Images de page
PDF

îadies contagieuses , prenant ses repas auprès de son lit : & après fa mort elle voulut l'ensévelir elle-mêrae. Une Religieuse ayant dit à la mourante:» Vous allez vous séparer de nous, » ma Sœur , vous nous laissez bien affligées. » Oh! ma Sœur , répondit-elle , je ne me fé33 parerai jamais de vous: tout ce que Dieu a » uni, ne peut être divisé. XII. Pendant que la Mere Angélique s'occupoit Affaire du dans fa petite Communauté à cimenter & à Chapelet sc- anjmer [e noUvel Institut, il survint dès la precrec du Saint ., , íp . c J vi

Sacrement, nuere année 1633. une arraire qui ht de le

clat. C'est l'affaire du Chapelet íecret du Saint Sacrement. La Mere Geneviève le Tardif faifoic depuis long-tems quelques pratiques & quelques actes pour honorer le Saint Sacrement, pour lequel elle avoit une singulière dévotion. La Mere Angélique qui n'en avoit pas moins , adopta la formule d'Actes, & J'augmcnta jusqu'au nombre de 16. Actes par la considératioa des 16. siécles qui fe font écoulés depuis Institution de cet auguste Sacrement. Cette efpécc de Chapelet fut imprimé en une feuille paf <>rdre de M. de Langres, & personne n'y trouva rien à reprendre. Ce n'est pas celui qui a fait tant de bruit dans la fuite; mais il peu£ bien y avoir donné occasion. Car ce fut dans le même tems en 1617. que le P. Condren de l'Oratoire entretenant fur ce sujet la M. Agnès dont il étojt Directeur, exigea d'elle qu'elle lui dit ce qu'elle íaifoit, & comment elle témoignoir ses adorations à Jefus-Christ au très-fiint Sacrement. Elle ne put bien s'expliquer par paroles; mais elle mit fur le papier une formule d'adoration,composée de 16. points, qui étoient des pensées affectueuses, & comme l'on dit , de' íâints élans d'une ame pénétrée d'amour fur 16. attributs de Jesus-Christ dans le Sacrement de l'Autel. Elle mit ce petit Ecrit entie les mains du P. Gondren , qui le communiqua à M. de Langres & à M. í' Archevêque de Sens. II fut fort goûté de tous les trois. Mais il demeura secret depuis 16x7. jusqu'en 165 5. Scc'est pour cela qu'il a toujours été nommé le Chapelet secret, pour le distinguer du premier , qui avoit été rendu public par rimpreîsion. II en tomba une copie entre les mains d'une Sainte Carmélite , nommée Marie de Jésus ;parce que comme elie étoit en grande vénération pour fa vertu & ses lumières dans les choses spirituelles , la Duchesse de Longueville & la Mere Angélique ne lui cachoient rien de ce qui conccrnoit rétablissement projetté de rinstitut du Saint Sacrement.

Le Cardinal de Bérulle & les Supérieurs des Carmélites conçurent fur la Mere Marie de Jésus quelque soupçon quelle pourroit bien quitter les Carmélites pour entrer dans le nou» vel Institut. íls la resserrèrent dans fa cellule, ne la laissant parler à qui que ce soit. Elle mourut dans cette efpéce de captivité. Les Carmélites ayant trouvé ce petit Ecrit du Chapelet dans fa cellule , s'en firent honneur , pensant qu'il étoit de la composition de la défunte. Mais comme il ne s'y trouva rien qui choquât les amis à qui elles le montrèrent, il ne fit point tncored'éclat ; & le Chapelet secret rentra bientôt dans le secret, & y demeura jusqu'en 1653. qui fut Tannée de rétablissement de l'Institùt. L'Archevêque de Sens qui n'étoitdéja plus en bonne intelligence avec l'Evêque de Langres , le principal Acteur dans rétablissement du nouvel Ordre , voulut jetter des soupçons fut l'efpcce de dévption qui animoic les personnesqui entroient dans l'.ceuvre. II se servit ponrcela de ce Chapelet secret, qu'il alla tirer de l'obscurité o,u il étoit, & prétendst qu'il étoit plein d'illusions i ne se souvenant pas apparepimenc que six ans auparavant ij l'avoit trouvé admirable. II le mit entre les mains du Docteur Duval Supérieur des Carmélites , qui en fit une censure clandestine , signée de sept autres Docteurs avec lui. II l'envoya aufli à Rome pour en obtenir la condamnation, & le combattit en même-tenis par un petit Ecrit intitulé: Remarques fur le Chapelet secret. On a cru que cette piéce étoit d'un Pere Binet Jésuite. La Mere Angélique sort étonnée de ce qui se passoit, fit chercher quelqu'exemplaire du Chapelet. On n'en put trouver aucun , ni dans la maison du Saint Sacrement, ni dans celle de P. R. On nç put en découvrir qu'un seul à Maubuiíson entre les mains de l'Abbesle , la Mere des Anges , à qui l'on se souvint qu'autrefois on en avoit donné une copie.

