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tentiòn de l'y comprendre ; mais elle voulut en être , & vendit toutes les bardes qu'elle gardoit auparavant avec beaucoup de curiosité & d'attache. Dès ce moment elle ne s'en íou ria plus du tout, Si fut ensuite la plus négligée en ses habits & en Ton linge. Elle fut jusqu'à l'àge de 18. ans fans communier, ce qu'elle souffrait avec douleur , pleurant beaucoup , lorsqu'elle voyoit les autres approcher de la SainteTable. Depuis on consulta des Docteurs , qui jugèrent qu'on pouvoit l'admettre à la Communion , parce qu'elle avoit une connoiílance suffisante. Elle fe confelsoit par truchement ,. disant Ces fautes à une Sœur, qui distinguoit bien fes signes & son bégaiement, cat elle n'étoic pas entièrement muette : & cette Sœur cxpîiquoit au Prêtre ce qu'elle difoit, &Iui faifoit entendre la pénitence qui lui étoit imposée. Quand elle avoit fait quelque faure, elle alloit à la Supérieure lui eu demander pénitence , menant avec elle quelque Sceur qui l'entendoit,pour s'expliquer à la Mere.Depuis qu'elle eut participé aux Sacremens , elle fit beaucoup dé progrès dans la vertu. Sa dévotion envets le Saint Sacrement étoit extraordinaire j car elle demeuroit presque toujours à l'Eglise, lorsqu'il étoit exposé.Elle faifoit règlement deux fois le jour l'Oraifon mentale, outre plusieurs autres Prières & pratiques de piété , dont elle ne fe laíToit point. Elle étoit très-mortifiée: elle faifoit souvent feule ce qui lui étoit ordonné , fe privant ainsi de la consolation d'entretenir les Sœurs qui pouvoient l'entendre. Elle tomba malade le Dimanche des Rameaux , & ne voulut point aller à l'Infìimene , jusqu'à cerjuc se sentant défaillir , elle s'alita le Mercredi-Saint, (ttfâat figue qu'elle mourait bien • tôt. Elle mourut le Vcndredi-Saínt , témoignant une grande consolation , de mourir urt jour aussi saint que celui de la mort de Jesus-Christ.

LIVRE SECOND.

Etablissement de P. R. à Paris: Institut du saint
Sacrement : Solitaires de P. R. des Champs.
Persécution à cause du Chapelet secret du saint
Sacrement, & de M. de S. Ciran;Autres événe-
mens depuis 1626. jusqu'en 1643*

T. T A Mere Angélique depuis son retour de Translation 1 iManbuiflon en 1613. gouverna sa maison

de P Ra'des'aVeC Un Z^'C CPLi "C ^e ra'entì''°'lt point 1 & un Champs' à íucc« 1u' y répondoit. Au bout de deux ans elle Paris. forma un projet qu'elle exécuta la même an

née; c'étoit de quitter le Monastère de P. R. de la campagne, & de venir s'établkà Paris. Ce oui lui lit naître cette pensée , fut que sa maison n'avoit pas de bâtimens fuffisans pour contenir le nombre des Religieuses qui s'étok considérablement augmenté par la troupe qu'elle avoit amenée de Maubuillbn. La Communauté étoit de 84. personnes. D'ailleurs les bâtimensétoient en fort mauvais état. ILauroit fallu les reconstruire : & comme- l'habitation de P. R. étoit mal faine à cause des marécages qui s'y étoient formés, depuis que la conduite des eaux avoit été négligée; Madame Arnaud qui étoit veuve depuis quelques années , crut que s'iL y avoit quelque dépense à faire, il valoit mieux sa faire dans un lieu plus sain & plus commode. L'aftaire ayant été conclue* Madame Ai

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uaud s'employa fortement pour obtenir l'agrément de M. l'Archevêque, qui n'acquiesça qu'avec grande peine , & apres ^c longues sollicitations. Elle obtint aulu du Roi Louis XIII. les Lettres Patentes nécessaires à cet effet, auslìbien que la permission de M. de Citcaux. Elle acheta au Fauxbourg Saint Jacques, dans un canton qu'on nominoic Clagni , une grande maison qu'elle paya 14000. liv. argent comptant. Elle fit accommoder le bâtiment pour íêrvir de Monastère, & y fit porter toute forte de meubles , méme pour la Sacristie. On dispo* sa les logis comme 011 put : on fît un dortoir d'une galerie ; on lambrissa les greniers pour pratiquer des cellules , & la Salle fut changée en une Chapelle.

