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•y Vint dire la Meíle Pontificale, & y mit lé Saint Sacrement 5 après quoi il vit la Mere Angélique & ses compagnes au Parloir il leur souhaita mille bénédictions , en leur donnant la sienne.

L'Evêque de Langres qui se regardoít comme x.

fondateur du Monastère, & qui se donnoit en Esprit de TE

cette qualité la principale autorité dans la mai- víque de Lan*

son, associa contre tcute régie à la Mere An- ?res» .°PPose ii- 1 r 1 ■• -.1 0 1 „ n a celui de la

géhque pour la íuptrionté une des quatre Poltu- Mere Angéji

lantes qui étoient venues de P. R. C'étoit An- que dans la ne dé Jésus de Feissy de Chamesson > fille de maison du S, condition, fort bien faite, qui savoit bien par- Sacrement* ler & entretenir le mònde , & qui avoit beaucoup d'esprit, quoique peu solide & assez altier. Elle étoit Chanoinesse de Remiremdnt. Le Prélat croyoit cette fille très-capable de conduire , outre qu'il avoit en vue de contrebalancer l'autorité de la Mece Angélique , qui avoit été nommée Supérieure contre son gré , & qu'il faVoit n'être pas d'humeur d'adopter toutes ses vues d'éclat & de magnificence. Comme it étoic le Directeur de la Mere Angélique , elle 'se soumit avec simplicité à cette espèce de tyrannie du Prélat, qui lui avoit ordonné de ne rien faire sans l'avis de cette Postulante , & de Femployer même aux premières charges. Lui-même rétablit Maîtresse des enfans & des Postulantes qui se présentoient pour la Religion. Les autres Religieuses fouftioknt fort impatiemment qu'une fille nouvellement entrée en Religion , la moins ancienne de routes , qui étoit fans expérience ni vertu , eût la connoilîance & la conduite de toutes choses ; qu'elle s'elévât même au-dessus de la Mere Angélique , qui souvent étoit contrainte de lui céder. Le respect qu'elles avoient pour la Mere & l'édisication que leui

causoitson admirable patience, les contenoíenfj & les empêchoient d'éclater.

La Mere avoir une autre épreuve beaucoup

Í'ius rude à supporter , du côté des vues du Préat, qui étoient toutes opposées aux siennes: comme dn l'a déja vu au sujet des Religieuses de Tard. II prétendoit qu'on ne reçût pour pensionnaires que des filles de Marquis & de Comte; qu'on n'admît à la profession que des filles riches qui apporteroient Iogoo. liv. quel'ha• bit fut de belle serge blanche avec de grands manteaux traînans, un scapulaire rouge de belle écarlate , du linge très-fin , tout rhabillemenr enfin avantageux , & comme il s'exprimoit lui-même , souverainement augujle. II entendoit que la table fût bonne , & les mets préparés avec foin j que l'Autel fûc paré avec pompe & avec éclat, & que les linges fussent plisses avec élégance. II tiouvoit bon que les récréations furfent assaisonnées de railleries j qu'on se divertît à se contrefaire les unes les autres ; ce qu'il appelloit se déniaiser. Avec tout cela il ordonnoit des jeûnes au pain & à l'eau , des disciplines , despénitences très-humiliantes. II se proposoit même de rendre íes filles des filles d'Oraison , qui sussent seléver dans les voies de Dieu.

On peut juger combien cc mélange bizarre de pratiques toutes disparates, & comme la Merdes appelloit, extravagamment dévotes , choquoit cette servante de Jeíûs-Christ , & combien son état lui étoit pénible. Car elle étoit partagée entre le respect que sa piété lui inspiroit pour son Directeur, a qui elle auroit bien voulu déférer en tout, & le zélé du íàlut de ses filles qui étoit bien exposé dans une conduite •ussi hétéroclite , fur laquelle-elle ne pouvok Qémentir ses yeux & contredire ses lumières. Elle dévora généreusement toutes ces angoisses* & prit le parti de faire tout de son mieux. Les leçons & les exemples qu'elle donna à fa nouvelle Communauté, font les mêmes que nous lui avons vu donner à P. R. dans l'établisiement de la Réforme. II n'est pas nécessaire de les répéter ici. J'ajoûterai feulement que comme Dieu lui avoit départi un grand don de patience , elle en fit usage au milieu des difficultés de la nouvelle œuvre. Elle avoit une tendresse admirable pour les foibles , & une charité à l'épreuve de tout pour les difcoles. Ce n'est pas qu'elle xie parlât souvent avec force ; mais elle le faisoit toujours avec une forte de retenue. Elle tempéroit tellement son zélé par la douceur Si par les témoignages de bonté , que si la force de ses paroles atterroit quelquefois , fa charité televoit aussitôt.

