apprit la belle avec P. R. en action de la Mere Angélique qui avoit amené i«»3« avec elle 30. pauvres filles de Maubuisson. II lai écrivit fans la connoître une Lettre de félicìtation à ce sujet, dans laquelle il admirait cec instinct de grâce qui lui avoit fait pratiquer d'une maniéré 6 parfaite le déíìntércliement prescrit aux maisons Religieuses par les saintes régies de l'Eglife , quoique la Mere les ignorât absolument dans la spéculation. II s'établit alors ■ '.

«n commerce de Lettres entre l'Abbé & la Mere. II venoit auífi à P. R. & s'entretenoit avec elle avec une grande satisfaction. II lui fit un jour ce beau compliment, » qu'il avoit bien vu » des Abbesses réformer leurs maisons, mais ■m qu'il en avoit vu peu réformer leurs perfon« nés. « 11 fit quelques conférences à la grille de P. R. cette année, dont la Mere & les Religieuses étoient extrêmement contentes. Cependant il n'y eut pout lors aucun rapport entre la Mere 8c l'Abbé pour la direction : parce que la Mere s^toit formé une idée si haute du mérite de cet Abbé , qu'il ne lui venoit pas même en pensée cju'il fût d'humeurde se rabaisser jusqu'à la conduite paxticuliéte des personnes. L'Abbé étoit bien éloigné d'mie disposition si peu raisonnable ; mais il est vrai qu'il avoit pour maxime, <k ne piévenir jamais personne à ce sujet ; &■ de ne s'engagei que lorsqu'il lui paroissoit par Ja suite des evéneroens que la Providence l'ordonnoit ainsi. M. de S. Cìran donc jusqu'il* 1653. ne paroissoit que rarement à P. R. Sc feulement pour y faire quelque conférence , ©a' bien lorsqu'il étok appcllé par la Mere dans les > "occasions où elle se trouvoit fans ressource pour ic temporel, & avoit besoia de consolation,

xnème de secours d'argent que cet Abbé lui faí# soit trouver.

T.. ia grande réputation de la Réforme & de la

*"U*?U Ré" ^■^orlnat:"ce ^e ^- ^e répandoit de plus en

ttl.„. A. «t.. plus dans le Royaume. Plusieurs maisons Bétonne de plu- r /

iîeurs mai- nedicttnes & Bernardines s adreflérent a la Mere sons, le Lys , AngéJique,pour établir chez elles quelque chose Poilly, Gif , de pareil a ce qu'elle avoit fait à P. R. & à xfrreGomtr- Maubuisson. En 16x3.Madamede la TrimouilFoncáine S. Ie* Abbesse du Lys proche Melun , lui demanda Aubin, Tard, ace dessein quelques-unes de ses Religieuses. La Mere lui envoya la Soeur Anne-Eugenie de l'Incarnation £à propre Sœur, & la Soeur Marie des Anges Suireau: la première en qualité de Prieure, & la seconde en celle de Maîtresse des Novices , quoiqu'elle n'eût encore que xj. ans. Elles y demeurèrent 3. ans, & édifièrent beaucoup & l'Abbesse & fa Communauté. Ce ne fut pas fans avoir beaucoup à souffrir du côté des incommodités de ia vie. Comme la Dame de la Trimoui-lle n'étoit pas paisible dans fa place , & qu'elle étoit en procès avec une concurrente, elle n'avoit pas encore une autorité absolue; ce qui sut cause qu'elle ne put pas accommoder ces deux Religieuses , comme elle l'auroit souhaité. Elles étoient fort mal logées. La Sœui Marie des Anges couchoit dans ua galtas si peu exhaussé , que l'on pouyoittou-. cher de la main les tuiles , d'où il venoit fur elle beaucoup de vent pendant la nuit. Elle en cut de grandes fluxions. Ces deux Soeurs voulant garder J'abstinence ordonnée par ja Régie de S. Benoît, furent jeduites à faire leurrépaj tous les jours d'un même mêts qui étoit un morceau d'omelette. Elles dévoroient toutes ces. incommodités , fans même se plaindre , par le grand zèle qu'elles ayoient pour donner aux Re>4 ïlgeuses & aux Novices des. exemples de pénitence & d'amour de la pauvreté. Car elles se proposoienc de faire goûter le bien qu'elles venoienï établir , beaucoup plus par leur conduite , que par des paroles. II n'y avoit que 4. filles ais Noviciat: ce qui donnoit lieu à la Maîtresse des Novices de s'appliquera chacune avec un soin tout particulier. Four la Prieure , elle gagna peu-à-peu quelques-unes des Religieuses,qu'el-i le avoit trouvées étrangement ennemies de la Réforme. La Mere Angélique fit un voyage au Lys en i6zf. avec trois de scs Religieuses , pour animer davantage la bonne œuvre & cimenter le travail des deux Sœurs. Elle y fit par occasion un petit bien. Une Religieuse du Lytf que l'ambition dominoit, avoit réussi par ses menées à se faire donner un Prieuré. Elle y étoit ailé. Mais la peste s'étant mise dans le lieu , elle se mit en chemin pour venir à Paris chez ses pareils* Au milieu du chemin les chevaux de la voiture demeurèrent en place; en sorte qu'on ne put pas les faire avancer. La Religieuse prend le parti de revenir au Lys ; elle y trouva la Mere Angélique à qui elle parla. Ensuite de quoi elle se résolut d'y rester toujours, pour y vivre saintement: ce qu'elle a accompli, & est devenue un exemple de vertu jusqu'à sa mort. L'Abbessedu Lys quelque tems après" vint passer un an à P. R. pour s'instruire elle-même plus particulièrement de la vie Religieuse: elle voulut même être dans le Noviciat, & faire tous les exercices des Novices. •

La Mere Angélique fit aussi dans ce rems-là un voyage au monastère de Poissy.où elle passa huit ou dix jours. Ce fut la Marquise de Meignelai qui l'exigea d'elle. Elle trouva un petit commencement de Réforme dans Madame la

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