Lorsque les lieux furent prêts , la Mère Angélique y vint avec 18. Religieuses, taillant aux Champs le reste des filles qui y demeurèrent ua an. En 161.6. elle alla les chercher. En allant & en revenant, elle entra chez les Carmélites. Car elle a voit quelque liaison avec ces Religieuses , qui venoient tout récemment de s'établir en France. Elle les estimoit fort, quoique tout ne lui plût pas chez elles. Elle croyoit y trouver un peu trop de goût & de penchant pour les voies extraordinaires, pour les visions par exemple. Elle n'y rencontroit pas cet esprit d'une entière simplicité , ni un amour de la pauvreté,-tel qu'elle l'inspiroit à íes filles. M. áe Béruile qui étoit lame de ce nouvel établissement, y attiroit des filles de condition : & c'étoit en partie ce qui faifoit entrer trop d'humain dans cette œuvre. La M ère Angélique ne put s'empêcher de marquer son étonnement fur les dépenses exorbitantes qui se firent chea ces Religieuses , poux les tableaux da Réfeo toirc du Chapitre, du Chœur & de l'Eglise, qui croient d'un très-grand prix , & encore plus pour un Tabernacle d'argent dore qui revenoic a 40000. écus. Elle étoit encore plus choquée des dots excessives qu'on prenoit dans ce Couvent , de 10. & 15. mille livres , fans compter les habits dont la dépense montoit à 100. pistoles , & quelquefois plus. Au reste l'union de la Mere avec ces bonnes filles se soutint toujours bien chrétiennement ; elle étoit fort biea reçue dans le Couvent, & les Carmélites I'appelloient la Mere Théreíe, à cause d'une conformité qu'elles trouvoient dans son visage avec celui de cette Sainte : c'étoit quelques poteaux , qu'elles assuraient être placés au visage de la Mere Angélique , dans les nrèmes endroits où Sainte Tnérete en avoit. Elle de Con côté eltimoit & respectoit sincèrement ces Religieuses. & lorsqu'on l'entend assez souvent dans les Relations différentes de P.R. blâmer certains points de leur conduite , il ne faut pas s'imaginer qu'elle le fît par aucun mépris ;car voici ce qu'elle dit dans une occasion pour les excuser: « Ce sont des personnes si saintes & des ames » si fidèles à tout le bien qu'elles connoissent, » qu'iltst visible qu'elles ne font cela que man»j que d'instruction , & on a tout sujet de croire n que si elles avoient là dedans la lumière dont » Dieu nous a favorisées , elles y seroient bien n plus fidèles que nous fans comparaison. í Toutes les Religieuses de P. R. entrèrent en1616. dans la Maison de Paris. On laissa dans celle des Champs un Chapelain pour desservir l'Eglise. Le Saint Sacrement y fut toujours conservé , aussi-bien que le droit de Paroisse. Dieu donna en ce tems-là à la Mere Angélique une satisfaction qui n'a guéres d'exemple. Dès quo

la. Communauté fut placée à Paris, Madame
fa Mere prit la résolution d'exécuter ce qu'elle
projettoit depuis quelque teins de se faire Re-
ligieuse. Elle demanda donc à sa fille l'habit de
Religion. Après lavoir reçu , elle entra au No-
viciat où elle édifia le Couvent d'une maniéré
singuliére,aussi-bicn qu'après fa profession qu'el-
le fit trois ans après; comme nous le verrons
plus au long, lorsque nous en serons à fa mort .
qui arriva, en 1641.

Le désir de conserver l'esprit & la serveur de Jj, Ja Réforme dans P. R. fit naître le dessein à la taMer«AnMere Angélique de faire deux changemens im-gélique fait portans dans l'état de la maison , l'un qui con- P^s*TM*^. sistoit à se mettre sous la jurifdiction de l^t-»rj^jj^jon je dinaire; l'autre de se démettre de Ion titre cîteaux snus d'Abbesse pour rétablir l'Electlon, & faire les celle dal'OcAbbesses triennales. Son motif quant au pre- binaire, mier article étoit l'opposition qu'elle ttouvoit quelquefois dans ses bons desseins du côté de quelques Supérieurs Réguliers , joint au peu de secours qu'elle tecevoit des Religieux Bernardins qu'on lui donnoit pour Confesseurs de la maison. II est bon de l'entendre elle-même déduire ses raisons dans un Mémoire qu'elle composa en 16;}. pour rendre compte de ce qu'elle avoit fait, à M. l'Avocat Général Bignon. Elle y expose l'état déplorable où elle trouva sa maison au commencement du siécle; & comment le Religieux Confessent de ce tems là autorisoit les abus; Que dans les commencemens de fa Réforme , » l'Ordre ne lui envoyoit que des 3} écoliers Bernardins pour prêcher,dont les serw mons étoient fi pitoyables qu'ils lèrvoient de »3 rifêe aux Religieuses : Que M. Boucherat, *> Général de l'Ordre qui l'appuyoit de très-boa 03 cœur dans l'ceirvre de la Réforme , lui avoit

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