Rien n'égaloit celle qu'elle portoit dans son çreur pour cette Sœur Postulante Anne de Jésus , qui s'oublioit entièrement à son égard , & blessoit continuellement le respect qu'elle lui devoir. Cette fille vouloit que la Mere lui rendît compte de tout, quelle ne fît tien fans fort avis, jusque-là qu'elle eut une fois l'impertinence de lui demander pourquoi elle avort fait acheter un pot de terre , fans lui cn parler. Elle la contrarioit en tout avec une hardiesse étonnante, & un ton si haut qu'il fernbloit souvent qu'elle la querellât. La Mere l'écoutoit fans çmotion, & lorsque l'on dìfoit à la Mere de lui imposer silence , elle répondoit: » C'est une ?3 croix que Dieu m'a donnée , il faut que je *> la porte. Mais cette fille , lui disoit-on , nous » scandalise. Elle répliquoit : 11 ne faut pas D dire cela, ma Sœur, il faut en avoir corn*> passion , & prier Dieu pour elle. Nous ne fom'-' 3j mes que douze qui représentons les Saints =3 Apôtres, parmi lesquels Jesus-Christ a bien * souffert Judas: pourquoi ne souffririons-nous 33 pas cette pauvre fille , qui est dans un grand aveuglement ? 33 Les Religieuses instruites par Un tel exemple de tolérance, supportoient aussi, à l'imitation de la Mere , les écarts de cette fille dans tout le reste. C'étoit fut tout dans les conférences qu'elle étoit à charge à la Communauté par son esprit de contradiction , & par les badinages qu'elle mêlòit aux discours (erieuxde; la Mere & des Sœurs, qui s'entretenoient des choses de Dieu. On baissoìt les yeux , & on la laissoit dire. II n'y avoit donc que cette fille qui fît brèche à la grande union qui régnoit dans ce petit troupeau. On ne pouvoit rien ajouter à la charité tendre qu'elles avoicnt les unes pour les autres , fans cju'il y eût aucune amitié particulière ce qui détruit ordinairement la vraie charité. Cette charité les rendoit extrêmement compatissantes aux peines & aux infirmités du prochain : elle paroissoit fur tout lorsqu'on se trouvoit ensemble dans quelque travail , ou quelque obédience ; encote plus dans les conférences , òtì l'on se rendoit les uries aux autres respect , support, déférence. Onnc rnanquoit pas de satisfaire sincèrement aux moindres fautes qui avoient pu blesser ou mal édifier les Sœurs. - Dès'la première année , une des Sœurs de P. R.

Soeur"Anne**^uc 'a Mercavo"amestées,édifia la petite Comde Saint iJau! munauté par fa mort vraiment chrétienne, comcousine ger- me elle avoit édifié la maison de P. R. par fa maine de la vie vraiment Religieuse. Elle se nommoitAnMcre Angéli- necje Sajnt paui Arnaud, cousine germaine de ,uc' la Mere Angélique. Elle étoit fille unique de David Arnaud Controlleur des Restes , tendre» ment aimée de fes parens pour les grands avantages du corps Sc de l'esprit qu'elle possédojt. 11$ ne purent cependant Pempêcher de se faire Religieuse. Elle en avoir eu la pensée dès fa plus tendre jeunesse: elle sc mettoit souvent à genoux devant une image de la Sainte Vierge , pour obtenir cette grâce pat scfti intercession. Elle demanda permission de passer tout son Noviciat en silence. Elle le passa ainsi , s'exprimant par signes, fans que son grand silence fût pénible à personne, parce qu'elle étoit toujours prête à tout faite. Elle avoit une telle horreur du péché , que lorsqu'elle favoit quelqu'un en rnauvais état, elle en paroissoit toute pénétrée de douleur & de compassion.

Peu de tems après fa profession la Mere Angélique la mena avec elle à la nouvelle maison du Saint Sacrement. Elle rétablit à la Sacristie, Le grand nombre de Mefles qui s'y disoient à cause de la nouveauté de l'Instituc , & la dévotion de plusieurs Evêques & d'autres Ecclésiastiques de condition pour y faire blanchir leur linge d'Eglise, lui donnèrent beaucoup de travail. Cependant elle ne se dispensa jamais d'aucun office public, quoiqu'elle ne pût pas -d'ailleurs se faire aider par les Sœurs quìétoient en trop petit nombre. Elle aidoit au contraire íes autres dans leurs obédiences , nonobstant un rhumatisme habituel qu'elle avoit. Elle sut attaquée d'une petite vérole mêlée de pourpre. Elle reçut cette maladie avec joie , n'appréhendant point la mort, & étant bien aise que Dieu la fît souffrir avant que de l'appeller à lui. La Mere Angélique se constitua sa garde pendant sa maladie , lui rendant tous les services, Blême ceux qu'on craint le plus d*ns ces ma?

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