La Mere Angélique voulant savoir sûrement ce qu'il falloit penser de la doctrine du petit Ecrit, l'envoya à M. de S. Ciran , & le pria de Jui en dire son sentiment. Elle savoit bien que cela ne déplairoit pas à M. de Langres , qui' étoit déja très-lié avec cet Abbé , & qui lui avoit déja donné cette jurande marque de confiance , de soumettre à £011 examen Jes Constitutions qu'il avoit dressées pour le nouvel Institua M. de S. Ciran rendit fur l'Ecrjt un juge* ment favorable , & déclara qu'il ne contenoit rien qui fût contraire à la Doctrine Catholique. La Mere Agnès qui étoit alors à J'Abbaye de Tard en Bourgogne , fut également surprise & affligée , lorsqu'elle apprit qu'un chétif Ecrit qu'elle 11'avoit jamais eu intention de rendre

public ,

public , paroissoit au jour après tant d'années, ■tí excitoit un assez grand orage. M. de Langres se crut engagé , & par le rang qu'il tenoit dans le nouveau Monastère , & par l'estime particulière qu'il avoit pour la Mere Agnès , de prendre hautement le parti du Chapelet.

Comme M. de Sens avcit déja fait parler les Docteurs de Paris , qui s'étoient déclarés contre l'Ecrit ., M. de Langres s'adressa aux Docteurs de Louvain pour avoir leur jugement doctrinal. Deux Docteurs de cette Université, Janíïnius quoique grands partisans de la sainte antiquité FtomonJut & très-ennemis des nouveautés dans les matières spirituelles , déclarèrent w que le Chapelet » étoit à l'abri de tout reproche , & qu'il ne » présentait que les innocens transports d'une « ame enyvrée de Dieu , & heureusement trans» formée en.Jesus-Christ , comme en jugeroient » tous ceux qui s'entendroient en langage d'a» mour divin. <*,I1 faut observer que Terreur du Quiétisme , 8c de ce qu'on appelle le pur amour, n'ayant pas.encore-.fait d'éclat dans l'Eglisc, les mystiques alors n'étoient pas tant fur leurs gardes pour s'exprimer d'une maniéré bien.exacte. Austi il faut avouer que les pensées de ect Ecrit étoient un peu outrées , & les expressions alam"biquées ; elles fembleroient tenir un peu à cet amour prétendu pur, .& mal-à-propos désintéressé , lequel non-seulement se porte à Dieu fans aucun regard du bonheur propre de la perCbnnc qui aime , mais qui iroit même à renoncer à Ion bonheur , pour la plus grande gloire de Dieu. Je vais en rapporter quelques traits. Les j6. Attributs de Jesus-Christ dans l'Eucharistie, íbnt ceux-ci : sainteté , vérité, liberté,.txiflence, fitfftsi.nce ,satiété, plénitude , éminence ,possejfion,, régns, inaccejfibilitè, .incomprékensibilité Tome L H

indépendance , incommunicabilité , illimitation , inapplication. Voilà déjà des titres bien re~ cherchés & d'une singulière affectation : titres au reste fort dans le goût de ce siécle, comme on .peut s'en convaincre par la lecture des livres de piété , que les Auteurs de ce tems-là , & en-* tr'autres les premiers Pares de l'Oratoire , le P. Condren,& autres faisoient imprimer : & il y z toute apparence que c'étoit d'eux que la M. Agnès avait pris ce stile & cette maniéré extraordinaire de penscr.L'explication de chacun de ces Attributs répondoit à la singularité de leurs noms; par exemple,dans l'article de la Sainteté, on dit qu'on » louhaite que la société que J. C. "veut avoir avec les hommes, soit d'une manié» re séparée d'eux,& résidente en lui-même. Vo» tre bonté,ajoute-t'on, vous donne le désir d'une »> résidence.mutuelle en nous,mais votre sainteté m ne vous le permet pas. « On sent bien ce que ;ia personne veut dire , que c'est toujours pouf fa propre • gloire que Jesus-Christ jéside dan» lame fidèle , & non pour aucun besoin qu'U ait de ;nous. Mais cela est exprimé d'une maniéré trop dure , & même peu intelligible. II («n est de même de çe qui fuit fur Tattribut do ,1a Liberté. On dit » qu'on renonce à toutes les « promesses de Dieu entant que promesses por» tant engagement , .& qu'on ne veut les re» cevoir que comme promesses partant du mouto vement libre de Jesus-Christ. On veut faire .entendre que ceseroit uneefpéce de dépendant ■ce en Jesus-Christ, s'il étoitiié par ses promet •ses fans rapport à fa miséricorde libre & gratuite. Sur f attribut de la Satiété: » Permettez m que je vous désire pour vous , qui êtesmoa 3> bonhçur , & ne vous souciez pas de moi/ *> Sur celui de la Plénitude: Exercez-moi dans. n ces .soustractions divines qui dépouillent l'a

« PrécédentContinuer »